VENTE ET EXPORTATION.— LE PACIFIQUE
Comme exportateurs, nous nous trouverons, par notre grande route du Pacifique Canadien, dans une condition meilleure que n'importe lequel dés Etats de l'Ouest Américain, lesquels commencent déjà à se servir de notre ligne pour le transport de leurs produits. Nous avons sur ce point le témoignage même de nos voisins*
On ne lira pas sans intérêt ce que les étrangers disent de notre che-
min du Pacifique. Le Boston Herald en parle dans" les termes les plus enthousiastes. Et, dans la même occasion, il apprécie favorablement notre pays, la fertilité du sol, et le climat ; les lecteurs ne manqueront point de le remarquer :
" Voici un réseau de chemins de fer s'étendant de T Atlantique au Pacifique, possédé et géré par une seule compagnie. Il a coûté plus de $150.000,000 et mesure près de 5,000 milles ; construit en moins de dix ans, il a pris place parmi les entreprises de chemins de fer comme une merveille de construction, d'unité, et d'administration. Bien qu'il soit le moins âgé de tous les réseaux de chemins de fer transcontinentaux en Amérique, il doit être considéré comme le plus complet, le plus considérable et le plus important de tous."
Dans un autre passage de son article, le journal américain décrit comme suit la contrée que traverse le Pacifique :
" Voici une région de prairies, qui, s' étendant dans la Saskatchewan et l'Assiniboia, présente une suite continue de terrains d'une fer tilité sans égale et propres à la culture du blé et des végétaux. Cette région peut contenir une population de 20,000,000 d'âmes et donner un rendement de 100,000,000 minots de blé, outre des végétaux de toutes sortes.
" Rien n'est plus faux que les rapports disant que les hivers y sont d'une rigueur intolérable. Pour des raisons naturelles, les hivers de la région située entre Winnipeg et les Montagnes Rocheuses ne sont pas comparables en sévérité et en influence mortelle avec ceux du Minnesota, du Dakota et du Montana. Les vents particuliers qui passent sur la région des montagnes durant l'hiver, adoucissent l'atmosphère et c'est une des compensations que la nature donne invariablement. Dans toutes ces régions de prairies, les labours se font en mars, plus tôt qu'en aucune partie de la Nouvelle-Angleterre. Les gazons riches et nutritifs se conservent naturellement là où ils croissent et restent sur terre durant tout l'hiver ; d'immenses troupeaux de chevaux y trouvent un accès facile, et ne requièrent ainsi pas plus de soin durant la saison froide que l'oiseau dans son nid.'
" De même, dans presque toutes les sections, on trouve des produits naturels, ou de grands avantages pour l'établissement d'industries."
L'honorable Horatio Seymour, ancien gouverneur de l'Etat de New York, écrivait ce qui suit après avoir visité le Manitoba et le Nord-Ouest Canadien :
u Leur grande voie ferrée atteindra l'Océan Pacifique à Puget Sound avant notre Northern Pacific, et il sera prolongé bientôt vers l'est jusqu'à Montréal. La distance à Liverpool, par cette voie, sera de 600 milles plus courte que n'importe quelle autre ligne américaine par laquelle le blé du Dakota pourrait être transporté."
Ce que prévoyait M. Seymour est maintenant réalisé ; et cette voie du Pacifique servira non plus seulement à l'exportation du blé, mais à l'exportation de tous nos autres produits.
Voici ce que dit à ce sujet M. Beaugrand, directeur de la Patrie, de Montréal :
* É Je n'ai pas l'intention de parler kl longuement du Maiiîtoba et des immenses prairies du Nord-Ouest. C'est un sujet familier à tous ceux qui ont suivi, depuis quelques années, le développement de Winnipeg, de Brandon, de Rêgina et de Calgary, et des pays qui leur sont tributaires, au double point de vue de l'agricultura et du commerce,
*■ Ces vastes prairies, que l'on regardait encore tout récemment comme inhabitables et improductives, sont aujourd'hui considérées comme les terres les plus riches et les plus fertiles de l'Amérique du Nord. Il ne leur manquait que les facilités de communication avec l'Est et avec l' Ouest j pour développer leurs ressources inépuisables , la construction du chemin de fer du Pacifique leur a donné tout cela»"
Nos beurres ont trouvé cette année un excellent marché dans la Colombie Britannique. Au reste, pour cet article comme pour le fro^ mage, M. Dyke, l'agent canadien à Liverpool, assure que le Canada peut devenir, avec un bon système de fabrication et d'emballage, le rival du Danemark et de la Suisse, non seulement en Angleterre, mais il ans toute l'Europe,
Bien que le Mauitoba se trouve plus à V ouest que ta province de Québec ou d'Ontario, la différence du transport qu'il aura à payer pour l'exportation de ses laitages sera plus que compensée par la modicité des frais d'entretien du bétail, lesquels frais sont bien moins élevés au Manitoba que dans les deux autres provinces, Nous pourrons donc entrer en concurrence avec elles* Nous serons d'ailleurs plus près du marché asiatique.
Déjà nous exportons de la farine en Chine et au Japon- A ce sujet nous lisons dans le News, de Vancouver :
tfc Dans le chargement du vapeur Partïiia, parti pour la Chine et le Japon, se trouve une grande quantité de farine des célèbres moulins à farine de Winnipeg. Cette branche de commerce appartenait naguère exclusivement à la Californie, mais la supériorité du blé dur du Manitoba se fait sentir même dans l'extrême Orient. Comme débouché naturel des immenses champs de blé du Nord Ouest, Vancouver retirera de grands avantages de ce commerce qui ne saurait manquer de prendre des proportions énormes dans très peu de temps,"
Il y a cinq ans à peine nous étions les tributaires des Etats Unis pour nos transports ; nous n'avions aucune route pour communiquer directement à la mer ; nous sommes maintenant affranchis de cette tutelle, grâce à notre route du Pacifique, si intelligemment et si promptement construite. Cette route, la plus courte de toutes les voies transcontinentales américaines, est déjà la grande artère d'un commerce qui ne peut que se développer, entre trois continents :
l'Asie, l'Europe et les terres d'Amérique. Winnipeg sera Vraisemblablement la métropole de ce commerce, augmenté de tout ce que les vastes et fertiles prairies qui l'entourent, verseront dans ses entrepôts. Une saine prospérité naîtra de cette situation exceptionnelle, et nous voudrions voir notre race devenir l'un des facteurs de cette prospérité ; il ne manquerait pas de lui en revenir une part importante sous forme de richesses <t d'influence.
Le Manitoba possède donc un sol extrêmement fertile, et d'une exploitation aussi facile que variée.
L'élevage des animaux peut s'y faire, seul, ou combiné avec la culture des céréales.
L'herbe de nos prairies, abondante et nutritive, est propre à former d'excellents sujets tant pour la boucherie que pour l'industrie laitière.
Par l'ouverture du Pacifique, tous les marchés du monde sont pour ainsi dire mis à notre portée.
Ces ressources diverses, fécondées par un travail constant et par la régularité des habitudes, engendreront la prospérité.
Les Canadiens Français, qui ont été les premiers en date au Manitoba, ne voudront point paraître tourner le dos à leur passé, en laissant tomber ces richesses et cet avenir aux mains uniques d'immigrants peu sympathiques, et qui finiraient par exercer une influence dominante si nous négligions de nous fortifier au milieu d'eux.