‹ Le Manitoba [microforme]Chapitre 12 sur 71 · DE AE EURE HN SRE · texte numérisé non relu

DE AE EURE HN SRE

une nation. Ne laissons point s’affaiblir parmi nous cette tradition datant des premiers jours de la colonie ; c’est une vocation, soyons-y fidèles. |

Cette vocation, elle est dévolue à toute la nation, et non à quelques individualités seulement, ou à une fraction du peuple.

Les classes dirigeantes comprennent cette vérité : et nous avons le bonheur de dire que dans notre pays, ces classes n’en sont pas encore rendues à méconnaître leurs obligations sociales .On fut donc être sûr de ne pas leur parler en vain en les conviant à faire pénétrer cette même vérité dans tous les foyers, jusqu’aux plus humbles.

L'amour national est comme l'amour filial ; il existe dans tous les cœurs. Il ne s’agit pour le rendre actif que de l’éclairer, de l’instruire, de le diriger.

Et assurément, le peuple canadien-français, ce peuple d’agriculteurs, écouterait et comprendrait les voix qui leur diraient que la nationalité est un arbre auquel chaque citoyen doit apporter sa part de soins et de travail ; et ces soins et ce travail produiraient des merveilles de fraîcheur, d'ombre, et de fruits, lesquelles retiendraient auprès de l’arbre bienfaisant ce milliers de compatriotes qui, chaque année, s’en vont dans le désert, sur la terre étrangère, laissant derrière eux des amis désolés de leur départ, une patrie affaiblie de tout le sang, de toute l'intelligence, de toutes les énergies qu’elle perd par ces abandons,

Dans ce qui précède, les éblouissements de l’ambition nationale absorbent peut-être trop uniquement les regards.

Il y a, cependant, certains intérêts plus tangibles qu’il importe de mettre en relief. Nous nous bornerons à les indiquer ; les développe ments auxquels ils pourraient donner lieu excèderaient le cadre de ce travail.

Quand la Confédération a été formée, on a dit qu’on faisait de la Province de Québec le pivot de la représentation en lui assurant 65 députés. (C'était sa garantie contre les empiètements des autres provinces,

Mais alors la Confédération ne se composait que de quatre provinces.

Aujourd’hui, il y en a sept ; plus, des territoires qui ont obtenu récemment une représentation aux Communes.

Alors, il n’y avait que 181 députés ; aujourd’hui, il y en a 216.

Donc, déjà, l’équilibre de 1867 est rompu ; les conditions d’existence ne sont plus les mêmes ; la garantie n’a plus la même valeur. Que sera-ce donc quand il y aura onze à douze provinces dans la Confédération ; quand le Nord-Ouest sera rempli, et qu’au lieu de

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200 députés aux Communes, il y en aura trois ou quatre cents. Ce serait une grave erreur de croire qu’'alors la Province de Québec pourrait efficacement influencer la législation, même en supposant que ses 65 députés fussent unis.

La Province de Québec a donc un sérieux intérêt politique à se ménager des appoints dans les autres provinces ; et nulle part ailleurs qu'au Manitoba ne s'ouvre un champ plus favorable à son action en ce sens. La place est libre ; elle nous attend. En nous y précipitant aujourd'hui, elle sera la nôtre pour toujours.

Y en aurait-il qui préfèrerait nous condamner au procédé lent et pénible de reprendre, pouce à pouce, le terrain que nous aurions laissé couvrir du flot de l'immigration étrangère ?

Oh ! non ; on ne peut avoir l’idée de compromettre à ce point notre avenir |

Nous entendons souvent reprocher aux races anglo-saxonnes de vouloir s'emparer du Nord-Ouest et en faire des provinces anglaises.

Il faudrait se rendre un meilleur compte de notre position.

Nous avons beau dire et beau faire, nous ne pouvons empêcher que le Canada ne soit aujourd'hui une partie de l'empire britannique. L'’Anglais est donc chez lui au Canada. Qu'il ait le désir de voir: notre patrie s’anglifier de plus en plus, cela ne fait pas doute ; mais c'est son droit, tout comme c’est le nôtre de chercher à conserver sur ce coin de l'Amérique l'influence de notre race,

Le dernier mot n'est pas dit sur la future condition sociale du Canada.

Au lieu de récriminer, il serait pour nous plus pratique, plus juste, et plus patriotique d’imiter nos concitoyens d’origine anglaise, et de rester au pays au lieu de nous enfuir aux Etats-Unis, où nous n’avons rien à gagner comme race, où la vie n’est pas plus facile qu’au Canada.

Si nous leur laissons toute la place au Manitoba et au Nord-Ouest, ils la prendront, c’est évident ; maïs celle que nous prendrons, ils ne nous l’ôteront point, notre histoire nous l'enseigne.

Pa Certains hommes publics ont juré de faire du Manitoba une province anglaise, avons-nous entendu dire parfois. Pour notre part, nous doutons de l'exactitude de cette assertion, Mais quand cela serait, qu'importe ?

Nulle influence n'est assez forte, en Amérique, pour empêcher une famille d'obtenir sa place à bord des convois de transport, et de

s'établir où bon lui semble ; les franchises politiques et municipales appartiennent à tous les sujets de l'empire, et si les Canadiensfrançais qui végètent à l'étranger, ou qui, sans végéter, ont toujours au fonds du cœur le regret de la patrie ; si tous ceux de nos compatriotes qui, chaque année, disent adieu à la terre canadienne, si tous venaient occuper une place à côté de nous, dans les vastes espaces encore libres au Manitoba, et qui ne leur demanderaient point à quelle nationalité ils appartiennent avant de se donner à eux et de leur verser leurs riches produits, on pourrait se moquer de ces tendances hostiles, si tant est qu’elles existent. Une fois le sol entre nos mains, nous exer. cerions nécessairement notre influence, laquelle, Dieu merci ! n’est jamais employée que pour les intérêts de tous, et avec une largeur de vues qui sait avec le temps nous concilier le respect et l'estime de ceux qui sont appelés à former avec nous le peuple'canadien.

Il y a un autre intérêt digne d'occuper les esprits sérieux, celui-ci, purement économique.

La Province de Québec cherche à étendre ses rapports commerciaux ; elle veut multiplier ses affaires, en se créant de nombreux débouchés.

Que l'Ouest se remplisse de populations sympathiques à la Province de Québec, c'est un nouveau marché ouvert à son activité commerciale ; que ces populations soient au contraire étrangères à notre race, et le commerce canadien-français perd, par le fait même, une grande partie de cet avantage.

Nous ne faisons qu'indiquer ces divers intérêts ; c'est assez pour éveiller l'attention de notre public sur leur importance.

Cela devra contribuer également à convaincre nos lecteurs que ces pages ne sont pas une simple concession aux inspirations d’un étroit esprit de propagande. Nous croyons au contraire servir une cause éminemment nationale et traditionnelle ; nous poursuivons la réalisa. tion d’une pensée si vraiment supérieure que l’épiscopat canadien même s’en est fait le patron dès l’année 1871. Voici, en effet, la circulaire que les évêques de notre pays, réunis à Québec, adressaient alors au clergé : e

ARCHEVÊCHÉ DE QUÉBEC, 23 octobre 187r.

Monsieur le Curé,

Au milieu des questions importantes qui font l’objet des préoccupations des évêques de la province ecclésiastique de Québec pendant leur réunion, il en est une sur laquelle ils veulent attirer votre attention avant même de se séparer.

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Cette question que l’on peut appeler vitale à cause de ses immenses conséquences sur notre état social et religieux, est la question de la colonisation. Nous ne pouvons que gémir à la vue du grand nombre de nos compatriotes qui désertent journellement le foyer domestique, la terre natale pour aller demander à la prospérité de nos voisins un bien-être qu’il nous semble pourtant possible de trouver ici, au milieu des avantages nombreux que la Providence a départis à notre chère patrie.

Votre cœur comme le 'nôtre ressent tout ce que cet état de choses a de pénible, aussi nous n'avons pas besoin d'insister pour faire comprendre nos trop justes regrets à cet égard.

Notre unique but, dans cette lettre collective, est d'encourager votre zèle, au milieu des efforts qu’il fait pour s'opposer à ce torrent d'émigration qui prive la patrie des bras et de l' Rise d’un grand nombre de ses enfants.

Le remède efficace à ce mal ne peut se trouver que dans le succès qui couronnera les tentatives faites pour rappeler et retenir dans ies dif: rentes provinces de la Confédération cañadienne ceux de nos compatriotes que ia nécéssité ou l’amour du changement ont poussés ou poussent encore vers la terre étrangère. Le résultat obtenu par les sociétés de colonisation nous remplit de joie et de consolation et nous permet d'espérer qu’un jour notre beau pays sera tout occupé par ses propres enfants et que les Canadiens n’auront point le regret d’avoir privé leurs descendants de la terre que la Providence leur avait destinée.

Que tous les Canadiens continuent cette noble et patriotique œuvre de la colonisation de nos terres inoccupées.

Les sacrifices faits dans ce but ne peuvent qu’attirer la bénédiction du ciel.

Notre jeune pays n’est pas renfermé dans des limites assez étroites pour qu’il soit nécessaire de l’abandonner.

Plus que jamais d'immenses étendués de terrains s'offrent à notre population dans les limites même de la patrie.

L'acquisition du territoire du Nord-Ouest, la création de /a province du Manitoba offrent un avantage réel à ceux qui n’aiment pas le défrichement des terrains boisés et qui pourtant voudraient s’éloigner de la paroisse qu’ils habitent.

Il n’est pas nécessaire dé passer la frontière canadienne pour trouver les riches prairies de l'Ouest.

Notre pensée n’est pas de demander aux paisibles et heureux habitants de la Province de Québec, de changer une position certaine et avantageuse pour les incertitudes et les risques d’une émigration loin-

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taine, mais s’il en est auxquels il faut un changement et auxquels il répugne de s'imposer les rudes labeurs de bucherons, à ceux-là, monsieur le curé, veuillez bien indiquer la province du Manitoba.

Un octroi gratuit de 160 acres de bonne terre de prairie est promis par le gouvernement à tout homme de 21 ans qui voudra aller se fixer dans ces nouvelles contrées.

Ces contrées si nouvelles pour les individus, ne le sont pas pour le Canada.

C'est l'énergie de nos pères qui les a découvertes ; c’est le zèle de nos missionnaires qui les a régénérées et préparées à l’ère de prospérité qui semble les attendre. Ces contrées lointaines ne sont donc pas la terre étrangère.

Environ la moitié de la population y parle le français et est d’origine canadienne, en sorte que de toutes les paroisses on est certain d'y trouver des parents, ou au moins des amis.

Dans cette nouvelle province, il y a un collége où les garçons peuvent recevoir une éducation soignée ; des couvents où les filles puisent l'instruction qui leur est prodiguée au Canada. Des missionnaires, trop heureux du renfort qu’ils recevront par cette émigration, étendront volontiers aux nouveaux venus l'affection qui les anime envers leurs ouailles actuelles.

En colonisant une partie du Manitoba, les Canadiens-français s’assurent dans la législature fédérale l'équilibre qu'ils y possèdent aujourd’hui, et qu'ils perdront nécessairement s'ils ne sont point en nombre dans Manitoba et le territoire du Nord-Ouest.

Nous considérons donc, M. le curé, comme chose bonne et désirable, l'établissement de quelques-uns des nôtres dans ces régions et nous verrions avec plaisir qu’il se fit quelque chose dans ce sens ; si, par exemple, entre deux ou trois paroisses, on pouvait assurer le concours d’une famille honnête, chrétienne et laborieuse, qui irait former dans le Nord-Ouest une population comme celle qui est venue, il y a deux siècles, jeter les fondements «le notre nationalité au Canada.

Vous apprendrez dans la première partie de l’hiver, par les journaux, ce que le gouvernement doit faire pour faciliter le transport et l’établissement des colons du Manitoba ; nous vous écrivons aujourd’nui afin que vous connaissiez notre intention à ce sujet et que, si l’occasion s'en présente, vous puissiez diriger de ce côté ceux qui voudraient émigrer.

Par cette émigration d’un genre nouveau, nos compatriotes ne se sépareront pas de nous, ils resteront canadiens, soumis à nos institutions religieuses et civiles, dans un milieu où leur foi ne sera pas exposée ; où, au contraire, ils aideront à faire luire ce divin flambeau, au

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milieu des vastes déserts de l'Ouest, qui n’ont été découverts par nos pères que dans une pensée toute de foi.

f E. A., Arch. de Québec,

+ IG., Ev. de Montréal,

t Jos. EUGÈNE, Ev. d'Ottawa,

t ALEX, Ev. de Saint-Boniface, O. M. I.

f C., Ev. de Saint-Hyacinthe,

f L. F., Ev. des Trois-Rivières,

JEAN, Ev. de St-G. de Rimouski,

Le lecteur remarquera que l’épiscopat canadien recommande le Manitoba comme un champ d'immigration où les intérêts matériels et spirituels de nos compatriotes seront favorisés et sauvegardés.

La raison religieuse,

La raison sociale,

La raison politique,

La raison nationale,

La raison historique,

La raison d'intêrêt, y sont invoquées avec une autorité qui » impose à tout esprit sérieux et juste.

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