RELIGION.—EDUCATION.—MAISONS DE CHARITÉ
Ce serait gravement méconnaître notre situation que de croire notre
foi en danger au Manitoba.
Hélas, les misères humaines ne sort pas absentes de notre province. Mais, d’une autre part, elle offre abondamment à nos compatriotes toutes les facilités, toutes les ressources désirables sous les rapports religieux et scolaires.
Nous avons un archevêque dont le siège archiépiscopal est à Saint- Boniface. Autour de lui se presse un clergé dévoué, inspiré du véritable esprit de son état, toujours prêt à donner son appui à qui peut en avoir besoin.
Dans la partie sud-est, de même qu’au centre de la province, nous avons des paroisses canadiennes-françaises parfaitement organisées, ayant leur curé résident.
Aussitôt qu'un nouveau groupe se forme, un prêtre lui est donné ; une paroisse nouvelle est organisée,
Renan
Ces paroisses. sont ppurvues d'autant d’écoles catholiques et françaises que le requiert le nombre de familles établies dans leur sein.
Ces écoles sont françaises, disons-nous ; c’est-à-dire que nous donnons à notre langue la prééminence à laquelle elle a droit. Mais, d’une autre part, nous reconnaisssons l'utilité de l’anglais, et cette
langue est aussi enseignée dans nos écoles, lesquelles sont légalement établies, et reçoivent du gouvernement une subvention annuelle importante.
Dans aucun cas, ni pour aucune raison, les catholiques ne sont appelés à contribuer au soutien d’une école protestante, et vice versd ; c’est la base, dans l’ordre administratif, de notre système scolaire.
Au-dessus des écoles, nous avons dans plusieurs paroisses des académies, sous la direction de religieuses appartenant à diverses communautés.
Au-dessus encore, nous avons pour les jeunes filles, à Saint-Boniface, à Winnipeg et à Brandon, des couvents où l'instruction supérieure se donne à un degré éminent.
Pour les jeunes gens, nous avons le collége de Saint-Boniface, sous la direction des révérends Pères Jésuites, avec un personnel complet, et un double cours classique et commercial.
Nommer les révérends Pères Tésuites, c’est indiquer l'excellence de l'institution.
Au sommet, vient se placer notre université, laquelle dans sa constitution, offre à notre jeunesse, dans l’enseignement historique, moral et philosophique, la garantie même des autorités religieuses.
En un mot, sous le rapport religieux et scolaire, de même que pour l'instruction supérieure de la jeunesse des deux sexes, notre province est magnifiquement dotée.
Pour tout Canadien, notre province offre cette supériorité sur la république américaine, que c’est la patrie, tandis que les Etats-Unis, c’est l'étranger, c’est l'exil, Tous les avantages étant égaux d’ailleurs, la préférence appartient à notre province, parce qu’elle fait partie du Canada. Mais elle a surtout cette supériorité : elle possède un système scolaire qui protège la foi, ies mœurs et la langue de nos enfants ; aux Etats-Unis, au contraire, toutes ces choses sont mises en danger par le système vicieux des écoles communes, des écoles de l'Etat, à l'influence desquelles nos compatriotes ne peuvent pas toujours se soustraire ; et quand ils le font, ce n’est qu’au prix de sacrifices, bien louables, sans doute, mais considérables et toujours accompagnés du
grand inconvénient d’avoir à contribuer pour des écoles que leurs enfants ne fréquentent généralement pas, qu’ils ne devraient jamais fréquenter, et dont ils n’ont, par conséquent, aucun bénéfice ; qui, dans
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un sens, sont plutôt «les lieux de ruine morale et nationale que des foyers d'éducation.
À: propos d'école, voici un fait qui se passe de commentaires.
A la fin du mois d'août 1886, une jeune personne, mademoiselle Lafrenière, dont la famille demeure au Dakota, s’adressait à moi pour obtenir une situation comme institutrice. L'ayant questionnée sur les motifs qui l’engageaient à venir au Manitoba, voici ce qu’elle me répondit :
‘ Au Dakota, monsieur, du moins dans la localité d’où je viens, nous n’avons pas la liberté d’enseigner le français dans les écoles
publiques !”?
‘ Même dans les écoles fréquentées par les enfants d’origine
française ?’?
‘: Même dans celles-là, monsieur |”?
Il n’est pas inutile de ré-imprimer ici une couple de paragraphes qui ont fait le tour de la presse française dans le cours de l’été 1886 :
‘ Les journaux canadiens-français de la Nouvelle-Angleterre rapportent des faits qui montrent à quels dangers sont exposés nos nationaux émigrés, sous le rapport de la conservation de notre langue. Ainsi, dans l'Etat du Rhode Island, la loi exige de tout enfant ou adolescent qui est employé, un certificat établissant qu’il a suivi les écoles officielles durant au moins trois mois de l’année. Or, le surintendant de l’éducation et les maires, qui peuvent seuls signer ces certificats, refusent, paraît-il, de les accorde: aux jeunes Canadiens français, à moins que ceux-ci ne possèdent la langue anglaise.”
Et les journaux ajoutaient :
‘« Telle est la prétendue liberté dont on jouit de l’autre côté de la ligne 45me, Compatriotes qui voulez conserver votre langue et votre liberté, restez donc au Canada.”’ -
Bien différente est notre situation au Manitoba, où le français, comme, l'anglais, est langue officielle.
Toute cette organisation ne serait pas complète sans les œuvres de charité. Or, grâce à l’archevêque de Saint-Boniface et à de saintes religieuses, ces œuvres ne sont pas absentes d’au milieu de nous.
Nous avons pour les malades, un hospice, vaste, élégant, pourvu de tout ce que les progrès modernes suggèrent pour le bien-être de ces pauvres affligés.
Nous avons aussi un orphélinat, sous la direction, comme l'hôpital, des revérendes Sœurs de la Charité, counues sous le nom de Sœurs Grises.