NOTRE SITUATION NATIONALE
Cette situation est satisfaisante ; nous jouissons du respect des autres nationalités ; notre langue est officielle dans les écoles, au sein de la législature, devant les tribunaux ; partout, nous avons notre part d'influence dans la direction des &ffaires publiques ; si l'avenir devait ressembler au présent, nous pourrions le laisser s'approcher sans appréhension,
L'avenir, il ne dépend pas de nous seulement ; et voilà parfois la cause de nos inquiétudes.
Le groupe canadien-français de la Province de Québec a triomphé, seul, sans le secours d'aucune immigration, des assauts qu'on a livrés à sa foi, à sa langue, à sa vie nationale. Mais alors, la colonisation se faisait lentement ; le flot de l'immigration, non seulement était faible, mais il rencontrait même un obstacle sérieux dans les travaux du défrichement.
Pour nous, la situation n’est pas la même. Les pays européens cherchent dans les terres de l'Amérique, un déversoir de leurs popurlations, devenues trop compactes.
Les moyens de transport accélèrent, par leur commodité et leur vitesse, ce mouvement des vieux continents vers le nouveau.
Nos prairies sont d’une exploitation facile, et la colonisation s’en fera rapidement, Tout en possédant les mêmes vertus et les mêmes forces que nos pères, ni la conservation de notre groupe, ni son développement, ne suivront absolument les mêmes lois ; nous existons dans un milieu différent. Il ne s’en suit pas que nous devions périr, Mais, comme tout ramèau, il nous faut un peu de sève du tronc principal,
Un savant géographe, M. Reclus, a dit un jour ces paroles encourageantes :
‘ L'émigration canadienne vers le Nord-Ouest est d’une importance ‘“ capitale. Travaillez-y de toutes vos forces. Jetez là-bas des flots ‘ canadiens. .sssssaosones ee os sonosonen venons esnesen se sen nn0 000066000008 00060060
‘“ La colonisation rapide du Nord-Ouest par les éléments dits ‘ saxons vous rabaissera soudain dans l'échelle proportionnelle... ‘ N'ayez crainte; votre tour reviendra. Mais pour que l'arbre vienne, ‘il faut le planter.”
Nous sommes en minorité, il est vrai ; mais, nous l'avons dit, cette minorité est respectée ; quelque renfort nous mettrait, dans la partie
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de la province occupée par nous, sur un pied inattaquable, Dans certains quartiers, on nous croit noyés ; c’est une erreur ; nous sommes dépassés, voilà tout. Si les Canadiens-français qui laissent la province de Québec, venaient ici au lieu d'aller aux Etats Unis, la proportion changerait bientôt ; il en est même parmi nous qui croient que nous pourrions sinon devenir la majorité, du moins acquérir une importance numérique telle, que nous jouirions d’une influence égale à celle de nos compatriotes se réclamant d’une origine et de croyances différentes des nôtres.
Ah ! nous ne pouvons nous empêcher de le dire, elle est grande devant Dieu, devant les hommes et devant l'histoire, la responsabilité de ceux qui s'efforcent de détourner l'attention de nos compatriotes de notre province, où nous avons à affermir les institutions qui nous sont chères et qui ont coûté bien des sacrifices, où nous avons à sauvegarder des droits et des privilèges acquis non sans peine et sans efforts, où nous avons à protéger nos crayances et toutes les œuvres qui en découlent, où nous pourrions devenir assez forts pour donner à la province de Québec, dans ses luttes pour le drapeau, aux heures de péril, plus que des sympathies.
Mais si la responsabilité de ceux-ci est grande, bien coupables sont ceux qui, pour faire cette œuvre, déprécient notre pays, et sèment à pleines mains les erreurs, les exagérations, les préjugés.
A ces tristesses, il y a des compensations. M. Bodard, français de naissance, mais fixé au Canada depuis au-delà de 15 ans, et qui l’a visité d’une extrémité à l’autre,et s’est toujours occupé de colonisation, écrivait ce qui suit au mois de septembre 1887 :.
“Les Canadiens sont presque noyés dans le Manitoba, ils vont ‘ disparaître, pourquoi aller par là, ont dit quelques compatriotes. ‘ C'est la dernière raison et la plus sérieuse que l’on ait donnée pour ‘ s'opposer à l’émigration de nos compatriotes au Nord-Ouest. Nous ‘€ avons constaté que les Canadiens du Manitoba sont sur un meilleur ‘“ pied au point de vue national que ceux d’Ontario, que la langue ‘ française y est officielle comme l'anglais, que nos compatriotes y ‘ont partout des écoles, des églises et des prêtres de leur nationalité. “Il n’y a aucun danger de ce côté. Ils sont la minorité, c’est vrai, mais il suffit d’un peu d'émigration de la province de Québec, de “ France et de Belgique, pour rétablir l'équilibre, principalement dans ‘“ les campagnes. On peut aussi vérifier facilement que le nombre des ‘ personnes parlant français ne diminue pas dans le Manitoba et le ‘“ Nord-Ouest, qu'au contraire, il augmente.”