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QUI PEUT OU DOIT IMMIGRER AU MANITOBA

L'act'on de l’inm grant doit avoir une raison et un but.

Les à ne : ven être diverses ; le but se résume dans le désir d’amélic : : stuutio qui comprend le légitime espoir d’un établissen: ‘ana les enfants.

Le sentiment n’«. nas à lui seul une raison d’immigrer.

Nous comptons parmi: nous des compatriotes que le dévouement à nos intérêts a seul dirigé vers notre province ; ce dévouement, en certains cas, a même été accompagné de sacrifices ; l'exemple n’a pas été contagieux ; la province de Québec n'en a pas souffert, et nos intérêts au Nord-Ouest y ont gagné.

Si nous sommes prêts à accepter encore de pareils recrues, nous sentons d’un autre côté que nous ne pouvons les demander ; du moins avec trop d'instance. Aussi, ce n’est pas à cette classe que nous nous adressons pour le moment.

Il nous sera néanmoins permis de faire remarquer que c’est une erreur, selon nous, de penser que le pauvre, les familles indigentes, doivent seuls former la classe des immigrants. A vrai dire, ceux-ci ne devraient immigrer, règle générale, qu’en autant qu'ils se sentiraient appuyés par des familles plus à l’aise, capables de les employer, de les secourir dans leurs moments de pénurie. «

Voilà les conseils qu’il faudrait leur donner, s'ils en demandaient,

Dans la pratique, cela se passe autrement. Tout le monde a le droit d’aller et de venir, chacun à son gré ; on use libéralement de son droit, et nul peut y mettre obstacle. L’indigent, plus que tout autre, sent l’immédiate nécessité d'améliorer sa situation ; voilà pourquoi la moindre lueur d'espérance à l’horizon l’attire ; et jamais l’on n'’arrétera, ni l’on pourra régulariser ces mouvements suivis, d’ailleurs, assez souvent, d'excellents résultats.

Le jeune homme plein de vie, robuste et vaillant, laborieux et économe, réussit presque toujours, dans un pays nouveau, à se tailler avec ses bras, un avenir solide, enviable. Ce que nous disons du jeune homme, nous pouvons le dire, dans les mêmes conditions, de l’homme à l’âge mûr, des familles elles-mêmes.

Notre pays ne fait pas exception sous ce rapport. Nous avons tous les jours sous nos yeux des personnes arrivées ici n'ayant ni sou ni maille, et jouissant maintenant d'une honnête aisance,

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Tout récemment, un cultivateur du Manitoba, M. Dansereau de Saint-Pie, disait dans une conférence donnée à Boucherville :

‘{ On a toujours remarqué que les colons qui sont allés cultiver au

‘ Manitoba et qui ont le mieux réussi, sont ceux qui commencent ‘ avec peu de ressources.’

Et cela se comprend : ce peu de ressources protègent ces colons contre les extravagances auxquelles d'autres plus à l'aise croient pouvoir se livrer ; sentant que le travail et Née nécessité, ils acceptent leur lot avec courëg compenser,

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Le pays n’est donc pas fermé aux colons pauvres.

Mais autre chose est de montrer les résultats ohtenus et toujours possibles, autre chose est de conseiller.

Le conseil implique une certaine garantie de s'rcés us ne pourrions aller jusque-là à l'égard de cette classe. T4 ‘anuuc absolu de ressources place le colon dans une sitüation pics re dont il faut l’avertir ; on peut trouver de l'ouvrage, mais l’ouvr..;e peut manquer ; la maladie peut venir, et alors, voilà une famil dan: la détresse,

Ce serait différent si cette famille pouvait s bjuyer sur une autre famille possédant des ressources. Les deux y trouveraient des avan- ‘tages ; la première, la sécurité contre la détresse, la seconde, des serviteurs, un appui toujours à sa disposition.

Il y a nombre de familles qui pourraient ainsi s’allier, sur des bases nettement définies, à des conditions arrêtées d’avance entre elles, et mises sur le papier, et se rendre mutuellement des services sans qu’aucune ne fasse de sacrifices réels.

Nos compatriotes de la province de Québec et des Etats-Unis trouveraient peut-être dans cette suggestion un moyen de résoudre certaines difficultés qui parfois viennent arrêter l'exécution de projets longtemps caressés et finalement abandonnés avec regret.

Ne craignons pas d'envisager cet aspect de la question ; cette alliance du fort et du faible, dans ces conditions, c’est l'assistance mutuelle, laquelle est au fonds des idées chrétiennes. Or, rien n’est plus pratique que les préceptes de notre foi. En eux se trouve sûrement la solution des problèmes nationaux ou sociaux.

* * * Nous pourrions répondre d’un trait «de plume à la question placée en tête de ce chapitre : ceux qui songent à quitter la province de

Québec devraient venir au Manitoba. Nous croyons cependant utile de donner plus de développement à notre réponse.

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Il y a dans la province de Québec diverses causes qui poussent la population vers les Etats-Unis. L’une d'elles vient d’une de nos qualités. L'accroissement naturel des familles est remarquablement rapide. C'est, pour le développement d’une nation, une force supérieure à toute autre. La raison n’en est pas difficile à trouver. Ce merveilleux accroissement est un effet de la moralité de la population ; cette moralité prend elle-même sa source dans l'esprit religieux. Les préceptes de la religion sont faits pour conduire les peuples, aussi bien que les âmes, à la perfection, par leffet des vertus viriles qu'ils communiquent. ”

Il n’y a certes pas à s’affliger de cette fécondité de la famille canadienne. Néanmoins, elle a produit son effet sur la condition de la propriété ; effet qui peut être désastreux, si l’on persiste à l’ignorer et à n’en tenir aucun compte, mais effet qui est en lui-même un principe de force et de longévité nationale, si on sait le faire porter au bon endroit.

Les anciens établissements, nos vieilles paroisses, se sont remplis plus vite que n’ont grandi les villes.

Les villes, nombreuses et très peuplées, forment un marché pour l'écoulement des produits de la ferme. |

Si la consommation est considérable, la propriété peut souffrir des” morcellements dont la famille ne sera pas sensiblement affectée,

Le champ se rétrécit, mais la culture devient plus variée, plus soignée, plus scientifique ; elle rapporte davantage ; le fils peut à son tour élever sa famille comme le père avait élevé la sienne.

Nous n’en sommes pas à ce point. Les petites cultures n’ont pu encore être adoptées, comme en Europe. Elles ne sont pas dans nos mœurs. L'’Aabi/ant canadien aime la terre, mais il lui faut de larges espaces, pour la culture des céréales et l'élevage des bestiaux. C'est, du reste, grâce à cette disposition que nous nous sommes emparés du sol, que nous avons accaparé presque un empire avec une population restreinte.

Ces dispositions se transmettent de père en fils. Mais déjà la propriété est si morcellée, que ceux ci s’aperçoivent que le patrimoine du père, divisé entre au moins cinq ou six enfants, ne leur donnera chacun qu’un lambeau de terre, insuffisant à leur ambition. Ils trafiquent souvent de ce lambeau de terre pour un plat de lentilles, et s’en vont à l’aventure chercher la richesse ; l’engouement les porte vers les Etats-Unis, où, jusqu’à leurs succès, sont,des pertes pour la nationalité au Canada.

On parerait ce malheur en suivant les conseils du patriotique et dis-

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tingué père Lacombe, Dans une adresse aux habitants de la province, il disait en 1880 :

‘Aux nombreuses familles de nos paroisses qui n’ont qu'une terre à partager entre leurs enfants, et qui n’ont pas l'intention d'aller se fixer dans les nouvelles colonies de la province de Québec, je leur dis de se séparer et d’en laisser une partie aller s'établir au Manitoba.’

Et il accentuait sa pensée par cet autre conseil :

‘ Non, n’émigrez plus aux Etats-Unis pour vous mettre au service des américains, mais venez plutôt occuper nos belles terres, et vous faire un chez vous, où la santé règnera, et où le 2vss ne sera pas là pour vous commander.”

Ce conseil a été mis en pratique.

La famille Caron, de Louiseville, dans la province de Québec s’est séparée, Un enfant est resté à la maison paternelle ; les autres ont généreusement et sensément dit adieu au clocher de leur village, et sont venus établir leur tente sur le territoire du Manitoba,

Le départ des uns a été un soulagement pour les biens pater-

nels, lesquels ont pu, en retour, donner aux colons du Manitoba, du secours au moment opportun, En un mot, au lieu de se jalouser, de convoiter chacun une parcelle des terres de la famille, on s’est soulagé, on s’est aidé, comme des frères devraient toujours le faire. Aujourd’hui, les uns et les autres bénissent la Providence qui les a si bien inspirés.

Pa L'éminent père Lacombe dit aux familles de se séparer | Ces séparations sont quelquefois difficiles ; elles ont leur côtè pénible, A ceux qui ne pourraient s’y résoudre, nous leur dirons sans hésiter : ne vous séparez pas, que toute la famille, liée comme un faisceau, s'achemine vers les lieux qu’elle a choisis pour son nouvel établissement.

Un semblable déplacement n’est pas toujours facile, nous ne le con testons pas. Lorsqu'il peut se réaliser, il a néanmoins de ses avan. tages. Il fait éviter les ennuis d’une séparation entre les divers membres d’une famille, ennuis qui paralysent à certains moments l'énergie du colon ; il donne la force qu’on attribue légitimement à l'union ; il procure plus de joie domestique ; la joie fait germer le courage ; le courage dispose au travail et à la régularité des habitudes ; d’où, la prospérité.

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Il est une autre classe pour laquelle un déplacement est une iécessité.

Le système du crédit si généralement établi dans la province de Québec, et qui conduit si facilement au luxe, a mis dans la gène un grand nombre de familles.

Ces familles ont contracté des emprunts exagérés ; elles paient des intérêts, non moins exagérés, qui les améèneront infailliblement à la ruine.

Si elles réalisaient aujourd'hui leur avoir, elles pourraient satisfaire leurs créanciers, et conserver les unes, mille piastres, les autres un peu plus ou un peu moins, Avec cette somme, elles s'établiraient au Manitoba mieux qu'elles ne l'ont peut-être jamais été.

Le sacrifice est quelquefois coûteux à faire ; il est pénible de laisser | un patrimoine qu'on avait pensé garder toute la vie. Il vaut mieux, toutefois, nul n’en peut disconvenir, faire le sacrifice de bon gré que | d'y être forcé par les huissiers.

Au reste, cette douleur, fruit du sacrifice, apporte avec elle de puissants motifs de consolation. Elle fait naître au sein de familles souvent désolées, l'espoir, le repos, l’aisance et le bonheur. Et, à leur mort, les parents jouissent de l'immense satisfaction d'avoir donné à leurs enfants, non pas toujours une fortune, mais au moins un héritage permettant à ceux-ci d'élever et d'établir à leur tour convenablement

leur famille. leur Un déplacement serait donc de la part de ces familles un acte de gou sage prévoyance, par lequel seraient servis leurs meilleurs intérêts. pou Les intérêts du pays et de la nationalité, seraient également bien à el servis. Le pays aurait le bénéfice du travail de tous ces bras et de 1 dot toutes ces intelligences ; la nationalité garderait tous ces cœurs, toutes reu

ces personnifications du drapeau planté sur les bords du Saint-Laurent par Jacques-Cartier, et au Nord-Ouest par LaVérandrie. Nous particulariserons davantage en relevant des résultats plus tan-

gibles que ces avantages généraux. e

Dans toutes les vieilles paroisses de la province de Québec, la noi richesse est diversement répartie. A côté de familles peu favorisées ( de la fortune, il en est d’autres auxquelles la Providence a fait un pre meilleur sort ; ce sont presque des familles bourgeoises, constituant la notabilité de l'endroit. Elles pourraient faire souche, établir autour d'elles leurs enfants, —ce qui est dans leur pensée—et devenir comme la SO: moëlle de la paroisse. pre

Mais il y a un obstacle : ou les propriétés disponibles sont rares, ou le prix en est trop relevé. Le fils de famille que l’on établit, se voit souvent imposer des charges qui prennent pendant une bonne moitié

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