‹ Le Manitoba [microforme]Chapitre 43 sur 71 · SS · texte numérisé non relu

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En 1881, le Moniteur Acadien donnait les renseignements suivants :

‘€ Tous les jours, il revient des Etats Unis un bon nombre de ceux ‘‘ qui pour une raison ou pour une autre, ont quitté le pays. Ils ‘ croyaient améliorer leur condition en s’expatriant ; et ils: n’ont ‘ trouvé que déception et misère. L'ouvrage manque aux Etats Unis, et dans chaque centre, il y a des milliers de bras oisifs, et par suite ‘ un grand nombre de personnes sont dans la misère et l’indigence.”

Au mois d'avril 1881, un commis marchand de Biddeford, Maine, M. Michel E. Lussier, adressait à ses compatriotes du Canada les conseils de rester dans leur patrie.

‘« Pauvres frères, pour l'amour de Dieu, restez chez vous... ne venez ‘ donc pas ici accroître la misère déjà trop grande de nos compatrio-

‘tes. Si comme à moi, il vous était donné de voir et d’entendre & chaque jour 30 à 40 chefs de famille se lamenter sur la dureté du ‘4 temps et la rareté de l'ouvrage, vous ne penseriez pas à quitter votre ‘ pays pour l'étranger.”

Un correspondant de Great-Falls Etats-Unis, écrit au mois de janvier 1882, au Courrier du Canada, pour mettre les Canadiens en garde contre un embaucheur.

‘« Le tableau, dit le Courrier, qu’on nous ‘‘ transmet des misères ‘“ que souffrent les Canadiens aux Etats Unis est loin d’être chargé. ‘ Nous apprenons d’autre source que dans plusieurs centres manufac- ‘ turiers les Canadiens sont traités de la manière la plus indigne ; “ on les chasse des manufactures, on leur refuse du travail, et dans “ certaines villes, on a passé des règlements défendant d'employer “ dans les ateliers les personnes qui ne sauraient pas parler et écrire “l'anglais ; cette loi est uniquement dirigée contre nos compa- ‘ triotes.””

Au mois d'août 1882, la Parrie Nouvelle, de Cohoes, disait :

‘ Voilà plus de cent jours que les travaux ont été suspendus dans ‘ les fabriques de coton de cette ville, parceque les propriétaires ont réduit les salaires des ouvriers de ro pour cent.”?

Le Courrier de Worcester, du ler décembre 1882, disait :

Il y a une remarquable dépression dans l’industrie des fers... Les ateliers de Lowell viennent de congédier une centaine d’employés ces jours derniers.”?

‘La Patrie Nouvelle, du 18 décembre 1883, de Cohoes, dit :

‘“ L'industrie du fer prend une dépréciation tellement considérable depuis quelques semaines que la piupart des usines ont été fermées... Les hommes d’affaires sont alarmés et redoutent une panique, surtout depuis que les fabricants de tricot, de tissus, de laine et de coton, parlent de réduire les heures de travail de moitié. L'hiver 1884 s’annonce mal pour l'artisan et l’homme d'affaires, et nous ne pouvons trop engager nos familles canadiennes à observer une stricte économie si elles ne veulent pas être prises au dépourvu.

Au congrès national de 1884, à Montréal, le Dr Géd. Archambault, de Woonsocket, s’exprimait ainsi :

‘ Je vous dirai franchement toute ma pensée.

‘ Notre rosition n’est pas brillante, messieurs ; elle est environnée

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Et M. Archambault nous conjurait d’arrêter l’émigration, par le tableau suivant de la vie dans certains centres des Etats-Unis :

‘ Le train de vie qu'on mène là-bas est navrant, dit-il. Et pour me ‘“ servir des expressions d’un journal américain : quelles froides et ‘€ sinistres prisons que ces fabriques de coton de la Nouvelle-Angle- ‘terre! Et puis, cette régularité rigide comme celle du moine, mais ‘ sans les consolations du cloître. Cette discipline plus inflexible que ‘ celle du soldat en campagne, mais sans les consolations de la gloire ‘© et du patriotisme, quels boulets ne sont-ils pas au pied des habitants ‘ de ces cachots au seuil desquels il faut laisser toute espérance.’’

Nous lisons dans l’ Abeille, de Lowell, Mass., au mois de mai 1884 :

‘{ Les journaux de la Province de Québec nous annoncent que cent ‘ cinquante Canadiens-français viennent de s’embarquer pour les fe Etats-Unis afin d’y trouver du travail.

‘ On ne saurait plus mal choisir son temps. Le travail dans la ‘“ Nouvelle-Angleterre est presque nul, et dans plusieurs villes il ‘ manque presque totalement. Des centaines d'ouvriers et des familles entières voyagent d’une ville à l’autre à la recherche d'ou- ‘ vrage. Nos compatriotes du Canada ne devraient pas oublier ces # choses, et ne pas oublier non plus qu'aux Etats-Unis la vie coûte ‘ énormément cher. Un tiers des classes ouvrières chôment actuelle- ‘ ment.”

Le Franco-Canadien, du 7 novembre 1884, recevait d'un correspondant de Fall-River, la note suivante :

‘€ Il y a au-dessus de trente manufactures de fermées à Fall-River, ‘ et nous appréhendons beaucoup de misère.

‘Il y a au-dessus de dix mille mains sans ouvrage, ce qui fait

‘ beaucoup de tort au commerce. Les épiciers qui ont des comptes 4 ouverts avec ces familles vont certainement perdre."

Le 2 octobre 1885, le Progrès de l'Est annonçait la fermeture d’un important établissement industriel, à Woonsocket :

La Woonsocket (R. I.) Rubber Co., dit-il, a fermé son établisse- ‘ ment, samedi après-midi, pour un temps indéterminé, Plus de 500 ‘ employés, principalement des femmes, se trouvent sans emploi.”

Ba l'été 1886, on écrivait de Woonsocket, R. I. ‘€ On se plaint amèrement dans cette localité des moyens peu scru-

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‘ puleux que les Américains emploient pour forcer les Canadiens à ‘ perdre leur langue. Ainsi, il y a une loi dans le Rhode-Island qui ‘“ pourvoit à ce que les enfants fréquentent les écoles durant trois ‘“ mois de l’année, jusqu'à ce qu'ils atteignent l'âge de quinze ans. ‘€ Or, ici on exploite odieusement cette loi. Les parents qui veulent ‘€ avoir l’aide du travail de leurs enfants doivent les munir de certifi- ‘ cats sur lesquels sont inscrits le nom et l’âge de l’enfant et l’espace ‘ de temps durant lequel il a fréquenté l’école. Ces certificats doivent ‘ être signés par le maire et par le surintendant de l'instruction, un “ certain rév. M. White. Mais celui-ci se garde bien de les signer si ‘ l'enfant ignore la langue anglaise. Ce qui l'empêche d'avoir de “ l'emploi. Peut-on pousser plus loin l’amour des préjugés ?...... Ces ft bons “ Plymouth Rock ’’ donnent une preuve éclatante de la ‘ liberté qu’ils accordent aux étrangers.”

Voici, d’après le Zravailleur, de Worcester, le sort qui attendait en 1886 les Canadiens émigrant aux Etats-Unis :

“Le 7ravailleur a toujours eu à cœur les intérêts de nos compatriotes. Son regretté fondateur avait compris, à son début, que l’élément canadien était appelé à jouer un rôle important sur le sol des Etats-Unis. Il avait foi dans la mission que les Canadiens devaient remplir au milieu des éléments hétérogènes qui composent le peuple américain, À cette époque, les industries américaines étaient florissantes ; les ouvriers n'avaient aucun sujet de mécontentement contre les capitalistes, et, pourtant, il n’y avait pas de ces grèves déplorables qui sont en voie de détruire en peu d’années une prospérité péniblement assurée...

‘ Mais depuis, les temps sont bien changés. Ce qui était bon en 1865 ou 1870, ne l’est plus maintenant, L'émigration canadienne, qui était alors désirable, au point de vue de l'expansion des idées françaises et catholiques, est aujourd'hui souverainement déplorable, C’est que, depuis près d'un quart de siècle, la situation financière aux Etats- Unis a varié considérablement. L'immigration irlandaise, allemande, suédoise, etc. a pris des proportions gigantesques ; toutes les branches de l’industrie américaine sont encombréees ; de là le mécontentement des ouvriers, qui se font la guerre entre eux au moyen d’une compétition effrénée.

‘# Partout, l’on n'entend parler que de grèves. En maints endroits les filatures, les usines, etc, sont fermées, par suite des difficultés survenues entre les patrons et les ouvriers ; l’ouvrage fait défaut et des miiliers de personnes chôment actuellement.

‘,.,Les affaires sont dans un triste état de stagnation en ce pays. Pourquoi émigrer ?.. Pourquoi venir goûter sur un sol étranger les amertumes de l'exil ? Pourquoi changer votre position de cultivateur ?.. -

‘ Nous voulons le bien de nos compatriotes. C’est pourquoi nous leur conseillons de ne pas émigrer dans un temps de crise économique comme celui que traversent actuellement les Etats Unis. Notre franc parler aura peut-être pour effet de déplaire à ceux qui ont l’intention d’émigrer. Mais nous suivons en cela notre devise : jais ce que dois.”

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