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A l'automne de 1886, la Patrie Nouvelle, de Cohoes, s'exprimait ainsi :
‘* Les fabriques à tricot de Cohoes sont presque toutes fermées pour ‘un temps indéterminé. Plus de cinq milles ouvriers se trouvent en
‘{ vacante, vacance qui peut durer jusqu'au printemps, au grand détri- ‘ ment de toutes les classes de la société.”
En 1886 aussi, l'/ndépendant, de Fall River, s'élevait contre l’émigration canadienne en ces termes :
‘© IL nous arrive chaque jour, du Canada, un grand nombre de ‘© familles... Il est de notre devoir de prémunir les Canadiens du ‘ Canada contre les dangers qui les attendent ici. Il y a dans tous les “ centres plus de main-d'œuvre, plus d'ouvriers qu'il n’en faut pour le ‘ moment. L'avenir est plutôt à ceux qui s’établissent sur les terres ‘qu’à ceux qui viennent végéter dans nos centres manufacturiers.'”
Nous trouvons dans les rapports de M. Dodge, employé du département de l’agriculture des Etats-Unis, section des statistiques, les lignes suivantes extraites du bulletin des moissons publié aux Etats- Unis en décembre 1886, et rendant compte de la récolte de 1886 au Dakota :
‘ Dans la vallée de la Rivière Rouge, on a obtenu une bonne récolte ; dans la vallée de la rivière James, les rapports sont que la récolte est médiocre où manqguée ; dans les comtés plus à l’ouest, les
rapports sont que la récolte est faible : cinq ou six minots de l’acre seulement quelque part. Le rendement par acre pour le blé du printemps, dans le Dakota, a été de 11.5 minots, ce qui est moins que k moyenne totale relevée dans la région des blés.”?
L'agent spécial du Dakota, correspondant avec le département d'agriculture des Etats-Unis, dit lui-même :
‘4 En faisant le relevé de la production du grain pour 1886, la longue ef terrible sècheresse qui a si fortement aécouragé les cultivateurs durant la dernière saison, nous revient de nouveau à l'esprit, Cette sécheresse n’a pas seulement duré pendant le mois d’été et d'automne, mais elle se continue en plein milieu de la saison où prend l'hiver. H ñ'y a.pas eu de pluie durant le mois de novembre ; les puits et les cours d’eau sont si bas qu'il est #ès difficile en plusieurs parties du territoire d'obtenir suffisamment de l’eau pour abreuver les animaux. Cependant la dernière tempête nous a fait la faveur de nous laisser dixhuit pouces de neige.”
Un autre rapport publié tout récemment par le même département de l’agriculture de Washington, sur la condition du Dakota en janvier et février 1887, dit :
‘Toutes les sortes d'animaux, à l'exception des moutons et des
pourceaux, sont tombés en valeur par suite de la petite récolte de grains de l’année et des prix réduits auxquels ces grains se vendent, ce qui fait que les cultivateurs sont obligés de vendre leurs animaux à sacrifices pour rencontrer leurs obligations urgentes.”
Au printemps 1887, le Messager de Lewiston écrit :
(«Il nous arrive continuellement des familles du Canada. C’est plus que regrettable, puisqu'il y a ici plus de monde que d'ouvrage. Nous pouvons les compter par centaines ceux qui sont ici depuis un laps de temps assez raisonnable et qui n’ont pu se procurer encore le moindre emploi.’”
Vers la même époque (printemps 1887) l’Znvépendant, de Fa!l River, s'exprimait ainsi ;
‘ Des canadiens nous arrivent en très grand nombre du Canada. Dans tous les centres industriels, des familles viennent chercher de l'ouvrage. Malheureusement, le personnel de presque tous les ateliers
est au complet, et les émigrants sont obligés d’attendre longtemps, de faire la concurrence aux autres, et souvent, de vivre à leur dépens.”"
De son côté le Zravailleur disait, au mois d'avril 1887 :
“ Compatriotes du Canada qui seriez tentés d’émigrer, demandez à ños compatriotes expatriés ce qu’il en coûte de vivre loin du pays qui conserve leur souvenir le plus cher. Restez 31x champs qui ont été fécondés des sueurs de ceux que vous aimiez ; emparez-vous des terres fertiles que l'immigration européenne menace de vous enlever ; soyez des colons courageux et fermes, et vos enfants, heureux et prospères béniront plus tard votre mémoire.”
Un correspondant de Wauregan, Conn., écrit au Pionnier, de Sherbrooke, une note que ce journal publie dans son numéro du 27 octobre 1887, comme suit :
‘Un de nos abonnés de Wauregan, Conn. nous écrit : Dites donc à nos amis et compatriotes du Canada, de renoncer à la manie de venir aux Etats où il n’y a guère à gagner.
‘Il y a dans les environs de Baltic plus de 1,500 ouvriers sans travail, dans la plus affreuse misère, regrettant d’avoir quitté le Canada, et soupirant vers l'heure du retour ; mais en vain, ils sont à bout de ressources et dans la pauvreté noire.”
Voici ce que publiait à ce sujet le Défenseur, d'Holyoke, au'mois de novembre 1887 :
‘ Les populations rurales, au Canada, sont trop souvent dupes de leur ambition ou de leur ignorance des affaires américaines. Si elles savaient généralement que sur tous les points des Etats-Unis, il existe chez la classe ouvrière, un mécontentement perpétuel contre les capitalistes ; qu'il y a surabondance d’ouvriers, dans toutes les industries :
e de si elles savaient, disons-nous, que le travail est peu rémunéré et tres nt, ce ardu, dans les usines et les fabriques américaines, elles seraient peutaux à être moins tentées de quitter le pays natal.
‘ L'émigration, surtout dans un temps comme celui-ci, est souverainement déplorable. Nous croyons qu’il est du devoir de la presse et “les hommes publics, au Canada, de tâcher d'en détourner le courant.
C'est ‘ Compatriotes, restez au pays, si vous ne voulez pas vous exposer à rage. d’amères déceptions ! ” 1s un Jre le ss River, | Et maintenant, lecteurs de bonne foi, dites-nous donc pourquoi vous iriez aux Etats-Unis ?
ee Supposons que votre situation au Canada ne soit pas en tout ce 1er de que vous le désirez, vous ne trouverez pas mieux là-bas. Les témoiteliers gnages irrécusables que vous venez de parcourir, et qui couvrent une ps, de période de 10 ans, doivent vous en convaincre. ns’ Si donc votre détermination est prise de changer de lieu, enfoncezvous dans vos forêts de Québec, ou venez prendre place à côté de nous dans les plaines du Manitoba. Ici ou là, vous serez dans votre pays; ndez à et aux jours de votre vieillesse, vous éprouverez un profond sentiment so de de bonheur à la pensée d’avoir échappé aux graves inquiétudes qui . terres doivent nécessairement surgir dans l’âme de celui qui se demande: ; soyez mes enfants, ou mes petits enfants, garderont-ils toujours leur foi, ospères resteront-ils Canadiens-français ?
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