CHOSES ET AUTRES
La classe agricole est celle dont le Manitoba a besoin ; c’est la seule que nous voulons solliciter.
L'homme de profession, les commerçants, les ouvriers, trouveront toujours en nous des amis prêts à les aider en toutes circonstances ; le succès n’est pas impossible pour eux, mais nous devons les avertir que leur position est plus précaire que celle du cultivateur.
Le soleil reluit pour tout le monde, selon l'expression populaire ; seulement, nous traversons une période où il n’a assez souvent pour ces classes que des rayons d’hiver,
Les temps peuvent néanmoins changer ; il y a quelques années la classe ouvrière trouvait ici un champ favorable à son activité ; l’ouvrage abondait, et les salaires étaient élevés. Il n’en est plus ainsi, du moins quant à l'abondance de l’ouvrage. Les salaires sont restés assez bons, mais les entreprises publiques et particulières sont plus restreintes, et rien n’exige dans le moment une augmentation de la main d'œuvre. Se tenir au courant du mouvement des affaires, soit par les journaux, soit par correspondance avec des amis déjà fixés au Manitoba, et régler ses projets sur ces renseignements, voilà ce que nous pouvons dire de mieux à la classe ouvrière.
Il en serait autrement, bien entendu, de l’ouvrier qui se destinerait à l’agriculture. A celui-ci, nous n’hésiterons pas à lui dire : venez, si vous avez des aptitudes pour la vie des champs, et des ressources pécuniaires suffisantes pour vous créer un établissement.
Et certes, parmi les ouvriers, ceux des villes surtout, combien n’y en a-t il pas qui amélioreraient sensiblement leur position en s’adonnant à l’agriculture, eux et leurs enfants? Les villes et les manufactures exercent sur la multitude une puissance d'attraction qui fait bien des victimes. Mais ni les villes, ni les manufactures ne peuvent, comme le champ du laboureur, donner de fermes assises à la famille, la moralité, et la permanence du travail, qui est la garantie la plus sûre et l’agent le plus constant de l'épargne, et finalement, de la richesse publique et individuelle, Dans une exploitation agricole bien dirigée, il n’y a ni grève ni chômage ; il peut y avoir des accidents, mais jamais, ou du moins très-rarement, ces évènements imprévus n'atteignent les proportions d’un désastre irréparable.
raiso!
ses ef
eule
ront s ; le que
ire ; pour
es la l’ouainsi, restés . plus de la s, soit és au e que
nerait ez, Si pécu-
yen nnant tures n des mme mora-
sûre hesse rigée, mais attei-
Selon nous, ce serait accomplir un grand devoir social, que de diriger l'énergie et les aptitudes de nos populations vers l’agriculture, et de décourager leur affluence vers les villes.
Et en ces matières, l'exemple fait quelquefois plus que les longs discours.
À qui la province de Québec doit-elle ses institutions, ses établissements des premiers jours, ses premiers défrichements? Sans doute à ces pionniers de la civilisation en Amérique, qui furent nos pères! Mais aussi à la libéralité, aux sacrifices d’âmes généreuses, prêtres et laïques, hommes et femmes, familles et communautés, d'outre-mer, de la belle France ?
Pourquoi la Nouvelle-France ne feraît-elle pas pour les groupes du Nord-Ouest, ce qu’on a fait pour elle autrefois! Ne pourrait-elle pas, par les mêmes moyens et des intermédiaires analogues, fortifier les postes existant, ou en créer de nouveaux ? De pareilles œuvres entraineraient les populations sans entraîner de sacrifices réels, à la différence de celles d'où est sortie notre patrie.
Réussit-on toujours au Manitoba ?
Non !
Et pourquoi ?
Il y a d’abord une grande raison qu’on ne devrait jamais oublier,
Il y aura toujours des pauvres parmi vous, a dit le Sauveur du monde. Cette parole ne peut point passer.
La pauvreté est une loi de l’ordre chrétien ; les pays les plus riches, les peuples les plus avancés, ont à la subir.
Qu'on jette les yeux sur le monde ; nulle part, la richesse ou le bonheur, ne sont également distribués.
Notre pays n’échappe pas à cette loi universelle, qui va chercher sa raison d’être au-dessus de notre monde, mais qui produit néanmoins ses effets par des causes naturelles.
Ces causes sont multiples.
Tantôt, c'est l’intempérance, tantôt, l'amour du jeu ; celui-ci a horreur du travail, celui-là n’a point les aptitudes de son état ; à l’un, la Providence a refusé les talents ordinaires, à l’autre, elle envoie des accidents. Que sais-je enfin ?
N'y en a:t-il pas parmi nous qui ont voulu même se lancer dans la spéculation ? Le malheur leur en a voulu. Leur infortune peut être digne de toutes les sympathies ; mais enfin, qui peuvent-ils blâmer, si ce n’est eux-mêmes ?
D'autres étaient des jeunes gens sans expérience de la vie agricole,
qui ont cru qu'on pouvait faire ici de la culture en amateur, ue leur erreur sont nés leurs déboires. Faut-il s’en étonner ?
D'autres encore ont été imprévoyants ; ils se sont endettés outre mesure, soit pour l'achat de terrains, soit pour l’achat d'instruments aratoires. Depuis, il leur a fallu remonter le courant ; tâche ingrate et rude, qui a fait des victimes.
D'autres, enfin, ont sombré quand ils semblaient devoir réussir ; braves gens, laborieux, rangés, ayant des ressources.
Les échecs de ces derniers donnent sans doute à réfléchir, mais d'une autre part, il est constaté que ces sortes d’échecs ne sont pas particuliers à notre pays. Le monde est rempli d'exemples analogues. Par conséquent, ils ne prouvent rien à l'encontre des ressources naturelles de l'Ouest Canadien.
Il y a eu beaucoup d'exagération de nos ressources ; ce n’est pas ce qui nous a fait le moins de mal.
On citait des cas de végétation exubérante, que des immigrants ont pris pour la règle générale, tandis qu'ils n'étaient que des exceptions. Il est important de ne pas laisser le public sous une fausse impression à ce sujet.
Il est bien vrai qu'en certains cas, le blé a donné un rendement de 40 à 50 minots à l’acre. Néanmoins, ce serait commettre une grave erreur que de faire de ces exemples la base d’un calcul.
D’aussi abondantes récoltes prouvent indubitablement la fertilité du sol. Mais ce même sol ne donnera pas toujours, ni à tous, les mêmes revenus. Qu'on se le tienne pour dit. Les saisons ne sont pas toujours également propices ; tous les cultivateurs n’ont pas la même conduite, le même amour du travail, les mêmes aptitudes.
Nous avons répété dans le cours de ces pages que la province de Québec avait un sérieux intérêt à diriger vers nous un bon courant d'émigration. Nous ne voulons pas dire par là que l'on doive arracher mos populations de leurs paroisses pour les jeter sans discernement au Manitoba.
Nous croyons au proverbe qui veut que l’on reste où l’on est bien.
Mais qui est bien, qui ne l’est point ? Voilà où il faut du discernement.
Tel qui se croit au-dessus de ses affaires a peut-être besoin qu'on
leur
utre ents grate
ssir ;
mais t pas ques.
natu-
pas ce
ats ont ptions.
ression
ent de grave
ilité du mêmes pas tou-
même
ince de courant arracher
ent au
est bien. iscerne-
qu'on
l’éclaire sur sa véritable situation, et qu'on lui ouvre de nouveaux horizons.
Il en est d’autres qui sont véritablement à leur aise. Il ne faudrait pas faire naître en ceux-ci le désir d'abandonner des champs qui sont peut-être un patrimoine de famille. Mais si un événement quelconque, si le désir de contribuer à l'expansion de notre influence et à l'affermissement de notre nationalité dans les plaines du Nord-Ouest, suggéraient à quelques âmes d'élite de venir nous prêter le secours de leur énergie, de leur dévouement et de leur fortune, il nous semble qu'il ne faudrait pas non plus étouffer ces généreux projets.
Il n’est pas à craindre que ces exemples exercent un grand empire sur les populations généralement. Ils ne créeront assurément pas d'enthousiasme ; la province de Québec n’en souffrira point. Le départ de ces familles sera à peine perceptible dans les localités où elles ont grandi et prosp‘'é Au Manitoba, il en sera tout autrement. Ce nouvel et sérieux appuint nous sera d’une utilité inappréciable,
C'est l’un de ces sacrifices auxquels la province de Québec pourrait consentir avec profit pour elle et pour nous.
Combien d'argent faut-il pour s'établir au Manitoba ?
C'est une question qui nous est souvent posée, et à laquelle il est difficile de répondre. Les goûts, les aptitudes, le genre et l’importance des établissements, différent avec chaque colon ; celui-ci réussira avec un capital restreint ; celui-là, avec un capital plus considérable et dans des condit ons plus avantageuses, végétera. En un mot, le succès dépend beaucoup plus des individus que du pays.
Toutefois, c’est notre opinion qu'aujourd'hui, une famille de cultivateurs à laquelle il resterait, une fois rendue au Manitoha, la somme de cinq cents piastres, peut s'établir dans des conditions propres à lui assurer ün avenir prospère.
Il est évident qu'avec cette somme on ne peut acheter mille acres de terre dans le voisinage immédiat de Winnipeg. Mais en s’éloignant quelque peu, tout en restant dans nos vieux établissements, on peut trouver des propriétés, convenant, par leur site, leur fertilité, leur étendue et leur prix, à une famille n’ayant pas plus de ressources.
Pour commencer, cette famille aura peut être à travailler davantage— la terre qu’elle aura achetée sera peut être couverte de broussailles— ; elle aura peut-être à supporter quelques inconvénients résultant d’une cause ou d’une autre ; mais si cette famille sait compre:dre sa situation, elle admettra que dans aucun pays il ne lui est possible de s'établir
avec une somme de cinq cents piastres aussi bien qu'avec deux mille piastres ; elle comprendra aussi que son travail est pour elle une partie de son capital, non la moindre,—celle qui lui assurera plus sûrement le succès et la prospérité, en quelque lien qu'elle se fixe,
Il n’est pas nécessaire d'acheter une propriété de 160 acres. Pourquoi ne se contenterait-on pas d'une terre de 80 acres, si l'on n’a d'argent que pour cela? Quatre-vingts acres forment cent arpents ; c'est assurément une propriété d’une belle étendue, qui peut donner en peu d'années des revenus suffisants pour solder de nouvelles acquisitions si le besoin s’en faisait sentir.
«tx
Ne pas confondre le Manitoba avec les territoires du Nord-Ouest.
Parce que le Nord-Ouest aura été la victime d'un évènement quelconque, il ne s’en suit pas que la population du Manitoba en aura été affectée. Prenons pour exemple l'insurrection de 188$, A cette époque combien ont cru que nous étions, nous, les colons des plaines arrosées par la rivière Rouge, en plein théâtre de l'agitation. Nous en étions cependant À 700 ou 800 milles.
Nous pourrions faire la même réflexion concernant les accidents de température. ‘S'il y a gelée, sècheresse, ou bourrasque quelque part dans l'Ouest, aux pieds des Montagnes Rocheuses ou au lac des Esclaves, il n’en faut pas conclure qu’il y a gélée, sècheresse ou bourrasque au Manitoba, et vice versa. Ces divers points sont à des mil. liers de milles les uns des autres, |
L'Ouest canadien est à lui seul plus grand que le reste de la Confédération.
On objecte diverses choses contre le Manitoba. Pour les uns, c’est trop loin ; pour les antres, c’est trop froid ; celui-ci s'imagine qu'il n’y a pas de bois, celui-là, qu’il n’y a point d’eau ; mais d’autres ont peur des sauvages |
Rassurons ces derniers. On ne voit guère plus de sauvages à Winnipeg qu’à Montréal.
Les sauvages de Caughnawagha vont à Montréal vendre leurs ouvrages en rassades ; les nôtres viennent nous vendre les produits de leur chasse,
Ceux-ci sont aussi paisibles que ceux-là.
ne EN © EM PP
s de
On a äit que des colons du Manitoba l'avait laissé pour s'en aller au Dakota, C'est vrai! Mais toute médaille à son revers. Lisez la requête qu’en l'année 1886, adressaient 26 cultivateurs au gouverrement canadien :
‘ Nous, soussignés, colons du Dakota, dans les Etats-Unis, vous supplions humblement d'ouvrir à la colonisation par homestead le township, rang 6, Manitoba, Un grand nombre de personnes résidant actuellement au Dakota, dont quelques-unes ont apposé leur signature à la présente requête, implorent de vous cette faveur en leur nom et au nom de leurs voisins. La raison pour laquelle nous faisons cette demande est l'excessive taxation à laquelle le colon est sujet dans le Dakota, Nous payons jusqu'à guatre centins et demi dans la piastre, Ajoutez à cela que tout ici est taxable, non seulement le terrain, mais les instruments d'agriculture, et jusqu'à la montre que le colon porte dans sa poche. Nous sommes prêts à abandonner nos droits (claims) au Dakota, pour nous placer sous le drapeau anglais... Et vos requérants ne cesseront de prier :
Joseph Burkitt ‘R. Botterill Robt. Forsyth Sam, Lawrence William Steele KR. Forsyth, Sr. James Lewis " * Wil. Botterill Phil. Botterill T. Lawrence Alex Kehill W. Botterill
R. Wilkinson KR. Botteriil, Jr. William Keown Pat. McBride Wm. I. Ridley Alex. Thom
I. Steele Joseph Ridley Win. ] Kehill Joseph Ridly M. Keown David Thorn
E. Taylor Charles Thom
Pour être partis, voyez comme ceux-ci s'en mordent les poings ! Un M. I. Kelly, de Gananoque, Ont., écrit au Xeporter, de cette ville, dans le mois de septembre 1886 :
‘t D'après ce que j'ai vu, je considère le terrain au Canada de beau- ‘ coup supérieur à celui du Dakota ; ceux qui écrivent que la fertilité ‘“ du sol au Dakota et au Minesota surpasse celle du territoire canadien ‘ sont payés pour écrire ainsi, et ne disent pas la vérité.”
On peut multiplier ces témoignages. Ainsi:
Le Woodstock Sentinel Review, journal réformiste, commentant une lettre qu'il avait reçue d’un de ses correspondants établis au Dakota, disait à l'automne 1886 :
t« Cette lettre mérite d’être parcourue, non seulement à cause des renseignements qu'elle contient, mais aussi à cause de l'avis qui y est donné aux Canadiens. Elle n'offre aucun encouragement à ceux qui songeraient à aller au Dakota. Si le pays a ses avantages il possède aussi des désavantages. Cette année, selon notre correspondant, plusieurs champs de grain n’ont pas été jugés d’une valeur suffisante pour être coupés à raison de la sécheresse.”?
M. l'abbé Bitsche, le digne curé de Saint-Léon, disait dans une lettre que j’ai déjà publiée :
4 Comme il y a partout et de tout temps des hommes qui ne sont L s contents de leur sort, quelques habitants de ma paroisse ont quitté le Manitoba pour s'établir dans le Dakota. Mais ils furent bien trompés. Quelques-uns sont déjà revenus, d’autres reviendraient bien volontiers s’ils en avaient les moyèns. Ah ! disaient-ils, si j'avais à recoramencer, je serais plus prudent ; maîntenant il est trop tard, etc.”
M. l’abbé Samoisette, m’'écrivait aussi : '
‘€ Trois familles sont allées s'établir dans le Dakota, pensant sans doute de mieux faire sous le rapport de la fortune ; mais c’est à peine si elles ont pu y passer une année ; aujourd’hui elles sont de retour dans ma paroisse, et bien décidées de ne plus retourner au Dakota.
Deux autres chefs de familles sont partis un jour pour aller se fixer dans le même Etat du Dakota, et après avoir bien examiné... ils ont constaté qu’il valait mieux retourner au Manitoba pour bien des raisons.”?
*"* Nous savons qu'on s’est étonné de la quantité de terrains qui se vendaient pour les taxes.
Quelques explications suffiront à dissiper cet étonnement.
Lors de la fièvre de spéculation dont nous avons été les victimes en 1881 et 1882, une bonne partie du sol est passée entre les mains d'étrangers, les uns domiciliés en Angleterre, les autres aux Etats- Unis, ceux-ci dans Ontario, ceux-là dans quelqu’autre province du Dominion. On comprend qu’avec des propriétaires dispersés aux quatre coins du monde, le paiement des taxes municipales se fasse avec négligence. Néanmoins, les municipalités doivent toucher leurs revenus annuellement pour rencontrer leurs obligations et faire les travaux publics nécessaires. Or, elles font vendre les terrains sur lesquels il y a des arrérages de taxes,
La plupart de ces terrains sont rachetés avec le temps. Ainsi, la ville de Saint-Boniface fit vendre une année, environ cent lots ; de ce nombre, deux seulement n’ont pas été rachetés.
Ces ventes, pour taxes qu’on a vouiu exploiter contre nous, prouvent donc, lorsqu'on veut suivre l’opération jusqu’au bout, que la confiance en l'avenir de notre pays n’est pas ébranlée chez ceux qui y possèdent des intérêts.
Des touristes, animés d’ailleurs des meilleures intentions, nous expriment parfois leur étonnement de ne point rencontrer ici certaines
améli désire Le:
oubli vant pare enco popu n’a utili posit tale
améliorations, certains essais qui leur paraissent aussi faciles que désirables.
Les étrangers qui nous honorent de leur visite ne devraient pas oublier que la province n’existe que depuis à peine dix ans. Auparavant elle était isolée du reste du monde, et elle n'avait alors que l’apparence de la vie. Il n’est pas étonnant que sa population n'ait pas encore tiré du sol tout ce que sa fertilité permet d’en attendre. La population est fort peu nombreuse, et disséminée un peu partout ; elle n’a pu ni changer l’aspect du pays, ni se livrer aux expériences. Nous utilisons pour le moment les ressources que la nature met à notre disposition, sans nous engager dans les cultures artificielles, expérimentales, ou de pur agrément.
Vous n'avez pas de mil, nous dira quelqu'un. Non, nous n’en avons point, ou que très peu. La raison en est simple, nous n’en avons pas besoin ; le foin de prairie le remplace avantageusement, et il ne nous coûte rien ; il croît naturellement. Pourquoi dédaignerions-nous cette ressource pour nous adonner à la culture du mil, qui exigerait le sacrifice d’un lopin de terre où nous pouvons autrement obtenir un rendement de céréales.
Ce n’est point que le mil ne réussirait pas. L'auteur de ce travail connait un terrain où le mil semé il y a dix ans, persiste à se montrer, bien que ce terrain ait subi, depuis, deux labours.
C’est donc une erreur de dire que le mil ne peut se cultiver avantageusement au Manitoba ; mais c’est vrai pourtant qu'en fait nous ne le cultivons pas, pour la raison déjà donnée : nous n’en avons pas besoin.
Ces mêmes touristes nous diront aussi que notre sol s’épuisera par suite de notre persistance à semer grains sur grains, et que, par malheur, on n’a pas encore trouvé les moyens de le relever.
D'abord, le grain sur grain n'est pas général, par conséquent la réflexion manque d’exactitude.
En second lieu, il y a des exemplés de terrains semés depuis 30 et 40 ans, et qui se sont fort bien maintenus sans engrais. À cela, rien d'étonnant. Un sol recouvert d’une couche de terre végétale et marneuse de deux à trois pieds de profondeur est vraiment inépuisable ; il peut cependant avoir besoin de repos. Or la théorie agricole enseigne comment il faut s’y prendre pour reposer la terre, Cette théorie est applicable au Manitoba, comme ailleurs. Elle y est aussi connue.
Au risque d’étonner plusieurs de nos lecteurs, nous leur apprendrons que notre département d'agriculture est peut-être le mieux organisé de tous ceux qui existent dans la confédération, et notre population agricolé, celle dont l’attention se tient le plus en éveil sur les procédés agricoles et sur les altérations possibles de notre sol.
Il y a déjà plusieurs années qu'on a commencé à mettre la population en garde contre l’épuisement du sol.
Quand il faudra des engrais, il sera facile d’en avoir ; nous en produisons plus qu'ailleurs, nos troupeaux d'animaux étant plus nombreux ; vu l'abondance du foin, les pailles seront peu utilisées comme fourrage ; par conséquent, elles augmenteront la quantité disponible des engrais végétaux.
Le rév. M. Beaudry, dont nous avons déjà invoqué le témoignage, a fait une étude sérieuse de cette question, après sa visite au Manitoba; sa compétence en cette matière, impose sa conclusion :
‘ En résumé, dit-il, un sol, la moitié moins fertile que celui du “ Manitoba, a donné une moyenne de 14 minots à l’acre pendant ‘€ quarante ans ; ce qui laisserait aux gens du Manitoba au moins un ‘“ siècle‘devant eux pour chercher un moyen de relever la fertilité de ‘ leur sol avant d’être descendus à la moyenne du rendement dans la ‘ province de Québec. ,
‘ L'industrie laitière et l’élevage des animaux de boucherie pren- ‘ nent depuis quelques années une extension telle dans la province ‘ sœur que le colon du Manitoba peut envisager l'avenir sans crainte.
D'ailleurs, l’expérience est là pour confirmer cette dernière as- ‘€ sertion.”
ax
Nous appelons casser, donner le premier labour à la prairie. Le gazon de cette prairie est très serré ; afin d’en faciliter la désagrégation, on fait généralement un premier labour vers le mois de juin, d’une épaisseur d'environ deux pouces ; à l’automne ou au printemps suivant, cette terre est prête à subir le second labour destiné à recevoir la semence ; c’est une opération qui he se fait qu’une fois pour le même morceau de terre ; on défrche le terrain boisé ; on casse la prairie. Une charrue spéciale (la charrue à casser) est nécessaire pour cette opération. Elle est tirée par deux chevaux, ou par une bonne paire de bœufs. ;
Nous connaissons cependant des colons qui se sont dispensés de cette opération ; ils ont labouré de la prairie neuve, ont semé de suite, et ont obtenu une récolte passable. Dans une année de sécheresse, ce mode serait risqué.