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TU St LE MANOIR DE VILLERAI. 143 TR re > di EP 4 3 M
Ce reproche de la part du bienveillant
curé, qui n'avait jamais eu auparavant occasion de montrer à Rose même de la froideur, la blessa au vif dans la sensibilité de son innocence, et presque involontairement elle leva les yeux vers lui en disant :
— Mais, monsieur le curé, qu’ai-je donc fait pour mériter ces reproches ?
— Ecoutez-moi, Rose, je n'ai pu jeter qu'un regard, hier, sur vous et M. de Montarville, lorsque vous vous teniez tous les deux dans le chemin, vers le commencement du crépuscule. Mais de ce seul regard j'ai pu lire sur sa figure l'admiration, la passion: et sur la vôtre, l'embarras et la timidité. Est-ce convenable chez une jeune fille qui pousse la réserve avec les jeunes gens de son rang jusqu'à refuser de marcher ou de converser avec eux? Je ne vous ferai qu’une question, et si vous pouvez y répondre négativement, j’oublierai tous mes soupçons et je vous en demanderai même pardon. M. de Montarville ne vous a-t-il jamais parlé en des termes d'amour où d’admiration ?
Aucune parole ne pourrait exprimer la vive rougeur qui se répandit alors sur la
figure de la jeune fille, et ne sachant comment se disculper sans compromettre M. de Montarville, elle garda le silence, la tête inclinée, les yeux baïissés, paraissant aussi coupable que madame Lauzon elle-même aurait désiré la voir.
Avec plus de gravité et de froideur qu’auparavant, M. Lapointe reprit:
— Rose, vous m'avez répondu! Malheureuse enfant! vous en êtes déjà rendue là?
La réserve qui convient à votre caractère de jeune fille, votre reconnaissance pour made:
moiselle de Villerai, n’ont-elles pu vous préserver des pièges dans lesquels votre vanité vous à fait tomber? Vous ai-je surveillée depuis votre enfance, vous dirigeant, vous conseillant, vous encourageant, pour éprouver une pareille déception ?
La voix d’abord sévère du bon prêtre devint insensiblement plus douce, et quand il acheva, ses accents étaient empreints d’une vive émotion. Rose n’hésita plus. Elle savait que son secret demeurerait sacré avec lui, et elle se sentait incapable de rester sous le coup de la désapprobation du tendre ami et du bon protecteur de son enfance.
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Ce fut donc les joues brûlantes, la voix tremblante, et avec plus d’une pause embarrassée, qu'elle raconta tout ce qui s'était passé entre elle et Gustave de Montarville. depuis leur première rencontre.
Sans doute, elle ne fit pas entrer dans son récit les vœux passionnés et les protestations d'affection du jeune lieutenant; mais elle en dit assez pour montrer que le noble amour du jeune homme ne le cédait en rien à la noblesse de sa propre abnégation si pleine de générosité, et de son dévouement reconnaissant au bonheur de mademoiselle de Villeral.
Plein de joie, le digne prêtre écouta attentivement la narration de la Jeune fille et quand elle eut fini, il lui dit, fier de son innocence :
— Vous avez bien agi, mon enfant, et Dieu vous bénira; cependant, je crains que si vous persistez à ne communiquer ce secret à personne autre, le souffle de la calomnie ne laisse pas votre réputation longtemps intacte, Vous avez été vue hier avec M. de Montarville. Si encore j'étais le seul! mais André Lebrun, qui passait alors dans les champs, à
peu de distance du chemin du roi, vous a aperçus tous les deux, et il est venu ici ce matin de bonne heure, m'en dire un mot; ensuite votre belle-mère fait le rapport le plus exagéré de la visite du jeune lieutenant chez vous. Le monde est bien porté à croire le mal qu'on dit des autres.
—Ï] croira tout ce qu'il voudra, dit en soupirant la jeune fille, mais je ne puis ni ne dois le contredire. Pensez-vous, monsieur, que mademoiselle de Villerai, qui a l'âme si fière, regarderait jamais son fiancé, si elle savait ce qui s’est passé entre nous ? Pensezvous que M. de Montarville lui-même ne regretterait pas amèrement, avant peu, la belle et noble jeune femme dont il se serait aliéné les affections par une passion d’un instant? Et ensuite, cette bonne madame Dumont, tout son désir est de voir réussir ce mariage, Oh! non, mon bonheur ne doit pas être mis dans la balance avec celui de mes bienfaitrices; malgré ce que j'aurai à souffrir, je vois parfaitement quel est pour moi le chemin du devoir. Vous avez eu la bonté de me promettre le secret, M. le curé ?
— Oui, mon enfant; et si vous persistez, je
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A EN CN tiendrai ma parole; mais ne croiriez-vous pas assurer (davantage votre bonheur, Rose, et im poser en même temps silence aux méchants cancans que l’on répandra sur votre compte, si vous épousiez un jeune homme respectable de votre rang?
— Mais qui voudrait de moi maintenant, monsieur, après tout ce qui s’est passé ?
Far sérieusement la jeune fille en baissant les yeux.
Un sourire passa sur la figure du prêtre, comme s’il eût un peu douté de l'apparente humilité de la jeune fille; lui surtout qui savait comment elle avait ion refusé les prétendants qui s'étaient présentés. Il reprit avec DEAN:
— Îl n’en est pas ainsi, ma fille, Ce matin même, André Lebrun, en m'informant de votre aventure d'hier, ajouta que la seule manière convenable de vous garder des assiduités du jeune officier serait de vous marier avec un bon habitant. Il s'offrit généreusement lui-même, et me pria d’user de mon influence auprès de vous pour obtenir votre assentiment.
La figure de Rose prit un air très boudeur, et elle répondit avec fermeté :
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— Jamais! jamais! M. le curé! Veuillez dire à M. André Lebrun que je ne l’épouserai
jamais; ni lui, ajouta-t-elle mentalement, ni
aucun autre.
— Assez, mon enfant; je ne vous presserai pas davantage. Le ciel dans le temps arranvera tout pour le mieux. C'est un lourd fardeau que celui dont vous venez de vous charger. Puissiez-vous avoir la force de le porter dignement !
Plein d’une vive émotion, le bon prôtre lui dit adieu, et la vit partir avec le secret qui devait lui apporter de si longues heures de tristesse, et causer tant d’amertume à son jeune cœur.
En arrivant au manoir, elle trouva les dames absentes. mais Fanchette lui dit de revenir le lendemain, et qu’elle les trouverait alors à la maison.
Avec le pressentiment d’un prochain chagrin, Rose entra timidement, le jour suivant, dans le salon où madame Dumont et sa nièce étaient assises. La réception qu’on lui fit justifin pleinement ses frayeurs, car aussitôt qu'elle fut entrée, madame Dumont lui dit avec sévérité:
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— J'ai quelque chose à vous communiquer, Rose Lauzon, et quelque chose qui me peine beaucoup.
En même temps, Blanche qui avait toujours coutume de l'accueillir avec un bienveillant sourire, se pencha sur sa broderie, affectant de ne pas remarquer la présence de son ancienne compagne.
— Il y a de singuliers rapports qui courent par le village sur vous et monsieur... de Montarville.
Ce fut avec un certain effort que la vieille dame prononça ce dernier nom, comme si sa ranité eût été blessée d’avoir À mentionner le fait.
Une vive rougeur monta à la figure de Blanche, qui devint aussitôt après d’une grande pâleur ; et regardant fixement la physionomie agitée de Rose, elle s'écria:
— Parlez, Rose, dites que tout cela est faux ! Je le sais. Vous que j'ai toujours traitée comme une égale, une sœur, vous n'avez pu ainsi conspirer contre mon honneur et ma tranquillité.
Oh! que ce touchant appel émut profondément la jeune fille jusque dans les plus
profonds replis de son cœur! Qu'il lui était pénible, lorsqu'elle sacrifiait toutes les espérances, tous les sentiments les plus doux de sa jeunesse à son amitié pour mademoiselle de Villerai, d’être obligée de paraître aux yeux de celle-ci pour une vile ingrate, une hypocrite intrigante. Elle sentit vivement toute l’amertume du calice qu’elle s'était engagée à boire dans son noble oubli d’ellemême ; et incapable d'imaginer une réponse, elle fondit en larmes.
—Oh! je m'y attendais! s’écria madame Dumont, la figure irritée. Des pleurs, des pleurs! vraiment, c’est une excellente ré- \ ponse quand on n’en a pas de meilleure à i| donner ; mais elles ne peuvent m'expliquer, ni excuser votre longue promenade quasinocturne avec M. de Montarville, que j'ai | apprise aujourd’hui de source certaine, ni votre entrevue avec lui, hier, dans la maison de votre mère.
— Ayez patience un moment, ma tante, interrompit Blanche, dont les lèvres pâlissaient d'émotion. Parlez sans crainte, Rose, expliquez tout si vous le pouvez. Dites-nous que ce n’est pas vous qui avez essayé de m’ar-
acher mon fiancé, mais que c'est lui qui vous à recherchée, qui a suivi vos pas pour vous faire entendre, malgré vous, ses vœux et ses promesses, En un instant je puis lui rendre sa liberté, s'il la désire.
C'était I ce que Rose avait redouté; joignant les mains, elle répondit :
— Oh! mademoiselle de Villerai, je n'ai rien à dire. Ne me questionnez pas davantage sur ce malheureux sujet.
—Je vous l'avais dit, ma nièce, s’écria triomphalement madame Dumont en se tournant vers Blanche, qui avait écouté cette confession implicite avec plus de chagrin que de colère : je vous l'avais dit, mais vous n’aviez pas voulu me croire. Oui, c'est justement comme je l’avais pensé. Cette sotte petite fille, s’'enorgueillissant de sa jolie figure, a fait d'énormes efforts pour attirer l'attention d’un jeune gentilhomme dont le rang dans la société aurait dû exclure toute pensée de cette nature, et qui aurait dû être entièrement à l'abri des attaques de sa vanité, parce qu'il était, comme elle le savait bien ellemême, le fiancé de la bienfaitrice de son enfance. Allez, indigne enfant, et n’osez ja-
mais rentrer sous ce toit dont vous avez si mal reconnu l'hospitalité. Allez, mais prenez garde que cette beauté que vous estimez peut-être maintenant au-dessus de tout, ne soit pour vous une cause de malédiction!
Rose sortit en sanglotant, et le souvenir de toute la reconnaissance qu’elle devait à de Montarville et à Blanche, suffit à peine pour l'aider à supporter cette cruelle épreuve. Pauvre enfant! ce n'était à que le prélude de bien d'autres disgrâces; car sa réception au manoir fut bientôt connue dans le publie, grâce à Fanchette, qui avait toujours été secrètement jalouse de la préférence affectueuse accordée par la jeune seigneuresse à la belle du village.
Cet incident suflit pour confirmer toutes les fausses histoires et tous les mauvais cancans que la calomnie et l'envie s'étaient plu à répandre sur sa tête désormais sans défense.
Les jeunes filles s’éloignèrent d'elle, les cavaliers du village, dont la vanité avait été si souvent blessée par sa froideur, l’évitèrent ouvertement; tandis que sa demeure, la maison paternelle, vraie moquerie d’un titre aussi sacré, lui devint plus insupportable qu
PE TRS M LE MANOIR DE VILLERAI, D9 jamais. C'était vraiment assez pour lui faire regarder le jour où elle avait d'abord rencontré Gustave de Montarville comme le plus malheureux de sa vie, Mais le fit-elle? Non!
enfant éprise d’un rêve, le souvenir de son amour fut pour elle maintenant la plus chère réminiscence de son existence passée :
d'autant plus précieuse qu’elle lui avait causé plus de douleurs ; et comme certaines pierres précieuses dans les profondeurs d’une mine obscure, cette pensée illuminait la sombre tristesse dont son cœur était rempli.
Mais deux amis lui restèrent fidèles au milieu de tous ceux qui étaient devenus froids ou indifférents. Son pauvre père, qui, sans explications ni excuse, ne pouvait douter de son innocence: et le pieux curé, qui par sa bienveillance toujours croissante, s’attira plus d’une remarque méchante sur son dangereux aveuglement et «on invincible obstination à continuer de traiter Rose avec la même affection qu'auparavant.
L'hiver parut long et triste à Gustave de Montarville; ce n’était pas, cependant, que la bonne ville de Montréal, dans laquelle son régiment était stationné, fût morne ou inhospitalière. Il est vrai qu'à cette époque de nos annales, rien ne pouvait surpasser le complet isolement dans lequel l'hiver, avec ses rivières et ses lacs gelés, ses neiges profondes et ses immenses solitudes, jetait la colonie dès le commencement du mois de décembre. Il n'y avait alors aucune possibilité d’aller en Europe; il n'existait alors aucune des nombreuses facilités que nous avons aujourd'hui pour voyager, et, hormis les chasseurs sauvages et ces hommes également hardis et aventureux, les voyageurs canadiens, personne n'entrait dans la colonie ni n’en sortait pendant les six mois que le froid régnait d’un empire absolu. Mais cet isolement même paraissait réveiller davantage les sentiments
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sociaux d’une population gaie, aimant les plaisirs ; aussi les bals, les soirées, les promenades en traîneau, les courses en raquettes se succédaient sans interruption, pour faire oublier, si c'était possible, la monotonie de la saison.
L'hiver dont nous parlons, à cause de l’état précaire de la colonie, menacée au dehors par un ennemi puissant et au dedans par la famine, fut bien moins gai que les précédents, lorsque le Canada était dans une situation plus prospère et plus paisible; cependant, plusieurs citoyens riches, par goût ou par vanité, conservèrent l’ancien esprit de plaisir et l'habitude de la dissipation.
Les beaux officiers du régiment de Roussillon, auquel appartenait de Montarville, étaient les habitués favoris des salons: luimême passait pour l’un des plus aimables cavaliers, Fnvité partout, pressé par la raillerie et les sollicitations de ses amis, d'accepter les invitations qu'on lui prodiguait de toutes parts, 1l aurait pu faire trembler pour sa fidélité un cœur plus fier encore que celui de Blanche de Villerai. C'eût été sans raison ; car ni les brillantes ct spirituelles filles des
riches citoyens qui faisaient si bien l’hospitalité de leurs demeures; ni les élégantes demoiselles de la vieille noblesse, dont les noms portés par les branches aînées brillaïent alors dans les cours, dans les cabinets, sur les champs de bataille de l'Europe, n'eurent le pouvoir de faire oublier au cœur de Gustave le petit village de Villerai et ceux qu'il contenait.
Un soir, il y avait un grand bal au vieux château, résidence temporaire du marquis de Vaudreuil, devenue depuis l’école normale Jacques Cartier. Cette simple bâtisse, dun extérieur fort humble, est cependant riche en souvenirs précieux pour celui qui étudie l'histoire du Canada; et quoiqu'elle n'ait ni tours, ni bastions, ni fortifications, pas même une meurtrière pour pointer un canon, on jouit cependant de ses fenêtres, sur le côté est, d’une vue aussi magnifique que le talent d’un peintre en pourrait imaginer. L'île Ste-Hélène avec ses sombres ombrages, semble reposer pendant l'été sur les vagues à la couleur de saphir du St-Laurent,
tandis qu'au loin, à l’est, apparaissent des
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plaines de verdure et de hautes montagnes qui se détachent sur un ciel limpide. *
Ce château fut construit par Claude de Ramezay, gouverneur de Montréal, vers le commencement du dix-huitième siècle, et il réunit dans ses murs, à différentes périodes de sa longue durée, les plus illustres personnages et les officiers les plus distingués de Ia colonie. Les expéditions du Nord-Ouest, les conseils de guerre, les conférences avec les sauvages et les foires annuelles, attiraient À Montréal, non seulement le gouverneur-géntal, l’intendant, et leurs suites, mais une foule des personnages les plus remarquables du pays. Vendu en 1745, par les héritiers de Ramezay, à la compagnie des Indes, on s'en servit pendant quelque temps comme d'un magasin pour toutes espèces de marchandises, tandis que dans ses voûtes et dans ses aves on entassait les riches fourrures que les chasseurs indiens apportaient de leurs lointaines expéditions et vendaient à des prix très minimes, bien au-dessous de leur valeur. Acheté en 1750 par M. Grant, le château
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* M. l'abbé Verreau.
passa ensuite entre les mains du gouvernement et devint la résidence officielle du gouverneur de Montréal.
C'était donc dans cette maison, bien connue de la plunart de nos lecteurs, que M. de Vaudreuil tenait le grand lever auquel toutes les personnes de rang et routes les beautés de la ville et des environs devaient assister. Ce qui rendait cet événement doublement intéressant pour le jeune de Montarville, c’est que Blanche de Villerai, qui venait d'arriver à la ville avec madame Dumont, devait être présentée, et faire son début dans le monde, dont elle pouvait si bien être un des plus beaux ornements.
Cette soirée importante arriva enfin. La résidence vice-royale était éblouissante de lumières, et quoique les carreaux fussent abondamment chargés de frimas brillants, les pesants rideaux cramoisis qui tombaient jusqu'à terre, donnaient à l’intérieur une apparence de chaleur agréable qui faisait un contraste frappant avec la rigueur de la température au dehors.
La scène était vraiment animée et brillante.
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PR TD de flatteries aux oreilles de belles demoiselles qui écoutaient et souriaient; là, de graves hommes d'Etat et des militaires distingués discutaient des sujets du plus grand intérêt, puisqu'ils touchaient la plupart à l'existence de la colonie elle-même.
Les officiers français, avec leurs brillants uniformes, paraissaient être les favoris des plus jeunes dames de la réunion ; Mais tandis que la plupart d’entre eux se tenaient auprès de leurs belles compagnes et s’efforcaient de se rendre le plus agréables possible, trois ou quatre jeunes élégants, excessivement difficiles, se tenaient en groupe auprès d'une des portes, critiquant et commentant tout de la manière la moins flatteuse. Plusieurs des charmantes figures qu'ils voyaient autour d'eux auraient pu lutter avantageusement avec les beautés les plus renommées de la cour; cependant ces jeunes gentilhommes ne trouvaient rien À admirer, et les mots: pas de goût, pas de manières, étaient continuellement dans leur bouche, Puis ils établissaient des comparaisons désavantageuses entre les belles canadiennes et quelque comtesse A**,ou duchesse de B* *, que ces jeunes
aristocrates avaient vues et admirées en France.
L'un d’entre eux surpassait tous les autres en insolence et en suprême vanité; c'était Gaston de Noraye; et comme il examinait tranquillement, le lorgnon à l'œil, les personnes qui étaient dans la salle, il fit connaître son intention arrêtée de ne pas danser ce soir-là, parce qu'en vérité il ne voyait pas de partenaire convenable. I avait à peine prononcé ces mots, que Blanche de Villerai, mise avec une élégante simplicité, mais paraissant aussi noble et aussi gracieuse qu'une jeune reine, fit son entrée dans la salle.
— Ah! voilà réellement de la beauté et du goût! Qui est-elle donc? s'écrièrent vivement les membres du groupe; mais de Noraye, sans prendre le temps de leur répondre, les quitta inmédiatement, et un instant après il était auprès de Blanche, demandant instamment sa main pour la prochaine danse. Elle répondit avec une grande dignité, qui ne déconcerta nullement Gaston, qu'elle était déjà engagée.
— Mademoiselle alors me favorisera-t-elle d’une promesse | our la seconde danse ?
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ne RAS LE MANOIR DE VILLERAI. 161
uso: te SR RQ D s en Elle répondit afMirmativement, et à peine l’eut-il quittée, que de Montarville vint la utres trouver, et bientôt Blanche et lui étaient à était danser ensemble, inait Les louanges que lui adressa le groupe que per- de Noraye vint immédiatement rejoindre con- furent unanimes ; et même cette froideur de inser manières et de regards, cet air de fière no- | pas blesse qui, suivant quelques-uns, rendaient
veine | mademoiselle de Villerai d'un accès difficile,
lerai, formaient à leurs yeux son plus grand char- * pa- me, Surtout comme il était uni à une extrême Vune jeunesse. Ensuite son titre de riche héritière et Les nobles ancûtres de sa famille, ajoutaient + du encore à ses qualités, et l'on déclara unaniment mement que de Montarville était singulière- 'aye, ment favorisé par la fortune.
+, les En un instant, mademoisellle de Villerai ès il devint la belle à Ia mode; et l’ardeur et le tan- dévouement de ses nombreux admirateurs Elle ne furent égalés que par la froide indifré- » dé-
rence avec laquelle elle recevait tous leurs déjà | hommages.
Vers minuit, Gustave, faticué ou ennuvé, se tenait dans l’embrasure d'une fenêtre, suiant nonchalamment des yeux Blanche qui
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exécutait les figures d’une danse, quand le colonel de Bougainville passa près de lui. Il s'arrêta un instant auprès du jeune lieutenant, et remarquant la direction de ses regards, il lui dit en souriant:
— Vous surveillez votre conquête, M. de Montarville? Vous faites bien, car c'en est une très belle, que plus d’un jeune galant vous enlèverait volontiers, je crois, s’il le pouvait.
Gustave tressaillit et rougit, Ce cœur bizarre ne pensait pas alors à Blanche de Villerai, ni au brillant spectacle qu'il avait devant lui, mais à une jeune paysanne dans son humble demeure, et qu’il est inutile de nommer...
Le brave colonel sourit de la confusion du jeune homme, qu'il interpréta mal; et saluant poliment, 11 continua sa promenade,
Après cette soirée, il en vint d’autres ; et partout où mademoiselle de Villerai se montra, elle fut courtisée et admirée, Mais, ni les hommages qu'elle reçut, ordinairement si agréables à ceux qui possèdent la jeunesse et la beauté, ni la gaieté ou la nouveauté de ces scènes, ne purent remplir ni satisfaire ce
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LE MANOIR DE VILLERAI. 163 id le cœur plein d'innocence, de fierté et de nots "01 blesse, C'était toujours avec un sentiment eute- d’ennui qu’elle se préparait À ces scènes de s re- plaisir que les personnes de son âge recherchent ordinairement avec tant d'ardeur, et [. de après les premictres semaines, ce ne fut que 1 est pour complaire aux désirs de madame Dudant mont quelle continua d'y prendre part.
il le Elle ressentit done une véritable satisfaction quand l'approche de cette époque de pénir bi- tence, le carême, lui fit entrevoir la fin de la Vil- brillante dissipation de l'hiver et un prompt avait retour à sa chère campagne.
dans Elle était assise, une après-midi, seule le de dans le salon de la jolie maison qu'ils habitaient à l'extrémité est de la rue Notre-Dame, n du alors le quartier le plus fashionable de Montuant réal, et regardait mélancoliquement par Ia fenêtre les branches nues des beaux arbres s ; et qui entouraient l’ancien collège des jésuites, non- lequel depuis longtemps à fait place au pai- 8, ni lais de justice. Elle soupirait ardemment ment après le jour où elle reverrait les silencieuses 16S$e forêts et la profonde solitude de son cher té de village de Villerai. Elle fut très désagréare ce blement interrompue dans sa réverte par le
nom d’un visiteur qu'on annonçait, le vicomte de Noraye.
Il se présentait certainement dans un moment défavorable; mais ne s'imaginant pas qu'un cavalier aussi aimable pût jamais ne pas ôtre le bienvenu auprès d'une jeune fille, il entra dans l’appartement, avec un sourire plein de la plus désagréable suflisance.
Après quelques instants de conversation banale, 11 demanda avec plus d'intérêt que sa fatuité ordinaire lui permettait souvent d'assumer:
— Est-ce bien vrai que mademoiselle de Villerai pense retourner à la campagne la semaine prochaine?
— Oui, sans aucun doute.
— Mais, pourquoi faut-il qu'il en soit ainsi? demanda-t-il vivement, Pourquoi mademoiselle de Villerai priverait-elie si vite ses nombreux amis du plaisir de sa présence ?
Blanche était si accoutumée à de pareils discours, que cette platitude ne fit que la fatisuer et elle ne daigna même pas y répondre. Mais son regard devint plus sérieux, quand le vicomte, après une préface éhourif-
LE MANOIR DE VILLERAI. 165 'mte fée et un peu extraordinaire, exprimant l'amour et l'admiration qu'il lui portait, finit M0- par lui demander de partager son titre et sa pas ‘ fortune dans la belle France.
ne Le front de la Jeune fille se couvrit d'une Une vive rougeur, et, d'une voix agitée par la un surprise et le mécontentement: ufti- — M. le vicomte ne sait donc pas, dit-elle, que je suis engagée à M. de Montarville?
tion — Sans doute, reprit-il froidement; mais que J'osais eroire que cette circonstance n'influenrent cerait en rien Ja réponse favorable que J'espérais recevoir À ma demande.
de Pendant un instant, lindignation que à la Blanche ressentait la rendit silencieuse, et ensuite elle répondit avec un sourire de mépris:
si? — La simple mention de mon engagement noi: est une réponse suffisante À votre offre, ses vicomte de Noraye.
ce ? — Mais, mademoiselle, si je ne me trompe, eils cet engagement est entièrement le fait de vos alé parents.
oh: — Néanmoins, vicomte. Jusqu'aujourd'hui, UX. nous l’avons regardé comme sacré, r'if- —Et vous refusez done absolument de ”
devenir comtesse de Noraye? demanda le jeune homme, dont la physionomie balançait entre l’incrédulité et l'irritation, Vous voudriez sacrifier la brillante position que je vous offre, un titre honorable qui vous attirera l’estigme même de la plus haute noblesse de France, et des richesses suflisantes pour satisfaire les désirs de l'héritière d’un millionnaire ? Si vous pensez que j’exagère, parlez-en au marquis de Vaudreuil ; il connaît bien tous les de Noraye, et il vous dira si l'héritier de leur maison est un parti à refuser pour la main d’un obscur lieutenant canadien. Prenez garde, mademoiselle, que toute belle et toute courtisée que vous êtes maintenant, vous n’éprouviez plus tard du regret d’avoir persisté dans votre refus.
L'amour-propre et le sang-froid sublime du vicomte amusèrent Blanche autant qu'ils lui causèrent de colère; mais elle ne put s'empêcher de Jui répondre:
— Pour être franche, je vous dirai que même si je n'étais pas la fiancée de M. de Montarville, je déclinerais cependant l’honneur de devenir la comtesse de Noraye.
— Tant pis pour vous, mademoiselle, ré-
a le eat voue je attilesse pour milparnaît l'héfuser ‘anaoute integret
lime u'ils put
que I. de hon-
ms socnaeens se
LE MANOIR DE VILLERAI. 167 pondit-il parfaitement à l'aise, Je vous ai offert une destinée que cette terre barbare, couverte de neige et de sauvages, ne pourra jamais vous procurer. Vous l’avez refusée. Je n'ai plus qu'à vous dire adieu et à vous souhaïiter tout le bonheur qu’une humble union avec le lieutenant Gustave de Montarville peut vous apporter.
Le vicomte salua nonchalamment, mais avec grâce, et sortit: et Blanche, sachant à peine si elle devait se sentir vexée ou amusée de cette aventure, reprit sa place à la fenêtre, et continua de regarder les vieux arbres courbés et agités par le vent tiède de mars.
XTIT
Le printemps, annoncé par les glacons tombant des toits, par des traces noirâtres répandues sur la blancheur de la neige, par les zéphirs agitant mollement tout ce qu'ils
rencontraient et annonçant les rayons d’un soleil réchauffant et les doux parfums des fleurs ; le printemps, dis-je, arrivait rapidement. Dans notre climat, où pendant six longs mois de l’année on ne voit que rivières glacées, que collines et plaines couvertes de neige, le retour du printemps est un événement qui remplit de joie le cœur le plus indifférent; qui oblige l'amateur le plus enthousiaste de l'hiver à reconnaître qu'il est temps que sa saison favorite fasse place à une autre. En eflet, avec quelle joie nous saluons le chant du rossignol, méme les rauques eroassements du corbeau; avec quel plaisir nous remarquons les arbres qui bourgeonnent, la jeune herbe qui pousse, la violette qui s’épanouit ; avec quelle avidité nous contemplons lazur des eaux profondes des lacs et des rivitres, coulant doucement sous les ardeurs d'un soleil vivifiant; de quel œil dédaigneux nous regardons les glaces et les neiges qui restent encore çà et là sur les rivages, sachant bien que dans quelques jours ces derniers vestiges de l'hiver vaincu auront aussi disparu.
Dans son agréable maison de campagne,
d’un des ide-
six ivièertes ÉvÉplus plus l'est une ons ques aisir eonlette conlacs s les œ1l les n CES
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ne,
lanche de Villerai se distrayait de sa soli-
tude en suivant tous ces changements de la nature ; contrairement à bien d’autres jeunes filles de son âge, elle ne se fatiguait jamais d'admirer un beau ciel de printemps, ou d'étudier les progrès d'une terre verdoyante. Sa séparation de son fiancé pour retourner
à Villerai avait été calme et sans démonstration aflectée; car son sang-froid ordinaire ne la quittait jamais un instant. De Montarville, désireux de réparer le passé et d'accomplir la promesse qu'il avait faite à Rose, montra beaucoup plus d'émotion qu'il n'avait jamais fait auparavant, Il pensait secrètement, en revenant à ses quartiers, après la visite d'adieu à Blanche, que ce qui pouvait leur arriver de plus heureux et de plus avantageux à tous deux, pendant la prochaine campagne, serait qu'il reçût une bonne balle, qui, en terminant sa vie, mettrait aussi fin à tonus ses doutes et à tous ses combats intérieurs. De nombreuses occupations toutefois, la meilleure des panacées contre la peine du cœur et l'agitation de l'esprit, allaient bientôt s offrir à lui. Cai au commencement de l'été, le marquis de Vaudreuil reçut avis
qu'un corps considérable de troupes anglaises, sous Île commandement du général Abercromby, se rassemblait à Albany, dans le but de faire une attaque sur la place importante de Carillon, ou, comme on l’appelait aussi, Ticondéroga.
Aussitôt done, un grand nombre de soldats, comprenant une partie du régiment de Gustave, furent réunis, et par un beau jour d'été, ils partirent, En avant de la flottille, il y avait les bateaux qui portaient les provisions, les munitions, les pièces de canon, tandis que les soldats français et les volontaires canadiens suivaient dans des canots d’écorce, que les sauvages leur avaient appris à diriger avec une dextérité égale à celle même des peaux rouges.
Quel voyage solitaire mais magnifique ils commençaient ! Avec quelle vive et incessante admiration de Montarville et plusieurs de ses compagnons contemplaïent les beaux paysages et les lieux enchanteurs par lesquels ils passaient: cette grande et silencieuse rivière sur laquelle ils naviguaient: les magnifiques contrées qui hordaient ses rives, avec leurs profondes forêts, riches de toutes
les plus vives couleurs de leur feuillage d'été ; les hautes montagnes couvertes de pins toujours verts, dominant des plaines ornées de la verdure du commencement de juin. Maïs il ne faut pas croire que le silence n’était jamais interrompu ; le doux chant du rossignol, les cris sauvages du geai bleu, le bruit monotone du brillant pique-bois, perçant le tronc de quelque puissant roi de la forêt, tous ces bruits, tous ces sons si bien en harmonie avec les scènes qu'ils voyaient passer sous leurs yeux, ajoutaient un charme toujours nouveau à leur long et pénible voyage. Les difficultés méme de la route qui se présentaient quelquefois, comme des rapides bouillonnants, des passages dangereux qui obligeaient les troupes à débarquer et à marcher sur le rivage, étaient agréables à ces esprits jeunes et aventureux. Enfin le 12 juin, ils arrivèrent sans encombre au lieu de leur destination.
Le ler juillet, * le marquis de Montcalm envoya en avant le colonel de Bourlamaque, avec trois régiments français, tandis que luimême s'avançait avec ceux de la Sarre, de
# William Smith
Languedocet de Roussillon jusqu'aux chutes, où ils campèrent. Le lendemain, le colonel de Bourlamaque alla reconnaître les montagnes qui étaient à la gauche du camp et envoya deux compagnies en avant pour surveiller l'approche de l’armée anglaise, qui se trouvait alors à l’extermité du lac George. Le 6 juillet, on aperçut l’avant-garde des Anglais, et Bourlamaque se replia sur Montcalm, qui s'était emparé des hauteurs. Le commandant du génie, Ponlevoy, y avait construit des retranchements et fait un fort abattis d'arbres, Dans la retraite de Bourlamaque, un détachement français s'égara et fut rencontré par une troupe d'Anglais sous le comimandement de lord Howe, jeune noble de talent, qui le défit avec des pertes considérables et prit un grand nombre de prisonniers. Ce léger avantage fut chèrement acheté par la mort de lord Howe, qui fut tué au commencement méme de l'action. L'Etat de Massachusetts, avec une louable Hbéralité, à érigé un monument à *a mémoire, à Westminster Abbev.
Le 8 de juillet, par une chaleur brûlante, le général Abercrombv, avec ses 15,000 hom-
LE MANOIR DE VILLERAI, 173 mes (le troupes bien disciplinées, s'Avança contre le fort de Carillon, comptant déjà sur la victoire. Le géntral de Montcalm, obligé de suppléer autant que possible au petit nombre de ses soldats par une disposition plus habile, confia la défense du fort à trois cents hommes choisis, tandis que le reste de son arnice était au dehors, pour défendre les retranchements. Le vaillant chevalier de Lévis, arrivé le matin méme. reçut le commandement de l'aile droite, et M. de Bourlamauque, celui de la gauche: de Montcalm se réserva celui du centre, dans lequel se trouvait le régiment de Gustave, le Royal Roussillon.
À midi et demi* les gardes avanetes rentrérent dans les lignes en soutenant une fusillade avec les troupes légères anglaises, Un coup de canon tiré du fort donna aux troupes le signal de se déplover en avant des retranchements : l'ennemi s'ébranlait.
Le général Abercromby forma son armée en quatre colonnes pour attaquer sur tous les points à la fois, et les grenadiers et l'élite des
* Garnoau, {List. du Canada, t II.
soldats, choisis pour composer la tête des colonnes, eurent ordre de s’élancer contre les retranchements, la baïonnette en avant, et de ne tirer que quand ils auraient escaladé les retranchements de l’ennemi. En mêmetemps, un certain nombre de soldats devait descendre la rivière à la Chute pour menacer le Hanc gauche des Français. A une heure les colonnes anglaises se mirent en mouvement, eutremélées de troupes légères, parmi lesquelles il y avait des indiens, qui, cachés derrière les arbres, firent le feu le plus meurtrier. Les colonnes sortirent du bois, descendirent dans la plaine en avant des retranchements et s'avancèrent avec une assurance et un ordre admirables, les deux premitres contre la gauche des Français, la troisième contre leur centre et la dernière contre leur droite, en suivant le pied du coteau où se trouvaient les Canadiens. Le feu comimenca par la colonne de droite des assmillants, et s'étendit graduellement d'une colonne à lautre jusqu'à celle de gauche, qui chereha à pénétrer dans les retranchements par Le Hanc droit des troupes du chevalier de Lévis, Cet oflicier, voyant leur dessein, ordonna aux
Canadiens de faire une sortie et d'attaquer en flanc cette colonne composée de grenadiers et de montagnars écossais.
Les Canadiens étaient divisés en quatre brigades, commandées chacune respectivement par MM. de St-Ours, Raymond, de Gaspé, de Lanaudière, et elles réussirent à rejeter les assaillants sur la droite. Pendant trois heures, les Anglais continuèrent à char ger avec la plus grande bravoure ; mais enfin, après des prodiges de valeur des deux CÔTÉ, le général Abereromby, voyant qu'il n°v avait plus pour lui d'espoir de succès et voulant prévenir une défaite complète, prépara la retraïte de son armée, qui put se retirer en bon ordre, après avoir eu cependant beaucoup d'hommes tués et blessés, entre autres un grand nombre d'ofliciers. * Abercromby ne voulant pas demeurer dans le voisinawe de l'armée victorieuse, rem barqua ses troupes et
retourna à son c{ Hp SUT le lac Georve. M. de
‘ [IS avoucrent eux-mémes, dit Garneau, 2,000 honnies tués el blessés, di IL 126 ofhiclt | ut les correspondances françaises les portent de 4,000 à
Bourlamaque fut blessé grièvement. La conduite de Montcalm lui attira beaucoup de louanges. La disposition qu'il avait prise et les retranchements qu'il avait élevés, avaient prouvé ses talents et son jugement, et lui
avaient mérité l'approbation de son sou-
verain et les remerciements de son pays.
Mais qu'était devenu Gustave de Montur-
ville, dont nous avons à peine prononcé le
nom en racontant tous ces événements? Nil
avait oceupé une position importante, il n'y
a pas le moindre doute que l'histoire nous
aurait transmis son nom, afin d'en conserver |
le souvenir; mais, par malheur, quoiqu'on
ne vit jamais un cœur plus brave et plus dé-
voué battre dans la poitrine d’un soldat, il
n'était qu'un simple lieutenant, et tous ses
actes de courage sont destinés à rester dans
une obseurité relative. Et encore paya-t-il
chèrement sa part aux glorieux événements
de cette journée; car quand les troupes
d'Abercromby revinrent pour tenter une der-
nicre attaque contre les lignes françaises, le feu
terrible qu'ils firent fut cruellement ressenti
par leurs adversaires, et Gustave de Montar-
ville se trouva parmi ceux qui tombèrent
mise
re