‹ Le manoir mystérieux, ou, Les victimes de l'ambition [microforme]Chapitre 43 sur 63 · RENCONTRE IMPREVUE · texte numérisé non relu

RENCONTRE IMPREVUE

Il arriva que les deux promeneurs les plus matinals furent le gouverneur et l'intendant. Après avoir causé quelques instants ensemble dans le jardin de devant, le gouverneur se dirigea seul vers ‘e parterre de derrière. . Il paraissait aussi pensif que la veille au soir. Pour éviter d'être dérangé dans ses réflexions, il entra dans la charmille où Joséphine se tenait cachée. Lorsque ses yeux aperçurent une femme debout dans un coin, il crut d’abord voir une statue, tant était coraplète l’immobilité de Joséphine ; mais, en s’approchant, il reconnut que c'était un être vivant. A l'air imposant de l'étranger, Joséphine ne douta pas que ce fût le goucrneur, et elle n'osa s'avancer, se rappelant combien de fois M. Hocquart avait Paru craindre que M. et Mme de Beauharnais ne vinssent à apprendre son mariage secret.

Le gouverneur remarqua l'embarras de la pauvre femme, crut que c'était une actrice d’un rôle allégorique que sa présence imprévue jetait dans la confusion. 11 lui dit d'un ton bienveillant :

—Je ne Vous savais pas ici, mais, pendant que je vous vois, je vous félicite, vous et vos Compagnes, de la fac::1 tout à fait naturelle et intéressante avec laquelle vous avez rempli vos rôles alléroriques hier soir.

A: lieu de répondre, Joséphine se jeta aux genou: du gouverneur et, joignant les mains, elle leva vers lui des yeux où se pciynaient d’une manière si touchante la crainte et la prière qu’il en fut vivement ému.

LE MANOIR Re

—Que signifie cela ? dit-il. Vous paraissez

pins troublée que ne le laisserait supposer l’emarTas Causé par ma présence lmprévue. Que désirez-vous ?

—Votre rotection, votre protection, murmura-t-elle À qe voix suppliante,

— 11 n'est aucune personne qui n'y ait droit quand elle le mérite, reprit le gouverneur, Mais pourquoi me demandez-vous protection ? qu’avez-vous à craindre ?

Joséphine, ne Sachant quoi dire, pour échapper aux dangers qui la menaçÇaient sans compromettre M. Hocquart, fut Saisie d’une &rande confusion et répondit en baissant la tête :

—Hélas ! je n'en sais rien.

—Vos démarches sont singulières, reprit M. de Beauharnais, que le trouble de Joséphine intéressait néanmoins. Avouez-moi la cause de vos ines, mon enfant, le représentant de Sa Majesté est le père du peuple Canadien, et surtout le protecteur des faibles.

—Je demande... j'implore.…. bégaya Joséphine, votre protection contre Deschesnaux. 3 —Quoi ! Deschesnaux ? l'ami, le protégé de + Hocquart ? Que peut-il y avoir de commun entre vous et lui ?

—J'étais sa prisonnière. Il a attenté à ma vie... et j'ai fui pour. .

—Pour vous mettre sous ma protection, continua le ROuverneur ? Vous l'aurez. Mais, ajouta-t-il en jetant sur Joséphine un regard inquisiteur, vous êtes Mlle Pezard de la Touche, fille du noble seigneur de Champlain ?

—Païdon ! ah! pardon ! Excellence.

—Et que dois-je vous Pardonner, coupable enfant ? Est-ce d’avoir épousé M. Deschesnaux malgré votre père ?

Joséphine se releva en disant :

—NOn, non, j'en atteste le Dieu qui m'entend, je ne suis Point la fille déshonorée dont

asie,

mme Te

out Hi

sn

parle Votre Excellence, je ne suis point la femme d’un vil esclave, äu plus abomirable des hommes ! Je ne suis pas la femme de Deschesnaux. J'aimerais mieux être la fiancée de la mort !

Le gouverneur, ne sachant lus ae penser de cette femme singulière, reprit après un moment d'hésitation :

—Qui êtes-vous donc ? et quel est votre mari ? Parlez.

—M. Hocquart, KAcellence, M. l'intendant Hocquart... sait tout !

—Sait tout ! sait quoi ? dit le gouverneur avec vivacité.

Et, prenant la pauvre femme par le bras, il sortit de la charmille et traver ; le parterre en traînant la malheureuse fem qui avait à peine la force de marcher, tant eiie était émue, bouleversée.

—Où est M. Hocquart ? demanda-t-il, en arrivant devanr la porte du château, d’un te qui glaça d'’effroi les officiers auxquels il s'a dressait.

—11 vient de partir pour se rendre chez M.

le docteur Alavoine, à deux pas d'ici, répondit l’un de ces derniers.

—QOu'on aille lui dire de venir ici de suite, Poursuivit-il. Mais non, J'y vais plutôt moimême. Suivez-moi, madame, ajouta-t-il en entraînant toujours Josévhine par le bras.

Les officiers se regardèrent avec étonnement. Ils ne comprenaient rien à cette scène extraordinaire. Ils se contentèrent de se parler tout bas en voyant le &ouverneur et la femme inconnue sortir par la porte de devant du jardin et entrer chez le docteur Alavoine.

Si, dans un beau jour d'été, alors que tout est calme dans la Campagne, la foudre venait a tomber aux pieds d’un vovageur, sa stupéfaction ne serait pas plus grande que celle de M. Hocquart en apercevant ie gouverneur avec

Sa femme habillée €n paysanne, les cheveux en désordre, les YEux rouges d’avoir veillé et pleu-

ré, la figure pâle comme un marbre blanc.

” —Connaïissez-vous cette femme ? dit

Je #ouverneur d’une voix sourde et menaçante.

Joséphine, saisie de terreur, voyant son mari exposé au ressentiment du Æouverneur, se à ses genoux en lui disant :

il est innocent... personne ne peut rien lui imputer,…. —Eh quoi ! reprit le Souverneur, ne venez-Vous pas de me dire que M. Hocquart.….

—Moi, Excellence, interrompit Joséphine, l’ai-je dit ? Oh! si je lai dit, je n'avais pas —Femme, avez-Vous voulu vou moi ? Quel motif VOUS a portée à Comédie, une comédie qui po tourner au tragique pour vous ?

U moment où le RouvVerneur courroucé Prononcçait ces Paroles, le cœur de l’intendant se souleva contre lui-même. I1 vit à

S moquer de Jouer cette urra finir par

d'honneur et allait avouer hautement riage, lorsque Deschesnaux, Son mauvais génie, aPparut tout à coun et se précipita avec un air hagard en demandant sa femme qui s'était échappée,

Joséphine, encore à Poussant un cri ’effroi,

son ma-

genoux, se releva et, Supolia le gouverneur

de l'enfermer dans la plus é Q

étroite Prison du

ST

Page 1