‹ Le manoir mystérieux, ou, Les victimes de l'ambition [microforme]Chapitre 52 sur 63 · UNE EXPLICATION TARDIVE · texte numérisé non relu

UNE EXPLICATION TARDIVE

Les divertissements dans l'après-midi sui- “ante furent un combat simulé sur le fleuve entre des Indiens en canots. Pendant que !e gouverneur et sa suite et une foule assez nombreuse y assistaient, M. Hocquart et DuPlessis en étaient absents. Mais leur absence ne fut remarquée de personne. Ils avaient pris chacun un cheval et s'étaient dirigés sur le chemin des l'orges, s’arrêtant à environ une demi-lieue de la ville, dans un endroit où ils pensaient re pouvoir être interrompus. Mais le passage d'une dizaine d'hommes qui transportaient du fer en charrette, des Forges à la ville, les retarda d’un quart d'heure. Lorsque tout bruit eut cessé et que personne ne fut plus en vue, l'intendant, mettant pied à terre, dit :

—Nous serons bien ici

DuPlessis imita son exemple, mais ne put s'empêcher de dire :

—Monsieur, tous ceux qui me connaissent, savent que je ne suis pas un lâche. Je crois donc pouvoir, sans bassesse, vous demander ce qui a pu motiver votre fureur contre moi.

Mettez-vous en garde, M. DuPlessis, si vous ne voulez recevoir de moi un affront qui vous y force.

—I1 n'en ::t pas besoin, monsieur. Que Dieu soit juge entre nous !

Il avait À peine fini sa phrase que les épées se joignirent et le combat commença.

Il durait depuis quatre ou cinq minutes avec beaucoup e vigueur et d'adresse de part

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et d'autre, lorsque DuPlessis en portant un rude coup à l’intendant, qui le para habilement, se mit, dans une position désavantageuse.

L'intendant Je désarma, le renversa par terre et sourit d'un air féroce en voyant la pointe de son épée à deux pouces de la gorge de Son adversaire, Lui mettant alors le pied sur la poitrine, il lui ordonna de confesser les crimes dont il s'était rendu co: pable et de se préparer à mourir,

—Je n'ai rien à me reprocher, répondit Du- Plessis, je suis mieux Préparé que vous à la mort. Usez de votre avantage et que Dieu vous pardonne comme je vous pardonne. Je ne vous ai donné aucun motif de me poursuivre de votre haine.

—Aucun motif |! aucun motif ! s’écria l'intendant. Meurs donc comme tu as vécu !

11 allait porter le coup fatal ren tout à Coup on lui saisit le bras Par derrière, li se retourna en fureur, et vit avec surprise un jeune garçon qui se cramponnait à son bras droit avec une telle vigueur qu’il ne put s’en débarrasser qu’en employant toute sa force. Pendant ce moment dé répit, DuPlessis se releva, et le combat eût recommencé avec acharnement si le jeune garçon ne se fût précipité aux aux pieds de M. Hocquart au risque de se faire blesser, et ne l'eût conjuré de l'écouter une minute.

s'écria l'intenée. Quel intérêt

geance ?

—Un intérêt puissant, noble monsieur ; car peut-être suis-je la cause, par ‘ma folie, de cette querelle et peut-être de malheurs plus terribles encore. Oh! si vous voulez vivre à l'abri de tout remords, lisez de suite cette lettre.

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MYSTERIEUX 221 me

En parlant avec une énergie à laquelle ses traits singuliers ajoutaient quelque chose de fantastique, il présenta à M. Hocquart une lettre attachée simplement par une mèche de cheveux noirs.

uelqu'aveuglé que M. Hocquart fût par la colère, il prit la lettre des mains du jeune inconnu, pâlit en regardant l'adresse, délia d'une main tremblante le nœud de cheveux qui l'attachait, et, pendant qu'il la lisait, il chancela ; il serait tombé à la renverse, s’il ne Se fût appuyé sur le tronc d'un arbre. Il resta quelque temps immobile, la pointe de son épée tournée vers la terre, sans paraître songer à la présence de DuPlessis, qui, non moins surpris que lui, se demandait si sa frénésie n'allait pas le reprendre. Enfin, l'intendant parut s'éveiller pour ainsi dire d'un songe, et, s'avançant vers Du- Plessis :

Jisez, dit-il. Prenez mon épée et perçez-

moi le cœur, comme je voulais percer le vôtre

il y a un instant.

DuPlessis prit la lettre,

4 J'ai fui la nuit dernière le manoir de la

“Rivière-du-Loup, en compagnie d'un inconnu “ compâtissant qui a bien voulu me prèter se-

“ cours, pour échapper à un abominable com-

« plot tramé contre mes jours. Arrivée enicette ‘“ ville, on n’a pas voulu me recevoir à votre maison occupée par 1e docteur Alavoine, et, étais une actrice, l’on m'a

“ supposant que je “ renvoyée au chateau de M. le commandant,

‘où je demeure inconnue, dans la chambre que ‘Je capitaine DuPlessis a eu la bonté de m'a- ‘“ bandonner, en attendant que l’on me trouve ‘ un asile plus convenable. Tout ce que je dett mande, c'est d’être délivrée de l’horrible sur- “ yeillance de Deschesnaux, le plus infâme des “ hommes, qui n'est pas encore connu, mais ‘ qui le sera bientôt dans toute sa méchanceté.

qui se lisait ainsi:

effet de l'émotion la plus Poignante. Chaque longue comme un siècle,

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