LES SOIRÉES DE DANSES
doutera qu'il ne soit du devoir des prêtres et
surtout des curés de faire comprendre aux fidèle
s, à quels dangers sexposent les personnes des deux sexes quand elles assistent aux assemblées de danses ? (1)
Ecoutez maintenant le témoignage d’un seigneur de la cour de Louis XIV : « J'ai toujours cru les bals dangegereux ; Ce n'a pas été ma raison seule qui
me l’a fait croire, Ça été mon expérience
. Quoique le témoignage des saints Pères qui les condamnent soit bien fort, je tiens que sur ce chapitre le témoignage d'un courtisan doit être d’un plus grand poids. Je sais bien qu'il y a des gens qui courent moins de hasards que les autres, cependant les tempéraments les plus froids s’y échauffent. Ce ne sont d'ordinaire que des jeunes gens qui composent ces sortes d’assemblées, lesquels ont assez de peine de résister aux tentations dans la solitude, à plus forte raison dans ces lieux où la beauté des objets, les illuminations, les mouvements violents, l'agitation de la danse réveilleraient les passions dans les anachorètes. Ainsi je tiens qu'il ne faut pas aller au bal quand on est chrétien, et je crois que les directeurs feraient leur devoir, s'ils exigeaient de ceux dont ils gouvernent les consciences, qu'ils n'y allassent jamais. »
Voici un autre témoignage qui n’est pas suspect, celui de madame de Genlis. Elle dit dans ses mémoires : « En x réfléchissant bien, je trouve depuis longte eu toujours quelque chose de trop mondain dans mes idées ; j'ai trop accordé aux coutumes universelles ; par exemple, j'autorisais les bals d'enfants, et les spectacles en choisissant les pièces,
mps qu'il y a
et je m'en repens ; je me suis rétractée sur ce point dans un livre où je détaille toutes les
raisons qu'on peut donner contre les bals et les spectacles.
(1) Ben. XIV, Inst, 76e.
On doit attribuer mon erreur qu’à l'ignorance de la rigueur des principes et aux préjugés reçus dans le monde; je dis ceci comme un fait et non comme une excuse. }
Les partisans de la danse, dit l'abbé Vermot, ont tort d'invoquer l'autorité de saint (François de Sales, qui parle ainsi : (Je dis des bals, ce que les médecins disent des champignons, les meilleurs ne valent rien : de même les meilleurs bals ne sont guère bons. Les champignons attirent l'infection et le venin des serpents qui les approchent ; de même ces assemblées ténébreuses attirent d'ordinaire les vices qui règnent dans un lieu : les jalousies, les railleries, les querelles, les amours insensés. Leur appareil, leur tumulte, la liberté qui y domine, échauffent l'imagination, agitent les sens ec ouvrent le cœur au plaisir ; alors il ne faut qu'une parole libre, un regard pour souiller l'âme. Ces divertissements ridicules et dangereux, dit-il encore, dissipent l'esprit de dévotion, affaiblissent les forces de la volonté, refroidissent l’amour de Dieu, et réveillent dans l’âme mille sortes de mauvaises pensées. Voilà pourquoi on ne doit jamais se les permettre, dans la nécessité même, qu'avec de grandes précautions.)
Dans son opuscule contre les danses, saint Charles Borromée raconte (que lui et quelques jeunes gens, lorsqu'ils étaient encore écoliers et laïques, entraînèrent, comme malgré lui, à une assemblée où l’on dansait, un philosophe très grave, qui, ayant considéré avec attention cette sorte de divertissement et ce qui s’y passait, s'écria dans sa surprise, que c'était là une invention toute singulière pour corrompre les mœurs. »
Outre les dangers qui accompagnent généralement les réunions de danses, il en est un autre qui nous est peutêtre particulier ; c’est celui d’une grande légèreté de langage, surtout dans la classe populaire. S'il m'était permis
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LES SOIRÉES DE DANSES 187 d'invoquer une expérience de ving-cinq années de ministère, et des études spéciales, je pourrais dire à mon tour que les danses affaiblissent l'esprit de piété, la crainte de Dieu, la délicatesse de la pudeur, et que les les moins susceptibles d'impressions f nent l'imagination troublée. Je porter aux personnes du monde
personnes, âcheuses, en revienpuis d’ailleurs m'en rapqui, dans un âge où l'on juge sainement des choses, m'ont déclaré maintes fois, qu'elles n'avaient jamais assisté blessé leur conscience.
C'est pourquoi je suis d'opinion qu'on doit e se défier des per: onne: qui déclarent cune mauvaise 1mpression,
aux danses sans y avoir
n général, n'avoir ressenti auau milieu des séductions qui entrent par tous les sens, parce qu'elles n'ont pu bien analveer ce qui se passe dans leur cœur et que, semblable à une ville qui n’a pas de sentinelles à ses portes, 1 démon peut entrer dans leur âme s çoivent.
e ans qu'elles s'en aper-
À vous donc, pères et mères, le soin soustraire vos enfants aux dangers et aux séductions des issemblées de danses. Si vous êtes assez peu sages pour le leur permettre, vous en serez punis par l'esprit de légèreté, de dissipation et d'indévotion de vos enfants, qui est le résultat de ce genre d’amusements.
Je termine ce chapitre en
et l'obligation de
reproduisant un cantique
imprimé dans un recueil approuvé par l'Archevêché de
Québec, et qui résume
tout ce que les saints ont dit sur la danse.
(Funeste danse, (Qui séduis le cœur des humains ; {Quoiqu'innocente en apparence, {Toujours tu fis trembler les saints, {Funeste danse. »
{ Tout est funeste.
€ Dans ces trop dangereux séjours :
{ La voix, le son, l'œil et le geste, ( Le luxe, et mille vains atours ; (Tout est funeste, »
{Tout s'y profane,
L'âme, le corps et tous les sens ; ( La loi sainte qui la condamne,
{ Sans excepter les sacrements, (Tout s'y profane. »
{€ Funeste danse, € Triste tombeau de la pudeur :
(Fatal écueil de i’innocence, {Le démon seul est ton auteur, {€ Funeste danse. »
CO cercle impie !
{Ton centre affreux est le démon :
{Ton circuit, sa compagnie € Et le lieu du bal sa maison,
{© cercle impie. »
(CO qu'il en coûte, De suivre d'aussi vilains abus !
€ Pour un vil plaisir qu’on y goûte, € On y perd, b'las ! les vertus :
CO qu'il en coûte ! »
{ D'affreux supplices Puniront vos faibles douceurs ;
Autant vous goûterez de délices, Autant souffrirez-vous, danseurs, CD'affreux supplices. »
€ C’est la tristesse Qui fait le partage des saints ; Mais elle enfante l’allégresse ; € Au lieu que la fin des méchants, {€ C’est la tristesse.
Les veillées et les amusements dangereux
Si les assemblées de danses, pères et méres, sont extrêmement dangereuses, les jeux entre personnes de sexe différent et les veillées ne le sont pas moins. Ils favorisent davantage, en quelque sorte, le sans-gêne, la familiarité, et un contact contraire aux règles de la bienséance et dela modestie chrétienne, qui enhardit et fait souvent tomber dans le péché. Cependant des pères et des mères autorisent cuez eux de semblables amusements, ou permettent à leurs enfants d'y prendre part ailleurs!
” Les assemblées, soirées où veillées dangereuses, dit l'abbé Vermot, sont des moyens puissants qu'emploie l'esprit de ténèbres pour terdre efficacement des pièges à l'innocence et pour pervertirles âmes... Une gaîté peu nesurée y préside ordinairement, et il n’arrive presque jamais que la conversation y soit constamment ce qu'elle doit être; à des discours indiscrets, équivoques ou licencieux on ajoute trop souvent des jeux de mains, des familiarités qui réveilleraient les passions d’un anechorète qui aurait fait pénitence pendant cinquante ans dans un affreux désert. Et elles ne produiraient aucun effet funeste sur des cœurs jeunes et sans précaution!"
Des jeunes gens, dans un semblable milieu, peuventils être en sûreté, à un âge où l4 fuite des occasions, la vigilance et la prière suffisent à peine pour les conserver chastes ? Les saints ont fui ce danger, veillé sur leurs sens, se sont mortifiés, et cependant tremblaient sur les périls que court la plus délicate des vertus. Les combats et les tentations de s? Jérônie, en plein désert, en sont la preuve:
” Dans cette vase solitude, brûlé par les ardeurs du soleil, dit-1, ma seule imagination me fait retrouver toutes les délices de Rome: dans cet antre profond, moi qui n'ai plus de commerce qu'avec les scorpions et les ours, je pense être comme autrefois » milieu d'un cercle mondain: le jeûne a décharné et a. .zuré mon visage, desséché ma peau collé sur mes os: je déchire, je crucifie mon corps: je bats, j'enfonce ma poitrine en la frappant d'une pierre; et dans cette chair toute morte, la flamme de l'impureté vit encore. Indigné contre moi-même, je crains, je fuis jusqu'à ma cellule: peu s'en faut que je ne la crois complice de mes passions; j'avance dans les déserts, je fais retentir tous les échos de mes cris, et souvent la nuit qui vient me surprendre au milieu des torêts, ne fait qu'augmenter, par ses noirs fantômes, le trouble de mon cœur. Combien de fois abattu, exténué de lassitude et de veilles, mon corps a-t-1l enfin succombé ? Combien de fois me suis-je vu aux portes de la mort, sans pouvoir rappeler ma raison de ses égarements ? ”
Il peut, sans doute, y avoir des veillées innocentes, dit l'abbé Guillois, de ce genre sont celles qui se composent de personnes graves et réservées, et dans lesquelles il ne se passe rien qui soit contraire à la modestie chrétienne. Mais. presque toujours il v a, dans ces sortes de réunions, une grande dissipation. On ne se fait aucun
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