LE RESPECT DU AU PRÊTRI
« Vous vous moquerez peut-être de moi, si je vous dis que je pousse ce respect pour les prêtres jusqu'à la superstition. Mais le fait est qu'en cela je ne suis pa maître de moi. Je n'ai jamais connu une seule personn: qui ait traité d'une manière inconvenante les ministres de l'autel, et qui est prospéré en ce monde. Il y à pour celte espèce de gens une malédiction qui les poursuit même sur cette terre.»
L'historien qui rapporte ces paroles, ajoute qu'on ne l’entendit jamais se plaindre d'un membre du clergé qui avait été injuste à son égard. O'Connell n’a guère d'imilateurs, dans le siècle où nous vivons. Si, encore, une oule de catholiques ne prenaient pas plaisir à manger ‘du prêtre, sous le moindre prétexte.
Comprenez-vous maintenant, pères et mères, la grandeur de la dignité et des pouvoirs de votre curé, du prêtre, qui est aujourd'hui ce qu'il était hier, et ce qu'il sera toujours. On doit avoir pour lui le même respect et la même vénération que dans les premiers siècles du christianisme, ct ces sentiments vous devez les inculquer à vos enfants pour votre curé,
Mais en est-il toujours ainsi? Q mon Dieu, vous le avez! Vos ministres sont quelquefois traités comme votre divin Fils le fut autrefois par les Juifs. Mêmes moqueries, mêmes injures, mêmes calomnies, mêmes per-
écutions. Ce qui se passe actuellement en France, ce
qui s’est passé, il n Y à pas encore longtemps, dans d'autres pays, en est la preuve manifeste.
Et nous, où en sommes-nous à l'égard de nos curés, dans notre cher Canada? Avons-nous Pour eux le respect, la vénération et la soumission que méritent leur honorabilité, la dignité dont il sont revêtus, les pouvoirs ‘t l'autorité qu'ils exercent au nom de Dieu? Un curé,
même dans nos campagnes, est-il toujours et pour tous, l'homme de Dieu et le représentant de Jésus-Christ ? Ses avertissements, ses directions, ses conseils, sont-ils écoutés et accueillis respectueusement, suivis fidèlement ? Se permet-on de murmurer contre ses réprimandes? Le reçoit-on chez soi, lui parle-t-on toujours, non pas simplement avec politesse, mais avec cette vénération qui fait comprendre qu'on le regarde comme le lieutenant de Jésus-Christ. Où en sommes-nous sur ces points? Il suffit d'avoir des yeux et des oreilles pour constater que nous avons décliné.
Il est certain que le respect du prêtre, l'obéissance à ses avis ont notablement diminué chez bon nombre de nos compatriotes. Un prêtre n'est souvent respecté que dans la mesure du prestige que lui valent ses talents, son érudition, sa politesse, ses manières. Son caractère sacerdotal ne compte pour rien. Il est pour eux un homme comme les autres, on le juge à l'aveuglette, on critique sa prédication, si elle ne flatte pas les oreilles, si elle réprouve ce qu'on aime; on résiste à son autorité, quand
elle exige l'accomplissement de devoirs pénibles à la
nature. Plusieurs même se glorifient de leurs sentiments anticléricaux. On voit même des pères et des mères de famille censurer les enscignements de leur curé, en présence de leurs enfants! Des jeunes gens, peu ou point instruits de leur religion, qui ont fait leur Première communion par charté. s'empressent de déblatérer contre leur curé, dès qu'ils sont électeurs. Des enfants même, singeant leurs parents, ont l'impertinence de faire chorus.
Pourtant la soumission et l'obéissanre sontencore dûes à ceux à qui Jésus-Christ a dit: « Allez. a1struisez toutes les nations... Apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Allez,... comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie, Allez, préc! l'Evangile
LE RESPECT DU AU PRÊTRE 261 à toute créature: celui qui croira à votre parole sera sauvé, et celui qui n'y croira pas, sera condamné. Allez, ... celui qui méprisera votre parole, c'e qu'il méprisera, Car je suis avec vous, jusqu'à la Consommation des siècles. » (1)
Ces symptômes inquiétants, et qui crèvent les yeux, signifient que le degré de foi baisse dans notre pays, encore si catholique : que nous aussi, de la Providence, nous aimons moins la sainte Eglise: que, semblables aux peuples qui ont secoué le joug du Christ, sont devenus plus païens que chrétiens, nous semblons vouloir imiter leurs aberrations, rompre l'entente et l'union entre l'Eglise et l'Etat, si étroites jusqu'à ces dernières années. Le langage suivant prouve que ces äppréhensions ne sont que trop fondées :
le disons avec amertume, nos très che
st moi-même tous les jours,
enfants privilégiés
€Hélas! nous rs frères: cette foi si vive de nos pères s'affaiblit insensiblement Parmi nous: un esprit d'indépendance, fruit de l'orgueil, s'efforce chaque jour, de se substituer à sa place: nos mœurs anciennes s’effacent peu à peu devant de nouvelles coutumes que le monde, avide de plaisir, accepte avec faveur, mais qui sont en contradiction avec les saints enseiynements de l'Evangile. Rappelez-vous que, si vous n'êtes pas fermes dans votre religion et fidèles à en remplir les devoirs, c'est en vain que Vous travaillez à votre conservation comme peuple. Si vous brisez ce lien qui constilue votre principale, si non votre unique force, vous aurez le sort de tant de nations de l'antiquité et des temps modernes, qui ont disparu de la scène du monde, semblables à ceux dont parle le saint homme Job, que le
souffle de Dieu a anéan{is en punition de leurs crimes. » (2)
(A) S. Matt-, XX VIII. 19, 20, (2) Mandement du dernier jubilé.
Veuillez maintenant tirer les conclusions de prémisses malheureusement trop fondées en fait. Puisque l'indifférence, l'esprit d'indépendance et des mœurs nouvelles menacent notre avenir national et religieux, endiguons immédiatement ces courants qui nous entraîneront infailliblement à l'abîme : servons le Dieu de no pères avec la même foi et la même fidélité : laissonsnous conduire, avec la même docilité, par ceux qu'on
nous à donnés pour chefs : en un mot, conservons intact
le dépôt de la foi et des mœurs, que nous ont légué nos
ancétres.
Canadiens catholiques, regardez votre clergé paroissial, loujours à l'avant-garde dans l'ordre spirituel et temporel ; multipliant les sociétés de tempérance, les confréries, les retraites et les n uvaines:; semant les collèges, les couvents, les académies sur tous les points du pays : se faisant apôtre de la colonisation, iissionnaire agricole promoteur de tout progrès social bien entendu : créant tous les ans de nouvelles paroisses. qui sont comme autant de pierres de notre édifice national : fondant des bourses pour l'instruction des enfants pauvres ; fournissant à l'Eglise les recrues dont elle a besoin ; donnant l'éveil chaque fois que votre langue, votre foi et vos mœurs sont en péril ; vivant au milieu de vous pour être votre dévoué serviteur. Votre clergé paroissial, sans être impeccable et infaillible, n'en est pas moins votre meilleur ami. « Qu'aurait-il dû faire pour vous qu'il n’a pas fait ? « Sachez reconnaître que vous lui devez tout, en quelque sorte ; et n'oubliez jamais que vos pires ennemis sont ceux qui veulent briser l'harmonie entre les paroissiens et le clergé paroïssial. Qu'elle subsiste toujours la même puisque, sans elle, vous ne resterez ui catholiques ni, par conséquent. canadiens-français !
L'autorité des pasteurs
L'autorité est la base sur laquelle repose l'Eglise catholique et sans laquelle aucune société ne peut subsister. C'est elle qui juge, qui commande, qui condamne les
erreurs, qui éclaircit les doutes, qui gouverne les volontés et les intelligences dans le domaine religieux. Lui résister, s'y dérober, mépriser ses enseignements, c'est sortir de la voie. Or l'autorité suprême, distribuée dans une certaine mesure entre les différents supéricurs légitimes, est une seule et même autorité, que le Souverain Pontife possède dans la plénitude, et que les autres supérieurs ecclésiastiques ne possèdent que par délégation. Cepen- ‘ant les chefs inférieurs, en communion avec le Pontife, reliés par une chaîn:
est au ciel, et le dernier
Souverain dont le premier anneau ntre les mains des fidèles, participent à son autorité. US transmettent ses ordres et ses enseignements, not dirigent en son nom. Ainsi, l'enfant est subordonné à l'autorité de son père : le paroissien à celle de son curé ; le curé à celle de s évêque ; l'évêque à celle du Souverain Poutife, et !
1e Souverain Pontife à ceile de Jésus-Christ dont il est le
vicaire. Or, dit S. Paul, «toute
autorité légitime vient
de Dieu, et celui qui résiste à l'autorité, se prouve luimême sa condamnation.» (1) Par conséquent, un enfant qui résiste à l'autorité de son père, un paroissien à celle de son curé, un curé à celle de son évêque, un évêque à celle du vicaire de Jésus-Christ. désobéissent à Dieu luimême.
L'autorité supérieure est donc la ource de toutes les autorités qui lui sont subordonnées. Ainsi, le Pape possède l'autorité des évêques, des curés, des prêtres, des supérieurs réguliers et des pères de famille de l'univers catholique ; les évêaues, celle des curés, des autres prêtres et des pères de famille de leur diocèse : les curés, celle de leurs vicaires et des pères de famille de leur paroisse. De ce principe fondemental, il faut conclure : que les fidèles, les prêtres, les curés, les supérieurs réguliers, les évêques doivent soumission et obéissance au Souverain Pontife, dans les choses qui regardent la foi, la morale et la disci-
pline : que les fidèles, les prêtres et les curés d'un diocèse
doivent soumission et obéissance à leur évêque diocésain; que-les fideles d'une paroisse doivent soumission et obéissance au curé de la paroisse : ‘que les membres d'une famille doivent soumission et obéissance au père ou chef de la famille, duns les choses qui sont du ressort de son autorité,
L'autorité supérieure a le droit de juger les actes des autorités inférieures ; mais les autorités inférieures ne peuvent juger celles qui leur sont supérieures. Ainsi un simple fidèle n'a je droit de juger ni son curé, ni son évêque, ni le Souverain Pontife.
Cependant l'autorité supérieure est tenue de protéger
les autorités inférieures et de les outenir, Ainsi un père
(1) Rom., XIIL. 2,5.
L'AUTORITÉ DEs PASTEURS
de famille a le droit que son curé soutienne son autorit4 sur ses enfants; un curé, que son évêque soutienne également son autorité sur ses Paroissiens : un évêque que le Souverain Pontife outienne son autorité sur ses diocésains.
L'autorité rel; use, dans l'Eglise catholique, bien qu'elle soit exercée par plusieurs supérieurs subordonnés les uns aux autres, comme je l'ai déjà observé, est une
seule ct même autorité : de sorte que désohéir au dernier
supérieur, dans les chose qui sont de son ressort, rest désobéir au premier Un enfant désobéissent à son père, dan: les choses qu'il a droit de commander ; un paroissich, x son curé ; un curé, à son évêque : désobéissant à la première autorité qui est notre Saint Père le Pape.
Enfin c'est une vérité incontestable que Dieu donne des grâces et des lumières spéciales à ceux qui sont chargés d'enseigner et € conduire !:s autres dans les voies du salut. Mais il n'en do ne à personne pour se con-
ire à sa guise dans les cu ion dépend d'un autre. Ainsi un paroissien ne «…. ‘tendre à des grâces extraordinaires pour se di; “ème dans le chemin de la vertu. Il doit suivre !: ...e que lui trace son cur: scus peine de s égarer.
Cette doctrine est fondée sur la conduite de Jés. - Christ, qui a constumment fait la volonté de Dieu son Père et jamais la sienne ; elle est cor irmée par l'exemple de tous les saints Qui ont suivi, cos1:1e la volonté de Dier même, celle de leurs supérieurs: sur «es paroles de Samuel déclarant à Sail que Dicu ne demande ni holocaustes ni victimes, mais qu'on obéisse à sa volonté. « C'est une espèce de magie, dit le prophète, de ne 5:25 vouloir lui obéir ; et ne pas se rendre à sa volonté, c'c:t ! crime de
l'idolâtrie. » (1) Rappelons-nous que Jésus à dit à nos ministres: (Celui qui vous écoute, m'écoute. » (2) De là cette réflexion de Gerson: «Celui qui ne veut pas écouter son supérieur, et veut se conduire lui-même, n’a nullement besoin du démon pour le tenter, parce qu'il devient lui-même 1n démon pour se perdre. »
Tirons maintenant les conséquences pratiques de ces principes pour en faire la règle de notre conduite, et nous ferons honneur à notre sainte Mère ‘ Eglise.
Malheur à celui qui s'isole et se sépare des autres, dit le sage, parce que s'il vient à tomber il n'aura personne pour le relever. Pour être fort, il faut done nous unir et nous lier; car, dit Salomon: «le frère qui est aidé par son frère est comme une ville forte.»
Mais à qui nous unir? A l'autorité de nos pasteurs légitimes. Cette union est notre force, notre seule planche de salut. Voilà les forts en Israël, et qui ne sauraient tomber en nous soutenant. parce qu'ils tirent leur force de leur union avec notre Saint Père le Pape, successeur de S. Pierre à qui Jésus-Christ a dit: (Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon. Eglise, et les portes de
l'enfer ne prévaudront pas contre elle, » (3)
Comprenons qu'ét:e unis à nos pasteurs légilmes, c’est nous identifier avec eux, ne jamais séparer notre cause de la leur, ne jamais nous soustraire à leur influence sur nos actes. Par conséquent, en matière de foi, de morale de discipline, ainsi que dans les matières mixtes, dès qu'ils parlent, nous devons écouter: dès qu'ils commandent,
E Rois, XV, 23 S Lie, X, f€ 5. Matt. XVI. 158
L'AUTORITÉ DES PASTEI hs 267
nous leur devons obéissance entière; dès qu'ils nous signalent une erreur, quel que soit notre sentiment, nous devons le réprouver: dès qu'ils nous font connaître l’obligation de remplir un devoir, nous devons le remplir fidèlement, quelles que soient nos répugnances ou les sacrifces qu'il comporte. Les principes et les conséquences qui en découlent, tout bon catholique est tenu de les admettre, non seulement en théorie mais en pratique. Agir autrement est Ja pire des inconséquences. D'ailleurs. il ne sied pas aux brebis du troupeau, de critiquer, de blâmer, de condamner l'enseignement et la direction des pasteurs. Sachons-le bien, nos intérêts spirituels, et même temporeis, dépendent de celle attitude. Il ne suffit pas de croire, il faut aussi pratiquer ce que l’on nou: enseigne au nom de l'Eglise.
« Celui qui n'écoute pas l'Eglise, regarde-le comme un païen et un publicain, » (1)
Or « l'Eglise est la société des fidèles unis entre eux par la profession d'une même foi, par la participation aux mêmes sacrements et par la soumission à leurs pasteurs légitimes.» 11 s'ensuit donc que ceux qui n'écoutent pas leurs pasteurs légitimes, et refusent de faire ce qu'ils leur C-mmandent, ne diffèrent guère des païens et des publicains.
L'anarchie du protestantisme, morcelé en mille sectes, démontre où l'on aboutit en rompant avec l'autorité légitime, en refusant de reconnaître la mission, le droit et le pouvoir que Jésus-Christ a donnés à l'Eglise de gouverner les fidèles. L'émiettement du peuple juif, qui n'a pas voulu que le ( Lrist règne sur lui, nous montre également où mène la réx olte. Simples passagers sur la
1} S. Matt >” XVII, 17
barque de $S. Pierre, ne soyons donc pas assez insensés pour refuser d'obéir au pilote qui la dirige. Sans mission, sans lumière pour nous diriger seuls, nous nous perdrions infailhiblement, car, € si un ax cugle en conduit un autre, ils tomberont tous deux dans la fosse.» (1)
Nous avons vu la grandeur, la dignité du prêtre catholique et le respect que nous lui devons ; nous avons Compris la force toute-puissante du principe d’autorité duns l'Eglise, qui, comme une chaîne, relie tous nos pasteurs à la chaire de S. Pierre, debout depuis dixneuf siècle. malgré les puissances de l'enfer et les attaques de l'impiété. Nous sommes les témoins journaliers de l'amour, du dévouement et du zèle de nos chefs spirituels, toujours sur la brèche pour nous protéger et nous défendre. Serrons-nous autour d'eux et, sous leur direction marchons bravement à la conquête de notre avenir. Que l'enfant écoute leur voix comme celle de Dieu ; que le père de famille lui en donne l'exemple ;
que lous les fidèles, quelle que soit leur position, se
fassent un honneur et une gloire d'être les auxiliaires de leurs pasteurs, les défenseurs de leur autorité, se rappelant que toutes les autorités sont solidaires les unes des autres.
(D S. Matt. XV, 14.
Le curé et les paroissiens
Un curé reçoit de son évêque la mission, le droit et le pouvoir de gouverner les fidèles d'une paroisse Beaucoup de nos bons catholiques canadiens appellent encore leurs curés du nom de pasteurs : touchaute image de la charge qu ils exercent auprès de leurs paroissiens ! En effet, une paroisse est une famille, un petit troupeau faisant partie du troupeau diocésain d'un évêque, ainsi que du troupeau universel, composé de tous les catholiques, et dirigé par le Pape, vicaire de Celui qui s'est appelé le Pasteur des brebis.
Tout rappelle à une paroisse qu’elle est une véritable famille : même chef, même église, même table de communion, même nourriture, même enseignement pour toutes les personnes de la paroisse, Le riche, le pauvre, le savant et l'ignorant se coudoient, se mélent ensemble, y sont sur un pied d'égalité, reçoivent la même direction.
Dans chacune des familles qui composent la Paroisse, il Y à aussi un chef, Il dirige, il surveille, sous la direction du curé, le premier supérieur de la paroisse, sa petite famille, qui lui doit respect et obéissance. De même, le pasteur de la paroisse, sous la direction de son évêque, surveille et dirige sa famille paroissiale,
Le pere de famille à de nombreux et graves devoirs envers ceux qu'il est chargé d'élever ; le curé de la paroisse en à de plus redoutables et de plus délicats, car sa famille est plus nombreuse et réclame des soins plis variés et plus assidus.
Les pères et les mères sont en mesure de comprendre jusqu'à un certain point ce qu'il faut de patience, de dévouement, de sollicitude, de travail pour conduire une paroisse el pourvoir aux besoins spirituels de chacun de ceux qui la composent. Le curé doit se faire tout à tous, être le serviteur de tous, se tenir à la disposition de chacun de ses enfants. à l'exemple de S. Paul qui se déclare “redevable aux Grecs et aux barbares, aux sages et à ceux qui ne ls sont pas, (1) Le plus humble de ses paroissiens, le plus misérable, le moins aimable a droit à son amour, à sa sollicitude, tout comme le plus riche et le plus honorable, Oh! que ceux qui jalousent l'autorité des supérieurs soupçonnent peu leurs ennuis, la pesanteur du fardeau qui leur est imposé ! Le plus heureux n'est pas celui qui cominande, mais celui qui obéit, Du moment qu'il a fait ce qu'on lui a prescrit, il vit en paix
avec soi, et n'a pas à craindre de s'être trompé ou d’avoir perdu son temps. ;
Les paroissiens sont done infiniment pius heureux que leur curé, de même que les enfants le sont plus que leurs parents, comme vous me l'avez avoué bien souvent, en me disant : nos ‘enfants sont bien heureux! Ils ont toujours la table mise : ils ne s'inquiètent guère du lendemain : ils dorment sans soucis et se réveillent de même ! À nous dé nous consumer de sollicitudes et de peines
pour leur bonheur et pour leurs besoins! Et encore, Comment nous payent-ils souvent ?"—Vous avez raison ; ceux qui sont chargés de pourvoir aux besoins des autres, sont les plus à plaindre. Vous êtes, sans aucun doute, moins fortunés que vos enfants, et vous avez le droit de compter sur leur reconnaissance. Aussi je ne puis vous blâmer de ressentir vivement les chagrins qu'ils vous causent par leurs désobéissances et leur ingratitude surtout.
Cependant vous ne sanriez comparer vos inquiétudes et vos peines à celles de votre curé, chargé de pourvoir aux besoins spirituels des centaines de paroissiens qui composent sa nombreuse famille. Pour vous en conaincre, il suffit de jeter un coup d'œil sur l'ensemble de ses obligations et de ses résponsabilités,
Chargé de guider les consciences, le curé doit veiller à tout ce qui les intéresse. Or. quel est le devoir religieux, social et politique mêine, qui n'intéresse pas la conscience ? Dieu le rend responsable de tout le mal que par sa faute ou sa négligence il n'aura pas empêché, « Malheur à moi, dit S. Paul, au ntm de tous les pasteurs, malheur à moi si je ne fais pas Connaitre à ceux dont je suis chargé, la sainte morale de l'Evangile! Car c'est pour moi une obligation rigoureuse de le faire. » (1)
Quelle épouvantable responsabilité ! Voici donc le lansage qu'il pourrait tenir un curé en prenant possession d'une paroisse, la première fois qu'il adresse ja parole aux âmes que lui a confiées son évêque,
{ L'Eglise, par le ministère de notre évêque diocésain, m'a envoyé dans cette paroisse pour diriger vers le ciel tous ceux qui la composent. Magistrats, médecins, notaires, marchands. maîtres, pères et mères, enfants,
A) Cor. IX, 18
serviteurs, je suis chargé de vous et responsable au tribunal de Dieu de votre conduite, pendant tout le temps que je serai votre pasteur. Je dois vous éclairer sur vos devoirs, vous instruire de vos obligations ou, du moins, vous rappeler ce que vous devez à Dieu, au prochain et à vous-mêmes. Je dois vous porter à l'observation des lois divines et humaines : vous exhorter sans cesse à la pratique de la vertu et des bonnes œuvres ; faire régner dans cette paroisse l'innocence, la justice, Funion, la charité, toutes les vertus recommandées par le Sauveur du monde. [lest de mon devoir de rappeler aux pères et aux mères ce qu'ils doivent à leurs enfants, et à ceuxci ce qu'ils doivent à leurs parents. Je viens pour dire aux maîtres et aux maîtresses : veillez sur vos serviteurs ; et à ceux-ci: soyez soumis ct fidèles : aux riches, aux grands, aux hommes en place : ne vous cnorguüeillissez pas de vos richesses, de votre grandeur, de votre aucorité ; servez-vous-en pour protéger et soulager les pauvres et faire régner Dieu dans cette paroisse. Je viens dire aux Pauvres, ne Mmurmurez point dans vos peines, sanctifiezles au contraire par votre patience et votre résignation à la volonté de Dieu. Je dis à tous, n'offensez personne,
ne failes tort à qui que ce soit, pardonnez à ceux qui
vous offensent, aimez-vous les uns et les autres, car vous êtes frères, enfants du même Dieu et de la même Eglise.
€ Mon devoir de pasteur ne se borne pas seulement à instruire, à exhorter, à reprendre mes paroissiens en général: je suis encore obligé de veiller sur la conduite religieuse de chacun d'eux en particulier, sur celle du dernier de ma paroisse. Je dois reprendre tous ceux qui s'égareront où qui manqueront à quelqu'un de leurs devoirs ; je dois prévenir ou concilier les d érends, apaiser les querelles, terminer les proces, réconcilier les ennemis, consoler les affligés, visiter les malades, servir d'œil à
l'aveugle, de pied au boiteux, de père aux orphelins, de soutien aux veuves et à ceux qui sont opprimés. Je dois réconcilier avec Dieu ceux qui en sont s‘parés par le péché, expliquer la doctrine catholique aux enfants, les admettre à la table sainte, porter les sacrements aux malades, bénir les muriases, conluire vos morts à leur dernière demeure. Je suis obligé d'avoir sans cesse les YCUX Sur ma paroisse, comme un père sur sa famille, comme un pasteur sur son troupeau. Malhour à m oi si je ferme les yeux sur les scandales publics, et si, «semblable à un chien mucl, selon l'expression de la sainte Ecriture, je n'élève pas la voix pour avertir ceux dont je réponds âme pour âme! Malheur encore à moi si, semblable à un idole, je ne vois pas, je ne parle pas, je n'agis pas quand il le faudra, pour discerner le danser, le signaler et l'éloigner, Tous mes pParoissiens ont un égal droit à mon amour, à mes conseils, à mes soins, à mes services à ma vie même dans les maladies contagieu<es.»
Dites-moi, qui consentirait à encourir pareilles responsabilités, à se sacrifier, sans la conviction qu'il est appelé là, et que Dicu exige qu'il se sacrifie pour ses frères? A ces responsabilités, ajoutez une vie passée dans l'isolement, au chevet des mourants, au confessionnal pour y être le confident des outrages faits à Dieu, au soulagement des misères physiques et morales de ses paroissiens. Concevez, si vous le pouvez, sa désolation à la vue de ces iniquités, et de ces enfants prodigues qui le fuient, ou qu'un misérable à fait tomber dans ses filets. Ce qui l'attriste encore davantage, c'est l'endurcissement des pécheurs publics, qui ne tiennent aucun compte de see avertissements, qui s'efforcent de miner son autorité, et que rien n'arrête dans la voie de la perdition.
Vous comprenez probablement ces tristesses d'un curé, parents chrétiens, qui comptez dans votre famille, un
enfant qui méprise vos avis, résiste à votre autorité, se moque de vos réprimandes, et vous déshonore, Cette croix n'est-elle pas pour vous la plus pesante de toutes les croix? Vos privations, vos travaux et les autres épreuves ne sont rien comparativement.
Aussi, c'est vous surtout que je prie d'avoir pitié de votre curé, de ne pas aggraver ses souffrances morales et de ne pas appesantir sa croix : de lui aider même à la porter et de le seconder en tout, Refuscriez-vous d'imiter Simon le Cyrénéen, vous qui êtes les coadjuteurs naturels du curé par suite de votre position dans sa grande famille ? Parents catholiques, que vous êtes coupables et aveugles, de vous mettre en opposition avec votre curé! Coupables, parce que vous paralysez son action: aveugles, parce que vous travaillez contre votre intérêt.
En ruinant l'autorité de votre pasteur, vous ruinez la vôtre, qui s'appuie sur celle du curé. Si vous avez le droit de mépriser l'autorité du curé, vos enfants ne sont pas Lenus de respecter la vôtre plus que celle du curé, et se montreront indépendants de l'unet de l'autre I n'y a pas lieu de s'en étonner puisque la Sainte Ecriture dit: “qu'on sera puni par où l'on aura péché.» Par conséquent, celui qui contredira son supérieur, sera contredit par ses inférieurs; celui qni mépriscra l'autorité de son curé, verra la sienne méprisée; celui qui annihilera l’au-
torité de son curé sur ses paroissiens perdra la sienne su:
ses enfants; les parents qui chagrineront leur pasteur, seront chagrinés à leur tour par leurs enfants.
< Se à ; 4
LPS règles suivantes résument assez bien les importants suicts traités dans les deux chapitres précédents.
La diynité de votre curé, ses pouvoirs, supérieurs à ceu: des autres, vous indique qu'il occupe la première place au milieu de vous, et que vous devez le respecter
dans vos paroles et dans vos actes,