TRADITIONS 4 CONSERVER
adressait, Dans ces temps encore peu éloignés, la pensée que l'homme est créé à l'image de Dieu, et que son ange gardien l'accompagne partout, poussait à saluer respeclueusement tons ceux que l'on rencontrait.
Ce touchant usage s'est conservé dans quelques rares paroisses ; mais, en général, il est disparu presque partout, et c’est à peine si les connaissances font un geste de
la main. Notre société contemporaine tend à remplacer
ce respectueux salut d'autrefois Par une salutation banale, aussi froide, aussi peu religieuse que celle de l'acteur.
Nous avons, Presque tous, quelque chose à réformer sur ce point,
Les parents doivent habituer leurs enfants à ne jamais leur adresser la parole que la coiffure à la main, puis qu'ils tiennent la place de Dieu auprès d'eux,
Depuis quelques années, certains parents ont imaginé de se faire tutoyer par leurs enfants, Cette innovation si peu naturelle, Je bon sens de notre peuple l'empêchera toujours, je l'espère, de se généraliser. Je ne saurais mieux montrer son Caractère répréhensible. qu'en citant le passage suivant du * Catéchisme philosophique.”
“ Dès que les enfants commencent à concevoir, il est du devoir des parents de leur faire bien connaître l’obligation de respecter les auteurs de leurs jours, et de les former à la pratique de cette loi. Des pères et des mères qui apprennent à leurs enfants à les tuloyer, ne manquent-ils pas à ce devoir ? Est-ce possible que le respect soit profondément gravé dans le cœur, quand Ja langue est formée à Ja familiarité ? Cet usage, inconnu à nos ancêtres, à procédé de quelques années cette horrible époque où l'on tutoyait les magistrats : et l'on se souvient encore des heureux résultats de cette belle égalité. Les premières mères qui s’avisèrent de se faire tutover, furent
des disciples de Jean-Jac: es Rousseau, qui crurent se distinguer par cette singularité. Leur exemple fut suivi par d'autres qui ue voulaient qu'être aimées de leurs enfants, sans penser qu'elles devaient rendre compte à Dieu de l'usage de l'autorité dont :l les avait investies. Elles ne voyaient pas que cette familiarité, au lieu d'établir l'amitié et la confiance, conduisait à l'indépendar et au mépris. Des pères plus complaisants que sr € prétèrent à cette innovation. On en voit aujourd ui les conséquences : l'autorité paternelle est à peu près nulle. ”
L'auteur confirme ce qu'il vient de dire par un exemple qui prouve que les enfants eux-mêmes sentent très bien ce qu’un tel l»- gage a de déplacé.
* Un enfant inq à six ans, fils d'une dame de qualité, avait peine à concilier dans sa tête que, tandis que tout ce qui environnait sa mère Jui parlait respectueusement par vous, la dame exigeait que lui seul, par exception, la tutovât familièrement, Un jour qu’elle avait congédié une femme de chambre, en lui disant: apprends que je puis me passer de toi ; celle-ci, piquée, lui ayant répondu : et moi aussi je saurai me “sosser de toi ; l'enfant témoin de la scène, sentit si bi inence de ce toi, qu'il le releva, Oui, vraime . dame, l'impertinente se croyait mon égale— Ma, u, äit l'enfant, je ne veux pas être un insolent : je ve dirai plus toi. je dirai vous.—Point du tout, monsieur, il faut continuer de me dire toi, qui est mieux que vous.—Mais, maman, tu as donc tort d'être fâchée contre Adèle, parce
qu'elle t'a dit toi, si toi est mieux dit que vous.—Ne
voilà-t-il pas un beau docteur, reprit la dame? Ilen saura bientôt plus que Jean-Jacques.”
Ne comprenez-vous pas que ce petit enfant à raison, et que n'écoutant que l'instinct de la
Mère insensée !