‹ Le manuel des parents chrétiensChapitre 7 sur 78 · L’ABBÉ ALEXIS MAILLOUX · texte numérisé non relu

L’ABBÉ ALEXIS MAILLOUX

ses noces d’or sacerdotales. Je me rappelle avoir fait, en même temys que lui, le trajet de Québec à la Baie Saint-Paul où il débarqua. Le vieil athlète, mourant, agonisant presque, était simple passager de seconde, et passa le temps de la descente, muet et silencieux, la tête appuyée sur une table. , Il arriva juste à temps pour mourir au milieu des siens. Le quatre août, il monta encore à l'autel, consacra et se communia immédiatement sous les deux espèces, car une nouvelle syncope lui fit croire que tout était fini. Il reprit cependant connaissance quelques heures après ; mais une seconde crise survint entre quatre et cinq heures de l'après-midi, et pendant qu'on lui préparait un cordial, il entra doucement dans l'éternité. On le trouva sur son lit, bréviaire en mains. Cette mort, en priant, était le dénouement naturel d’une vie de prière ininterrompue. Ses funérailles eurent lieu le 8 août et furent présidées par l'archevêque de Québec, qui prononça l'éloge funèbre du plus vaillant officier de son état-major, auquel on peut appliquer les paroles que saint Denis l’Aréopagite met dans la bouche du Seigneur : ‘* Moi, j'ai créé le ciel et la lerre, mais toi, tu as accompli une œuvre plus haute ; moi, dans le ciel, j'ai fait resplendir le soleil et les étoiles, mais toi, tu as illuminé le paradis par la splendeur des âmes que tu as gu lées au salut. J'ai créé l’homme, mais tu as cherché à le racheter, et la Rédemption est une œuvre infiniment plus précieuse que la création, parce qu'elle a coûté tout le sang de Jésus-Christ. ”

Son corps fut ensuite déposé sous le chœur de la petite église paroissiale qui lui rappelait tant de souvenirs.

Dieu seul sait la somme de bien que M. Mailloux a faite à ses compatriotes. Les apôtres ne leur ont jamais manqué ; mais aucun, je crois, ne s’est prodigué davantage, n'a exercé une pius féconde et plus durable action.

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On peut dire qu'il a réellement régné sur nos populations, qu’elles l'ont écouté et acclainé comme un libérateur. En effet, pendant les deux décades qui ont suivi ce que je puis rappeler sa vie publique, ses enseignements, en matière de tempérance et de luxe, ont eu force de loi, ont été observés presqu'à l'égal des commandements de Dieu. Son nom était sur les lèvres de tout un peupl: qui ne cessait de bénir celui qui l'avait rendu heureux. Ce n'est pas assez dire. Bien qu’un demi-siècle nous sépare de cette époque de renaissance, son souvenir est encore vivant et, comme je l’ai écrit ailleurs, semble gravé en caractères ineffaçables dans la mémoire de notre peuple. Les principes religieux et sociaux qu'il s’est fatigué à proclamer, sont encore en honneur dans beaucoup de familles de nos campagnes.

Le fait n'a rien d'étonnant, car M. Mailloux était l'orateur populaire par excellence. Sa dialectique ‘ emprisonnait ” ses auditeurs, qui, au sortir de ses conférences, le suivaient au confessionnal. Là, le lion de la chaire, au verbe grave, plein d'autorité, se transformait en agneau, et écoutait paternellement des aveux qu'on ne rééditait plus dans les retraites postérieures.

Son physique n'avait pourtant rien de séduisant : large tête, * grand front obstiné ‘”, œil sévère et scrutateur, ‘* nez à porter lunettes ”, lèvres fortes et teint gris-pâle. Mais cette enveloppe — presque rustique — cachait une réelle bonté, une âme apostolique, un caractère dont les ‘un absolu mépris du monde, l'amour de la règle, l'exercice de la pénitence, une obéissance empressée et l'abnégation de soi-même. ” (1)

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(1) Imitation, XXII, 4.

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