L'ABBÉ ALEXIS MAILLOUX
J'ai dessiné son portrait, et ne prétends nullement le canoniser. Mais M. Mailloux était un saint, bien qu'il fût autoritaire, plus ou moins aimable et un peu grognard à certaines heures, rude parfois, trop indépendant des lois de l'étiquette. Cela n'infirme en rien mon assertion, et démontre seulement que la sainteté, rarement pure de tout alliage, peut même coexister avec les imperfections humaines. Ceux qui naissent saints — autrement que par une dérogation aux lois de la nature — sont rares, et meurent jeunes. En tout cas, je leur préfère les saints militants, participants des conséquences du péché originel, vrais fils d'Adam. Il me semble, en les invoquant, que je suis mieux compris, qu'ils plaident en meilleure connaissance de cause, et plus éloquemment que les premiers.
M. Mailloux était un saint, parce que dans les diverses circonstances de sa vie si remplie. ‘ il a été prêtre et rien que prêtre ” ; parce que ses cinquante-deux ans de sacerdoce furent cinquante-deux ans de vertus.
D. GossELiN, Ptre.
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Aux Pères et aux Mères
Le voyage de la patrie terrestre à la patrie céleste ne peut s'’accomplir heureusernent sans une éducation foncièrement chrétienne. Que les pères et mères en soient convaincus : sur eux, surtout, reposent les destinées religieuses et sociales de notre patrie. L'industrie, le progrès matériel, l'augmentation de notre population, nous feront plutôt déchoir, si notre jeunesse canadienne n'est formée de bonne heure aux vertus qui préservent de la corruption des mœurs et de l'abus d’une liberté qui dégénère trop souvent en licence.
C'est vous, pères et mères, qui devez maintenir les traditions de nos ancêtres, traditions qui s'effaceront peu à peu, si vous ne les transmettez fidèlement à vos enfants. Vous êtes responsables à Dieu, à votre religion, à votre patrie et à vos enfants, par suite de votre rôle dans la société. De même que les supérieurs ecclésiastiques, ‘vous êtes obligés de veiller sur vos enfants comme devant rendre compte à Dieu de leurs âmes. "” (1) Pour vous faciliter la tâche de les rendre fidèles à Dieu, à leur religion, soucieux du salut de leur âme, et dévoués aux intérêts de leur patrie, je vais vous mettre sous les yeux
(1) Hebr., XIII, 17
des réflexions que je vous recommande de méditer sérieusement,
Vos enfants créés à l'image de Dieu, rachetés par Île sang de Jésus-Christ, et régénérés dans les eaux du baptême, sont tenus, pendant leur séjour en ce monde, de periectionner leur ressemblance avec Dieu. profondément altérée par la chute de notre premier père, C'est à cette condition seulement qu'il leur sera donné de posséder l'héritage du ciel,
Quels sont les enfants qui atteindront cette fin dernière ? Ce sont ceux qu'on aura fortement inclinés vers cette fin : qui auront compris l'importance de tendre vers cette fin : ceux enfin qui, comme le jeune Tobie, auront appris, ‘‘ dès leur plus tendre enfance, à craindre Dieu et à s'abstenir de tout péché.” (1)
Mais, de jeunes enfants peuvent-ils connaître par euxmêmes la fin pour laquelle ils ont été créés ? Peuvent-ils Y tendre sans le secours d'autrui? Evidemment non. IS ont done besoin d'être imbus de bonne heure des vérités de la foi, d'être acheminés vers le bien, par les con els et les exhortations, avant la crise des passions ; ils ont besoin d'un œil vigilant et d'une main charitable pour discerner el arracher les germes des mauvaises inclinations, à mesure qu'ils se manifestent ; enfin ils ont besoin de la sagesse et de l'expérience des parents pour éloigner d'eux les mille dangers qui les attendent.
Saint Augustin nous fait connaître, dans ** Ses Confessions ‘, son malheur d'avoir eu, en son père, un #pprobateur de ses mauvais penchants. * Lorsque, ans ma iegnesse, dit-il, je faisais ou disais du mal, mon père
E)uProv. TEL, 7.
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tournait tout en risée et disait que j'avais de l'esprit. J'avais beau être libertin et débauché, il souffrait tous mes vices, et je ne trouvais pas de main charitable qui me les arrachât pur de salutaires corrections. ”
Combien d'infortunés peuvent dire, comme saint Augustin, qu'ils n'ont pas rencontré” de main charitable ” pour extirper les vices qui germaient dans leurs jeunes cœurs ! Combien, devenus hommes, ont à combattre des penchants qu'il eût été facile, à leurs parents, de réprimer !
Qu'elle est heureuse la vie de ceux qui, dans leur enfance, ont été corrigés de leurs défauts et maintenus dans le chemin de la vertu ! Quelle gloire ne procurent done pus à Dieu les parents qui, avec sa grâce, savent former leurs enfants à la pratique des vertus chrétiennes et sociales !
Cette formation chrétienne est un devoir imposé aux parents par Dieu, qui leur confie des enfants dont il reste le propriétaire, que Jésus-Christ a rachetés, et qu'il réclamera un jour.
Or, celui qui accepte un dépôt, en est responsable, doit le rendre en entier, sous peine, s'il le perd, de le rembourser en argent. Mais, où prendre ur âme pour rendre à Dieu celle de votre enfant, peruue par votre faute, puisque la vôtre ne vous appartient pas ?
Pères et mères, n'oubliez jamais ces paroles de saint Jean Chrysostôme : ‘* Nous avons, dans nos enfants, un grand et précieux dépôt ; conservons-le avec le plus grand soin, dans la crainte que le démon, ce voleur astu-ieux, ne nous le dérobe.”
L'avenir de la religion, dans un pays, repose sur la bonne éducation des enfants. Ces arbrisseaux, que l'Eglise a plantés dans la vigne du Seigneur, sont destinés à remplacer ceux que la mort ravit, et à perpétuer
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son règne sur la terre. Il est vrai que l'Eglise ne saurait périr et que son règne durera jusqu’à la fin des temps : cependant, il est également vrai qu’elle délaisse les peuples “qui ne veulent plus qu’elle règne sur eux.” (1) Alors elle dit à ses ministres de ‘* secouer la poussière de leurs pieds, en témoignage contre ces peuples ”’, (2) et d'aller porter à d’autres nations la paix et le bonheur que seule elle peut donner.
Qu'il n’en soit jamais ainsi pour notre Canada, dont les destinées religieuses sont, en grande partie, entre les mains des pères et des mères. Instruire leurs enfants des préceptes de la religion, les former à la pratique des devoirs qu'elle impose. tel est leur second devoir.
Les précautions de l'Eglise, pour assurer le salut de ceux qui deviennent ses enfants, suffisent pour donner aux parents une idée de leurs responsabilités.
Elle ne se repose pas uniquement sur leur amour, mais elle exige deux cautions, chargées de veiller sur ses nouveaux enfants et de suppléer les parents. C’est pourquoi elle avertit les parrains et les marraines que, si les parents manquent à leurs devoirs, ils sont tenus de les remplacer et de veiller à ce que ces jeunes chrétiens soient fidèles aux promesses de leur baptême.
Malgré ces précautions, l'Eglise n'est pas encore satisfaite. Tant que cet enfant vivra, semblable à une mère aimante, elle l’aidera de ses conseils et de ses grâces. Lorsque viendra l'âge des passions, et que les dangers se multiplieront, elle mettra à sa disposition les trésors spirituels que Jésus-Christ lui a confiés.
Mais à quoi servirait la sollicitude de l'Eglise sans ‘aide de ceux que les Saints Pères appellent les “ premiers
1) S. Luc, XIX, 14.
(2) S. Marc, VI, 11.
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AUX PÈRES ET AUX MÈRES 23 instituteurs ”’ et les ‘* évêques de leurs familles ? *’ En effet, qui donnera aux enfants la première éducation religieuse, si les parents ne s’en occupent que peu ou point ? Le pasteur de la paroisse et l’instituteur, pour des raisons différentes, ne peuvent suppléer les parents sur ce point.
D'ailleurs, cette première éducation est-elle encore possible lorsque les enfants commencent à fréquenter les catéchismes, qu'ils sont sans piété, étrangers aux pratiques de la religion, et qu'ils ont probablement contracté des habitudes mauvaises, des maladies spirituelles que les mères auraient pu aisément prévenir ? Si elle n’est pas absolument impossible, en tout cas, il n’est guère facile de réformer les enfants élevés dans ces conditions. L'arbre qu'on n’a pas redressé quand il était jeune, ne peut plus l'être parfaitement lorsqu'il a grandi.
“L'homme moral est peut-être formé à dix ans, dit de Maistre ; s'il ne l’a pas été sur les genoux de sa mère, ce sera toujours un grand malheur. Rien ne peut remplacer cette éducation. Si la mère surtout s'est fait un devoir d'imprimer profondément sur le front de son enfant le sceau divin, on peut être à peu près sûr que la main du vice ne l’effacera pas. ”
Il peut arriver, sans doute, qu'un enfant bien élevé s'égare : mais les principes gravés dans son cœur pendant son enfance le ramèneront à Dieu.
C'est donc avant que le péché ait souillé leurs âmes, que les parents doivent courber la volonté de leurs enfants sous le joug salutaire des pratiques de la religion.
Alors rien n’est plus aisé. ‘ Doués de l’habitude de la foi dans le baptême, les enfants en font aisément des actes, à mesure qu'ils apprennent à en connaître les vérités saines. Leur esprit est docile, leur cœur est
maniable, leur mémoire facile, et leur imagination, semblable à une cire molle qui se prête à toutes les formes, est susceptible des plus heureuses impressions. Ce qu'on leur dit coule, pour ainsi parler, dans leur âme, sans presque d’obstacle ; et ce qu'ils ont appris dès cet âge, ils en conservent la mémoire tout le reste de leur vie.” (1)
Voilà le vrai moyen de former des enfants pieux et, par suite. des hommes religieux. Sans cette formation, l'enfant pourra devenir un honnête homme, selon le monde, parce qu'il saura farder ses vices ; mais il n'aura jama’: les vertus d'un bon chrétien.
La société dont nous faisons partie a des droits sur nous. Un sentiment inné nous dit que nous sommes tenus de contribuer à son bonheur, selon nos forces. C'est une obligation dont l'accomplissement fait que nous avons le droit d'être protégés par la société. Mais si, au lieu de la servir et de lui être utiles, nous troublons l'ordre et la paix par des actes ou des doctrines contraires aux mœurs et à la religion, alors, nous devenons ses ennemis, et elle à le droit de sévir contre nous. Mais, comment former de bons citoyens, si on n’a soin de former de bons chrétiens ?
‘ Il intéresse donc grandement la société, dit encore saint Jean Chrysostôme, que ses membres soient formés, dès l'enfance, à des principes conservateurs de l’ordre, à des vertus sociales, à l'amour de Dieu, du prochain, de Ja patrie ; et qu'on leur inspire, dès leur bas âge, de l'horreur pour tout ce qui peut attirer les fléaux de la colère du Frès-Haut, nuire aux autres, et leur être funeste à eux-mêines : 1 est donc de l'intérêt de la société, et de
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aux enfants, qu'on les en instruise de bonne heure, qu'on leur en fasse remplir les devoirs, et qu'on les détourne de tout ce qu'elle défend. ”
Si l'homme est abandonné à lui-même dans son enfance, laissé sans défense aux inclinations déréglées de son cœur, scandalisé même dans la maison paternelle, mis en contact avec des enfants pervers, il fera un mauvais citoyen. Peut-être un jour sera-t-on forcé de l’emprisonner. En tout cas, il fondera une famille sans foi et sans mœurs. Comment les parents de ces enfants répareront-ils le mal fait à la société ?
“ La vie de l'homme prend en quelque sorte son fondement dans l'enfance. A cet âge, elle dépend tout entière des leçons extérieures, n'ayant encore dans son fond presque rien qui puisse la guider ; en sorte qu'il est facile alors de l’incliner à la vertu ou au vice. Si done on s'y prend dès le berceau, et comme à la venue même des défauts puérils, pour attirer l’homme à la vertu, l'y fortifier, et lui en faire prendre l’heureuse habitude, il ne s'en départira pas aisément pour se jeter dans les voies contraires ; l'habitude du bien, contractée dans l'enfance, conserve toujours ses charmes et ses attraits, (1)
Ceux qui transmettent la vie, doivent v ajouter tout ce qui peut la rendre heureuse. Or, pour ître heureuse, la vie doit être vertueuse. De là le droit des enfants de recevoir de leurs parents des leçons et des exemples propres à les rendre vertueux.
Sans insister davantage sur cette obligation, il est évident que le bonheur domestique ne peut exister dans une famille qui ne pratique pas fidèlement les devoirs prescrits par la religion. ‘ Qu'il est affreux le spectacle
(1) S. Jean Chrysostôme.
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que présente une famille dont les chefs, sans piété, sans zèle, et pleins d’indolence pour l'éducation religieuse de leurs enfants, négligent de les instruire, laissent développe en eux tous les germes des passions, et, loin de faire des efforts pour les former à la vertu, applaudissent plutôt à leurs vices, et les autorisent par leurs pernicieux exemples Ah! si tous les genres de dépravation abordent cetts horrible demeure ; si les enfants s’y montrent sans craint de Dieu, sans retenue dans leurs discours, sans frein dan: leurs emportements, sans docilité dans leur conduite si on n’y voit qu'entêtement, que mutineries, que que relles et que guerres continuelles ; si les parents n'é prouvent de leurs enfants qu'insubordinations, qu mépris, qu'ingratitudes, que révolte: et quelquefoi même que mauvais traitements ; si le scandale perce at dehors, et que l’infamie, la malédiction, tous les désordre: viennent fondre à la fois sur cette malheureuse famille à qui la faute ? ”
‘ Au contraire, les enfants qu’on élève chrétiennement et qui correspondent aux soins multipliés qu'ils reçoiven de parents religieux, sont comme autant de liens qu fortifient l'union et l'amour de leurs parents ; ils fon couler doucement dans leurs cœurs la paix et la joie ils prolongent leurs jours, en les rendant heureux, et il les font vivre jusqu'au delà même du trépas, parce qu'oi retrouve dans la vie de ces enfants le portrait fidèle de vertus et des qualités aimables de leurs pères et de leur mères. ”” (1)
Ils auront à l'heure de la mort la consolation de laisse des enfants qui procureront la gloire de Dieu, l’honneu
été, sans sieuse de velopper faire des plutôt à xemples.
nt cette 1s crainte rein dans onduite ; que queents n'’éns, que elquefois perce au désordres > famille,
nnement, reçoivent liens qui . ils font la joie ; ux, et ils rce qu'on fidèle des t de leurs
de laisser l'honneur
de l'Eglise, qui contribueront au bonheur de leurs con- . “ L D n # citoyens, et transmettront à leurs descendant: les "noms vénérés de leurs ancêtres.
L'éducation chrétienne d'une famille est une tâche
difficile et d'expérience. De plus, peut-être, un nombre considérable de pères et de mères ne savent guère ccemment procéder pour la mener à bonne fin. J'ai voulu
les
aider en publiant ce manuel, qui détaille leurs prin-
cipaux devoirs. Je n'ai omis, il me semble, aucun des devoirs auxquels ils sont tenus, depuis la naissance de leurs enfants jusqu'au moment où ils choisissent un état de vie. Cet ouvrage est plutôt pratique que théorique,
: et
Jose espérer, qu'en suivant les règles de conduite qu'il
trace, les pères et les mères réussiront à élever chrétiennement les enfants que Dieu leur a confiés. (1)
AL. MaïiLcoux, ptre, V. G.
(1) Les exemples cités dans cet ouvrage sont extraits des livres
4 suivants : (Instruction chrétienne», (La voix du bon Pasteur», (Le : grand jour approche», (Catéchisme de l'abbé Guillois» Histoires * édifiantes), (Questions pratiques par l'abbé Vermont», (Oeuvres de
S. Alphonse», (Perfection chrétienne», (Le :atéchiste des peuples»,
2 cte.,
etc.
Le baptême
Le premier devoir des parents est de procurer à leurs enfants Ja grâce du baptême, qui efface le péché originel, les fait enfants de Dieu et de l' Eglise, héritiers du ciel, : les rend capables de recevoir, en leur temps, les autres : sacrements, et de participer au trésor spirituel de l'Eglise.
Mais, comme ja vie des petits enfants est extrêmement précaire, et que, négliger de les présenter immédiatement au baptême peut les ne du bonheur du ciel, les parents Ë doivent s'empresser de le faire aussitôt après leur nais- Ë sance. Voici ce que ra le Rituel sur ce point
Le baptême étant aussi nécessaire qu'il est, il faut con- | * venir que les pères et les mères sont dans une étroite Î : obligation de le faire recevoir à leurs enfants dès qu'ils É sont venus au monde, et de ne pas le différer sous diffé- Ë : rents prétextes.
Comme il arrive parfois que les enfants sont en danger de mort, pendant ou après leur naissance, et qu'on se