‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 107 sur 233 · LIVRE II. CHAPITRE X. 21 f · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE X. 21 f

gner du temps. Les fureurs de parti ne sont pas éternelles. D'autres fantaisies prennent à la vérité leur place , mais elles ont au moins l'avantage de varier la scène du monde. Et combien d'actions de grâces ne devons-nous pas au ciel, qui, n'ayant pas voulu nous faire sages, a du moins permis qu'il y eût de la variété dans nos folies. Une suite d'extravagances uniformes nous eût fait périr d'ennui.

Une société en révolution est comme un Opéra qui brûle. Les flammes et les accidens en sont infiniment variés. Ils amusent un instant les grands qui s'ennuient, ils intéressent les architectes qui veulent se faire un nom , et les gens du commun , qui paient la dépense , se consolent quand ils apprennent que, dans l'incendie, on a perdu quelques pompiers , mais qu'on a conservé les quatre murailles.

La maison d'habitation de Jacques Robinier, située au pied de la montagne qui porte son nom , a deux aspects très différens. Celle de ses façades qui regarde le midi est placée sur les bords d'une rivière qui descend avec impétuosité, et dont les eaux, devenues tranquilles dans la vallée, serpentent autour d'une multitude de jardins, de prairies et de cultures de toute espèce. L'autre façade est au pied de la montagne même qui, dans cet endroit, semble s'oufrir pour former un cirque entouré de rochers et peuplé d'animaux sauvages, D'un côté de son habitation , maître Jacques en-

tend le rugissement des bêtes fauves, de l'autre le bêlement de ses troupeaux, et se trouvant ainsi placé entre des moutons et des marmottes, il peut à chaque instant confronter la sauvagerie avec la civilisation et observer ce que chacune d'elles peut apporter de profit ou de dommage à l'espèce humaine. Cette idée n'est pas dépourvue d'une certaine philosophie.

M. Jacques Robinier voulut donner une fête qui pût servir à sa famille de distraction et de leçon. Il choisit pour le théâtre de cette solennité morale le cirque dont nous venons de parler. Le choix ne pouvait être plus judicieux. Cette salle n'avait pas été faite en six semaines. Elle n'offrait pas une construction provisoire de bois et de carton. La nature , qui avait employé soixante siècles à sa formation, l'avait bâtie en beau granit primitif. Elle avait établi un parterre solide sur des veines de quartz , et elle avait disposé tout autour un amphithéâtre en pierres ollaires. Elle avait taillé plusieurs rangs de loges, les uns sur les autres, et elle les avait décorés de clématites et de convolvules qui pendaient en guise de draperies. Audessus des loges régnait une corniche sur laquelle on voyait habituellement des brebis, des boucs et des chèvres formant une espèce de zodiaque. Quelques loges se trouvaient naturellement grillées par le feuillage des arbustes qui croissaient dans leurs fissures, de manière que depuis les

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