‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 109 sur 233 · LIVRE II. CHAPITRE X. 2IÇ · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE X. 2IÇ

et quand leurs forces furent épuisées , ils tombèrent morts sur la place.

Tel est i s'écria maître Jacques , le sort des ambitieux qui, ne connaissant pas leurs forces, veulent monter au séjour de l'aigle.

Immédiatement après , on lâcha dans les airs le roi des ténèbres, l'oiseau de Minerve. Poursuivi par des troupes de merles, de geais et d'étourneaux qui l'assaillaient à coups de bec ; il fut honteusement reconduit jusques a une vieille masure dans laquelle il vint se cacher.

Voilà l'image de notre siècle , dit maître Jacques. Les oiseaux ont aujourd'hui la vue perçante, mais il reste encore quelques hiboux qui sont en horreur à tout le peuple ailé.

Le jeune adolescent, à qui on confie dans la vallée la garde des oiseaux auxquels l'Inde a donné son nom, fut introduit pour remplir le rôle de grand-fauconnier. Il portait sur le poing un épervier auquel il donna le vol , et qui fit sa descente sur un pigeon ramier. Le capitaine des chasses ajusta un coup de fusil sur l'oiseau de proie au moment où il allait saisir la victime.

On introduisit dans l'arène un ours qui s'avança le poil hérissé et en rugissant. Du miel, de la musique et des caresses l'adoucirent et le rendirent docile. Il sauta et dansa , par où chacun put comprendre qu'on apprivoise les caractères les plus sauvages avec des soins et des attentions aimables.

2âO MANUSCRIT DE M. JEROME.

Un cornet rempli de cantharides fut jeté sur un cheval fougueux. Il s'en irrita, se roula sur la poussière et finit par écraser les assaillans. On applaudit le coursier et on siffla l'auditeur, chargé de la police, qui avait employé ces insectes provocateurs.

Des filets et des miroirs furent disposés sur la montagne, et l'on vit des multitudes d'oiseaux accourir et s'y faire prendre. «N'imitons pas les alouettes, disaient les assistans ; défions-nous des miroirs, et profitons des fautes de ceux qui nous ont précédés.»

Enfin , on lâcha un peuple entier d'abeilles qui se divisèrent par pelotons et ne purent se fixer nulle part. «Telle est, dit notre moraliste, l'image d'une société qui n'a plus de chef. Les ouvrières ont voulu régner elles-mêmes; elles ont chassé leur reine. Aujourd'hui, errantes, sans nourriture et sans asile , elles sont la proie des hirondelles. »

A ce premier acte de la représentation en succéda un second dans lequel maître Jacques se montra comme un digne appréciateur du mérite, en couronnant les personnes qui avaient rendu des services ou donné de bons exemples dans la vallée et sur la montagne.

Un pot de miel et quelques livres de cire jaune furent la juste récompense de celui qui le premier avait recueilli ces produits sans tuer les ouvrières qui les fabriquent.

Les mères qui avaient fait vacciner leurs enfans reçurent un tablier de soie, couleur de chair, et

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