LIVRE II. CHAPITRE X
celles qui avaient négligé ce devoir, un capuchon de ratine frisée, couleur de ramoneur, image de la carnation qu'auraient un jour leurs enfans.
Un habit complet en fin drap de Louviers fut donné au berger qui avait le premier introduit un bélier espagnol dans la vallée.
On décerna , comme prix d'émulation , à plusieurs mères de famille , le pot au feu de M. Siauve, le poêle de M. Cïureaudeau, le fourneau économique de M. Cadet de Faux et le rouet de Gauvillers avec un va et vient qui régularise le mouvement de la bobine.
Le moulinet anglais perfectionné par M. Saint- Jean de Crèvecœur fut offert à celui qui était parvenu à dessécher un champ marécageux; et une tarière, propre à faire des puits artésiens, remplaça la baguette divinatoire entre les mains du sourcier de la montagne.
Les pièges de Henri Lecourt furent donnés aux propriétaires des prairies, une amorce <¥Angelica archangelica sine galbanum à ceux qui nourrissent des volailles auprès des bois, et le désinfectoire de Guiton de Morveau à ceux dont les habitations étaient placées près des lieux insalubres.
Le semoir de feu M. Caillant de Nantes, le moulin à pommes de terre de M. Prudon, la machine à briser les o^,* inventée par M. Queauviliers > et celle qui les réduit en gélatine d'après le procédé de M. Cadet de Vaux furent distribués avec beau-
coup d'intelligence à divers cultivateurs , ainsi que des greffes de pommiers de Jean de Hurè et des fleurs de prairial; et un rutabaga pesant cinquante livres fut présenté au laboureur qui avait recueilli trois cent cinquante quintaux de navets par arpent.
Une tige de gentiane en pleine floraison fut décernée au maître d'école pour lui apprendre qu'on doit rendre l'étude aimable et corriger les enfans avec des fleurs; et plusieurs de ses élèves reçurent en prix le joli Poème des abeilles, publié par Rusce liai en i5a4, traduit par Pingre en 1770; les Plaisirs ajnoureux et innocens de la campagne, par Pierre Maret , édition d'Amsterdam, 1699; XAgnelas, pastorale de J.-B. Pollin, le bon prêtre; les Délices de la vie champêtre, par le sénateur Fermer du Jura ; l'histoire du tulipier, par Cubières , et en donnant chaque prix, M. Robinier ne manquait jamais d'y ajouter la faveur d'un litron de pois-michaut.
Il donna une tortue vivante au percepteur, en lui disant : « Cette tortue va lentement , mais elle va toujours, et elle parvient au but avant le lapin qui ne fait que dévaster et cabrioler sur la route.
Un bouquet de jusquiame avec une douillette en peau de marmotte fut donné au prédicateur ordinaire de la montagne.
Après cette première distribution , M. Robinier en fit une seconde qui consistait en instrumens de