‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 11 sur 233 · LIVRE I. CHAPITRE III. 3q · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE III. 3q

ce pouvait être le clocher de la paroisse de Melezet. C'était cela en effet; elle est située au pied des grandes roches qui se sont détachées du pied du mont Viso et au débouché du col de la Traversette qui n'est pratiqué que par les chamois et par les anges.

C'était le jour de la fête patronale, fête non moins sainte que balladoire, car elle attirait, sur la montagne, les curés les plus élégans de toutes les paroisses, et les ours les mieux léchés de toutes les vallées, sans compter un commerce considérable en flageolets et en marmotes.

Nous entrâmes dans l'église au moment de l'office : elle était toute brillante des fleurs que les Alpes fontéclore. Une attention pleine d'intelligence avait présidé à leur distribution : les unes répandues avec confusion sur le pavé , le cachaient en le décorant ; d'autres , suspendues à la voûte , descendaient sur les autels en festons et en guirlandes, et se développaient sur le tabernacle en couronnes d'immortelles. Le jeune bouton d'églantier, marié à Ja saponaire, indiquait, sur le fond baptistère , le besoin qu'a l'enfant qui vient de naître de se purifier. Le chenopodium placé à côté d'un bouquet de lavande, annonçait aux pécheurs le lieu secret où un repentir religieux est sûr d'obtenir grâce; tandis que la tige d'arum, ce baume salutaire pour guérir les plaies et les brûlures, placée sur le tronc des âmes , vous an-

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nonçait l'excès de leurs souffrances, et le soulagement qu'elles attendaient de votre piété.

Ce luxe des fleurs les plus magnifiques, qui brillaient de tout leur éclat devant l'autel le plus rustique, semblait rappeler ces rois de la terre qui vinrent s'incliner dans une étable aux pieds d'un Dieu naissant.

Après la messe, M. le curé de la paroisse monta en chaire. Son discours ne sentait pas le moine : il ne le divisa pas en trois points. Il n'entretint pas ses auditeurs, dénicheurs de marmotes, du schisme et de ses horreurs; du dernier concordat et de ses beautés, de la grande et de la petite église. Il fit un discours tel qu'on n'en entend plus : il était simple et chrétien.

« Bénissez Dieu; priez pour le roi; servez votre « patrie; aimez votre prochain ; secourez vos sem- « blables ; donnez quand vous pouvez , maïs parte donnez tous les jours. C'est aujourd'hui fête. Dieu « permet les joies innocentes. Il sourit lorsqu'il « voit les peuples heureux. Jeunes filles, sachez que « Dieu vous regarde; pères et mères , songez que « vos enfans se règlent , non pas sur ce que vous « leur dites, mais sur ce qu'ils vous voient faire. « Ne demeurez pas trop tard à la fête , et ramenez « vos enfans chez vous de bonne heure. »

Un gros joufflu, tout bourgeonné, qui se tenait sous le clocher comme un cathécumène, se pencha vers nous et dit : M. le curé ne veut pas qu'on

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