LIVRE I. CHAPITRE III
boive, mais son sermon doit le faire trembler pour ses burettes; les commis tiennent aujourd'hui les cabarets; leurs exercices y gênent les nôtres, nous avons fait le remplissage de grand matin; mais je tremble pour les boissons de la sacristie.
Le sermon fini, on fit trois quêtes : l'une en faveur des pauvres captifs, pour les retirer des prisons de Maroc; l'autre en faveur des âmes souffrantes pour les retirer du purgatoire; l'autre, en faveur de la grosse cloche pour la retirer de chez le fondeur. Depuis plus d'un an, on n'avait pas recueilli de quêtes si abondantes ; la recette s'élevait à six sous. Les trois assiettes étaient couvertes de vieux deniers frappés sous les règnes précédens, et de centimes nouveaux frappés durant la révolution : ces légères monnaies ont monté de la plaine sur les montagnes pour descendre au purgatoire.
On fit ensuite un baptême. Le curé ne demanda pas au parrain et à la marraine ce qu'ils croyaient,
ce qu'ils faisaient. il lui
suffisait de savoir qu'un père chrétien envoyait d'autres chrétiens à un ministre de cette religion: il leur dit : « Si ce jeune enfant est destiné par la « Providence à aller ramoner les cheminées de « Paris, faites choix, pour l'y conduire, d'un hon- « nête homme qui veille sur son salut, je viens de « lui ouvrir les portes du ciel ; maintenant, c'est à « vous à l'y faire entrer. »
Le baptême fini, il fut question d'un mariage.
Les fiancés se présentèrent. M. le curé leur dit : « Le mariage se fait par la volonté des deux « parties avec le consentement des parens , le « magistrat le sanctionne, et le prêtre le bénit. « Vous vous mariez parce que vous vous aimez , « parce que vous désirez avoir une famille ; mais , « songez que vous ne pouvez être heureux qu'en « suivant tous les préceptes de la morale chré- « tienne : je vous ai enseigné ces préceptes, je vous « ai toujours parlé pour votre bien, pour votre « véritable intérêt ; tâchez de vous en souvenir « quelquefois. Célibataires , vous avez eu jusqu'à « présent peu de pardons à accorder; époux, vous « aurez à pardonner tous les jours. Vous n'êtes pas « des anges. Dieu vous à créés imparfaits. Le meil- « leur ménage est celui où les deux conjoints se « pardonnent le plus gracieusement leurs sottises: « faites-en le moins que vous pourrez : n'en faites « jamais qui puissent offenser la morale universelle « qui dérive de Dieu lui-même. Femme , ne soyez « pas exigeante ni colère, puisque vous êtes faible; «homme, soyez toujours doux et complaisant, « puisque vous êtes fort. ?f écoutez pas les rapports « des voisins, méprisez les vains propos, évitez « les têtes échauffées par les controverses théolo- « giques; et, quand le fanatisme frappera à votre « porte, fermez-la. Tenez- vous tranquilles au sein « de votre ménage, au milieu de vos enfans, qui « feront votre consolation , si vous leur apprenez