‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 122 sur 233 · LIVRE III. CHAPITRE II. lt\l · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE II. lt\l

mager de la faveur acrimonieuse dont on venait de le mortifier, en le faisant jouir d'une faveur plus douce ; on le conduit par un escalier en tire-bouchon dans l'appartement de la demoiselle du café, vierge immaculée qui n'approchait jamais du comptoir, et que Ton tenait dans l'entresol comme une rose artificielle placée sous verre pour la soustraire au libertinage des zéphirs. Lorsque le fils de Jean-Jacques entre dans cet appartement :« Que « ce mystérieux séjour est charmant, s'écria-t-il ! <c Tout y flatte et nourrit l'ardeur qui me dévore ;

« il est plein de toi, fille céleste! La flamme de

« mes désirs se répand sur tes vestiges mais je

« crois entendre du bruit Ah! si ton barbare

père ! »* Rassurez-vous, lui dit le maître du café

en lui serrant la main -, il n'est point de père barbare , ni de fille cruelle pour le fils de Jean-Jacques. Et lorsque ce vieux papillon eut effleuré du bout de son aîle la jeune fleur qui vivait des pleurs de l'aurore et des profits du café, il chanta, d'une voix de fausset fort agréable, le couplet suivant :

Ici de la simple nature L'amour suit la naïveté , En d'autres lieux de la parure Il cherche l'éclat emprunté.

Ah ! pour l'ordinaire

L'amour ne sait guère

* Héloïse, Lettre 54-

Ce qu'il permet ce qu'il défend ; C'est un enfant , c'est un enfant. *

Et tous les habitués , emportés par un mouvement sympathique, descendirent l'escalier en chantant ce refrain : « C'est un enfant , c'est un enfant.»

On avait tellement perdu la tête, qu'on avait tout-à-fait oublié que le besoin le plus pressant d'un voyageur qui arrive à pied de Paris sur le sommet des Alpes, ce n'est pas un baiser, mais un dîner ; et quand on commença à s'en souvenir , on mit le couvert et on servit sur la table la moitié d'un agneau rôti. Lorsque l'étranger aperçut ce mets impie, il s'écria : « Comment l'homme a-t-il pu ence foncer le fer dans le cœur d'un être sensible?

« Comment a-t-il pu supporter l'odeur des chairs ce pantelantes et approcher de sa bouche des memcc bres qui, le moment d'auparavant, bêlaient, ma-

ce chaient et voyaient? Comment a-t-il pu avoir

ce faim d'une bête en vie , et dévorer, dans un festin ce criminel, l'agneau qui lui léchait les mains?*1*

On représenta au philosophe que le crime du meurtre demeurait tout entier sur le compte du boucher, et que la société elle-même était sa complice, mais que le premier besoin était de vivre ; que les principes philosophiques les plus robustes avaient souvent été ébranlés par l'aspect d'un dî-

* Devin du Village.

** Emile, liv. i , tracl. de Plut-

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