‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 126 sur 233 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La nuit se passa dans les rêves les plus agréables. On se coucha aux accens d'une romance sentimentale de Jean-Jacques , et on se leva le lendemain au bruit d'une fanfare brillante de Grétry.

L'ovation se fit tranquillement et avec une grande pompe. Celui des habitués qui le premier avait pris d'assaut Tumboucto avec son épingle fut admis à poser la couronne sur la tête sacrée. Durant la promenade triomphale le fils de Jean-3acques distribua à tous les assistans des vêtemens qu'avait portés son père ou des effets qui lui avaient appartenu. On baisa avec transport ces guenilles philosophiques, et il n'y eut pas jusques aux pantoufles du grand homme qui ne devinrent l'objet d'un culte.

Le lendemain soir , on eut à sa disposition , pour jouer le Devin du village, une Colette attachée à la boutique d'un confiseur, et qui était connue dans la ville sous le nom de la vierge au sucre candi. On eut aussi un Colin, qui maniant tour-à-tour la lyre d'Apollon, et le bassin du confiseur envelop-

!2 5o MANUSCRIT DE M. JEROME.

pait avec des devises poétiques de sa façon les pralines préparées par la beauté boutiquière. On affubla le fils de Jean-Jacques d une robe satanique prêtée par un procureur, et on lui mit entre les mains la verge d'un huissier audiencier. La troupe se rendit dans cet équipage vers un petit théâtre situé en plein vent et au milieu d'un pré. Tel fut l'empressement de la multitude à obtenir quelques objets de la toilette de Jean-Jacques que son fils distribua dans cette profusion , ses propres chaussures comme ayant appartenu à son père et qu'il arriva déchaut.

La foule se pressait autour du théâtre : on avait déjà joué plusieurs scènes au milieu des applaudissemenset des bravos, et dans ce moment même le devin chantait :

L'amour croît s'il s'inquiète , Il s'endort s'il est content. *

Lorsqu'une vieille femme , fendant la presse . s'élança jusque vers le trou du souffleur, et apostropha ainsi le chanteur : « Te voilà donc , vilain « sorcier, avec ta robe de Satan. Qu'as - tu fait de « ton tablier derémouleurPN'as-tudoncpasde honte « de laisser sans pain ta femme et tes enfans et de « courir ainsi le monde » ; et le devin sans s'émouvoir continua de chanter :

* Devin du village, scène.

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