‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 128 sur 233 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Ceux que la volonté du ciel ou les caprices de la fortune ont appelés à la direction des affaires publiques devraient sans cesse étudier les peuples dans l'histoire et l'homme dans les chroniques ou dans les mémoires contemporains. Ils acquerraient par cette étude la fâcheuse mais utile conviction qu'il n'a jamais existé une nation sans partis, un parti sans vertiges, un culte sans exagération, une réunion quelconque d'individus sans faiblesse ou sans erreur. Ils sauraient que les folies qui passent par les cervelles humaines viennent souvent de fort haut, et que chez les chrétiens comme jadis chez les païens les hommes se battent, les dieux regardent.

Un vieux moliniste qui aurait passé cinquante années de sa vie dans un confessionnal à entendre des miliers de râtelées serait s'il était de bonne foi (supposition hardie) serait, dis-je, le meilleur ministre que l'on pût trouver, pour exercer la police que l'on appelle, dans ces temps de perturbation,

police politique: ils sauraient que le règne du démon est universel. Les égaremens des factions dans l'ordre politique ne le surprendraient pas plus que les fautes des pécheurs dans l'ordre moral. Il ouvrirait les trésors de la miséricorde royale aux pénitens politiques , comme ceux de la miséricorde divine aux pénitens religieux. Il effacerait de nos Codes le mot jamais gravé par le malin. Il marcherait au milieu des passions en les calmant, à travers les factions en les neutralisant , au milieu des ambitions en les contenant. Doublement confesseur d'une multitude doublement pécheresse , il réprimanderait souvent, il convertirait quelquefois et il ne damnerait jamais. Il connaîtrait cette triste destinée de l'espèce humaine condamnée à trouver l'ennui dans l'innocence , le plaisir dans le péché , le repos dans la servitude et la liberté dans les

orages.

A peine le parti appelé populaire eut-il été dissous dans la petite ville , que le parti opposé qu'il contenait par sa présence fit irruption et entra en campagne; comme ces taupes qui attendent que les eaux se soient retirées des prairies pour lever le museau et se mettre à l'ouvrage. Cette faction avait aussi son café , ses habitués , ses prétentions , ses journaux, sa chambre de lecture; mais elle avait de plus que l'autre une arrière-boutique , un sanctuaire mystérieux où l'on procédait aux initiations, aux enquêtes, aux purifications, et où l'on

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