‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 148 sur 233 · LIVRE III. CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE X

thélemy, les dragonnades. Le temps décidera qui â tort ou raison. Les assistans, électrisés par cet élan d'une noble franchise , sentirent leurs langues se délier; ils se mirent tous à babiller, et on entendit dans le café les assertions suivantes.

Il y a sans doute de la témérité à le dire , mais enfin la franchise l'emporte , et il faut que la vérité soit connue. Bolivar, protégeant par son épée l'indépendance du Nouveau-Monde et fortifiant les libertés par l'ascendant de ses vertus , offre tout ce que l'humanité peut produire de plus sublime. Cantérac, fidèle à son roi et à son pays, luttant seul contre tous pour l'autorité de l'Ancien-Monde sur le Nouveau , développe une magnanimité de caractère vraiment admirable.

La Sainte-Alliance , présentant une assemblée de souverains ligués pour le repos et le bonheur des peuples, mérite nos respects les plus profonds ; mais la civilisation qui , peu-à-peu adoucit, éclaire, moralise et affranchit les diverses classes de l'espèce humaine , n'est pas une chose à dédaigner.

L'alliance anglaise est bonne pour la France , parce que ce gouvernement est notre voisin, parce qu'il est riche , parce qu'il est habile et parce qu'il porte toujours au-dehors le germe d'une administration libre. L'alliance russe est bonne pour la France, parce que ce gouvernement est éloigné de nos frontières , parce qu'il est pauvre , parce qu'il est franc et parce qu'il porte chez ses alliés le prin- I. 19

cipe d'une obéissance passive , qui est celui de notre ministère.

La campagne d'Espagne, entreprise sous les auspices d'un prince brillant de mille vertus , qui prend les armes pour comprimer la licence, étouffer les factions et réunir tous les intérêts et tous les esprits autour du trône, est une expédition admirable ; mais comme l'Espagne est plus que jamais livrée à la fureur des factions, et que personne, quelque parti qu'il embrasse, n'y jouit tranquillement de ses droits, de sa tranquillité et même de sa vie , peut-être que l'armée française aurait aussi bien fait de rester chez elle.

Le crédit public en France est une création moderne due à un gouvernement constitutionnel; c'est une de ces conquêtes faites par la bonne foi sur la confiance publique, conquête qui ne coûte aux vaincus ni larmes ni sacrifices. Mais la facilité que procure ce crédit d'emprunter à volonté par des créations de rentes , de se livrer à d'inutiles dépenses et à des guerres téméraires, semble faire désirer qu'il n'y ait pas de crédit public.

Faire baisser l'intérêt que paie l'état à ses créanciers à 4 et même à 3 pour cent, lorsque les capitalistes ne prêtent aux propriétaires qu'à 5 , c'est bien, fort bien. Mais tenir les anciens engagemens contractés avec les prêteurs, garder la foi promise, s'abstenir de réduire à la misère plusieurs milliers

Page 1