LIVRE III. CHAPITRE X. 2C
tion , et qu'il ne porte en lui le germe d'un grand poète. Mais M. de Lamartine n'est pas de ceux qui font de la mélancolie à tant par heure, et de la méditation à tant par page; et M. Guiraud,si vrai, si simple, si touchant, n'avait pas besoin , pour nous intéresser, de prendre les habits et les règles de la Trappe.
Pendant que nos circonspects se livraient aux discussions d'une politique équivoque et d'une littérature nébuleuse, le bruit se répandit dans la ville que nos armées héroïques venaient de délivrer le roi d'Espagne. On courut au café pour savoir si la nouvelle était positive; les habitués répondirent qu'ils l'ignoraient : alors on leur demanda quelle serait leur pensée sur cette nouvelle, si elle se confirmait. « Cela sera fort heureux sans doute « et malheureux peut-être, répondirent-ils. Il n'est « pas bien sûr que les nations aient toujours tort, « et les conseillers des princes n'ont pas encore été « déclarés incapables de faire ou de conseiller des « sottises. » Mais le courrier, porteur de la grande nouvelle, arriva dans le jour même. On tira le canon , on sonna les cloches , on chanta le Te Deum , on illumina, on chansonna , on hua, on poursuivit les circonspects qui n'avaient ni affirmé, ni nié, ni approuvé, ni blâmé, et on plaça à la porte du lieu de leur réunion , cette devise : « Café des Eunuques. »
Ainsi s'évanouit ce parti comme on voit se dis-
2g4 MANUSCRIT DE M. JEROME.
siper un brouillard qui jette sur tous les objets une obscurité profonde. M. le préfet, voyant qu'il ne pouvait recevoir aucune assistance de ces mazettes, et que les factions, prises isolément, n'avaient pu être d'aucun secours à son administration, résolut de les réunir et il conçut le projet d'une fusion.