‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 151 sur 233 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

C'est une extrême simplicité de penser que, lorsqu'il y a dans un état des partis politiques opposés par leurs intérêts , on parviendra à les concilier par des indemnités, des dîners ou de beaux raisonnemens. On recevra vos indemnités , on acceptera vos dîners , on écoutera vos raisons , et on demeurera tout simplement ce que l'on était auparavant. Un homme raisonnable transige sur procès avec sa partie adverse. Un parti ne transige jamais avec le parti contraire. Dans les réunions d'hommes, on est toujours entraîné au-delà du but. On y entre avec une doctrine toute faite; à peine y est-on, qu'on en adopte une autre , ou bien l'on exagère cellequel'onavait.11 y a trente ans que les grandes assemblées ressemblaient à ces souterrains de la mythologie, dans lesquels une divinité malfaisante métamorphosait subitement les hommes. A la Constituante, on eut des idées généreuses, mais point de plan fixe, et, durant trente mois, on vécut au jour le jour. A la Convention, moins

de prévoyance encore, chaque jour amenait sa peine, mais il n'amenait pas toujours son pain. Vous avez beau satisfaire les intérêts matériels et pécuniaires du parti vainqueur (car il est convenu que l'on ne doit rien au parti vaincu), il vous restera encore à apaiser les intérêts moraux, les intérêts d'une vanité profondément blessée par trente ans de défaite, et relevée en un instant par une seule bataille. On ne se contentera pas de la restitution du champ et du revenu, du rétablissement du fief et de la mouvance, du terrier et des champarts, on vous demandera le service personnel du fief, les banalités de l'enclave et de proche en proche, de concession en concession, vous serez obligé de restaurer le privilège du poids le vicomte, du moulin de l'abbesse et du pressoir de la marquise. Ceux-là mêmes qui , dans la bonté de leur cœur et dans la noblesse de leurs sentimens, protestent aujourd'hui de bonne foi contre des abus si révoltans , seront amenés à leur insu et par la force des choses à en profiter. Vous aurez beau doter richement le clergé, placer l'État, les princes et le trône dans l'Eglise, effacer de nos codes les libertés gallicanes, rétablir les dîmes , le casuel et le monopole de ce qu'il y a dans le monde de plus saint et de plus indépendant, je veux dire le monopole des hommages rendus à Dieu et du culte que nous lui devons; on ne demeurera en repos que lorsqu'on aura pu dire :

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