‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 152 sur 233 · LIVRE III. CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE XI

« Nous venons déposer nos humbles hommages « au pied du trône de Saint-Louis. Grâces soient « rendues à celui qui protège la France, il n'y a « plus dans le royaume que des catholiques ro- « mains. »

Vous aurez beau réveiller la Charte du sommeil , où les intérêts qui assiègent le trône et qui en sont les ennemis Font plongée; vous aurez beau l'appuyer de toutes les institutions qu'elle réclame et auxquelles elle devra une nouvelle vie; si on est le plus fort, on vous demandera qu'elle soit présentée à l'acceptation des assemblées primaires. On voudra un contrat synallagmatique entre le monarque appelé le prince et la nation appelée le souverain. On exigera que le fondé de pouvoirs soit appelé devant le constituant, pour lui rendre compte de l'usage qu'il a fait de son mandat. Il n'y aura plus de croyance ni de foi politique assorties à l'état de la société. La monarchie sera désanchantée du prestige qui lui donne la vie, et qui, seul, peut en assurer la durée.

De tous les excès, ce dernier est, il faut l'avouer, le moins probable. La petite faction que l'on pourrait soupçonner de vouloir le commettre, a contre elle la puissance royale, la Sainte-Alliance, les armées étrangères, toutes les oligarchies européennes, toutes les habitudes d'une vieille nation et tous les souvenirs de l'époque de 1793. Ce qu'il y a de plus désirable, ce n'est pas une transaction

impossible, une fusion impraticable. C'est une autorité assez intelligente pour deviner et pour comprendre tous les véritables besoins, assez flexible pour faire droit aux demandes raisonnables des partis , et assez forte pour les comprimer tous.

M. le préfet du département dont nous racontons ici l'histoire , ne fut pas arrêté par des considérations de ce genre. Il crut de bonne foi à l'utilité d'une fusion. Abandonné à ses propres forces, et ne pouvant s'appuyer sur aucun parti isolé, il résolut de les réunir, et en conséquence, il en convoqua tous les chefs dans un grand dîner qu'il donna à la préfecture. Les plus obstinés refusèrent avec hauteur l'invitation. Les extrêmes s'étant ainsi éliminés d'eux-mêmes , la transaction désirée semblait devoir être plus facile. On ne manqua pas du tout d'intelligence dans les préparatifs. Les couverts furent disposés sur table, de manière qu'il y eût toujours un modéré placé entre un libéral et un ultra, comme on place, pour les empêcher de se briser, un corps mou entre un vase moderne de la manufacture de Sèvres et une vieille porcelaine du Japon.

Il n'y eut durant le service aucun éclat fâcheux, mais on chuchota beaucoup et très vivement entre voisins. Comment, disait l'homme de droite à l'homme du centre, a-t-on pu se permettre de nous inviter à dîner avec de tels enra-

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