‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 153 sur 233 · LIVRE III. CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE XI

gés, et où donc a-t-on pu recruter tant de canaille? De quel vieux manoir, disait l'homme de gauche, a-t-on pu exhumer toute cette antiquaille et de si épaisses mâchoires? A quoi le personnage intermédiaire répondait : Il y a des circonstances où il y a des principes qui on pourrait alléguer que

On se leva de table, on dit les grâces et Ton se rendit dans le salon. La lueur des bougies qui se confondait avec l'éclat de l'hydrogène , la fumée des cassolettes , la flamme des punchs , le parfum des infusions du Moka , versées brûlantes dans des coupes dorées, semblaient devoir, pour un instant du moins, faire diversion aux animosités politiques ; mais on ne fut pas touché de toute cette magnificence, et à peine la remarqua-t-on. L'esprit de parti, comme toutes les mauvaises passions, ne voit que lui, ne se nourrit que de luimême. Que l'on proscrive, que l'on déporte, que Ton confisque, que l'on tue, il n'arrête pas le bras qui menace, il ne suspend pas le glaive près de frapper; je n'aurai jamais la force de dire que c'est souvent lui qui le provoque.

Un de ces hommes extrêmes qui se promenait avec agitation dans le salon, se tourna brusquement du côté du magistrat, et il l'apostropha ainsi : Quand est-ce donc, monsieur le préfet, que tout ceci finira? — Lorsqu'il vous plaira, monsieur, et je suis ici pour vous entendre. — Mais

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vous savez mieux que personne , M. le préfet, ce que veulent ces coquins du café Jean- Jacques ; ils veulent la souveraineté du peuple dans le gouvernement, un Etre suprême de leur façon dans la religion, la sauvagerie dans l'éducation; ils ne voient dans le monarque qu'un procureur fondé, et dans le pape qu'un muphti. Il leur faut des Brutus , des Emile , des Saint-Preux , des Julie , et , pour porter ces idées sous les halles , il leur faut encore des Voltaire. Et où tout cela nous mènera-t-il ? — A des rêves, répondit le magistrat.

Un autre personnage, non moins extrême dans son parti, tira le préfet de son côté : Eh bien! nous voilà donc , lui dit-il , dans toutes les barbaries du moyen âge, dans les carrousels, dans les tournois, dans les servitudes de la glèbe? Ces gens-là veulent des capucins pour le peuple, des jésuites pour la 'bonne compagnie, des confesseurs pour diriger la cour, et des missionnaires pour fanatiser la campagne. Pierre l'ermite a prêché, Lusignan a paru; nous voilà donc embarqués dans une nouvelle croisade. Ils ne seront contens que lorsqu'ils auront pris Jérusalem , et lorsque, de retour dans leurs châteaux , ils auront établi , au nom de Dieu et de la Terre-Sainte, un nouveau vasselage. — Et où tout cela nous mènera-t-il? — A des ridicules, répondit le préfet; et s'adressant à un homme du centre : «Vous, monsieur, lui dit-il, vous qui êtes sage et modéré, rassurez, s'il

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