LIVRE III. CHAPITRE XII. JOC
ïibre entre eux produit sa tranquillité. Rome dut sa grandeur au combat perpétuel de deux partis; quand il n'en exista plus qu'un, Rome ne fut plus. L'Angleterre, cette fière souveraine des mers, ne parvient à dominer les continens que parce qu'elle puise chaque jour des forces et une énergie nouvelles dans les combats que se livrent le parti de l'opposition et le parti ministériel qui ont succédé aux Wighs et aux TorrisvQue l'un de ces partis manque , ou qu'il y ait entre eux une transaction, l'Angleterre n'est plus qu'une île qui, livrée à ses seules ressources, pourrait à peine nourrir la moitié de ses habitans. Voulez-vous la liberté, souffrez-en les orages; voulez-vous le pouvoir absolu, ne vous plaignez pas de vos chaînes. L'homme, considéré dans son organisation individuelle, est livré à des passions contraires qui se balancent entre elles, et la société a divers pouvoirs qui doivent se pondérer entre eux. Ces pouvoirs ont des doctrines, ces doctrines ont des partis, et ces partis des querelles perpétuelles. Ainsi va le monde. Il n'a pas été créé pour la paix. Ce n'est pas l'homme qu'il faut accuser, il a été bâti de cette sorte et pour cette fin. Ce n'est pas quelques hommes ni quelques factions qu'il faut inculper, c'est l'espèce humaine entière, soit que, livrée à la sauvagerie, et docile à tous les instincts de la force, elle se plaise à boire dans le crâne de ses ennemis, soit, qu'élevée au plus haut degré de civilisation, ses admi-
3lO MANUSCRIT JDK M. JEROME.
nistrateurs boivent la sueur des administrés , dans des coupes d'or. Le gouvernement d'un pays libre , .qui veut détruire un parti qui le contrarie, mais qui est essentiel à sa conservation, ressemble à un malade qui, souffrant de la migraine, voudrait qu'on le privât de l'organe qui le fait souffrir, ou à un goutteux qui désire qu'on lui ampute les extrémités. Les partis sont les organes, les principaux membres du corps politique. C'est par eux qu'il sent, qu'il se plaint, qu'il se gouverne et se pondère. Malheur à l'administration qui n'écoute pas avec impartialité toutes leurs plaintes ou bien qui ne fait droit qu'à un parti.
Il en est de la société, ajouta un géomètre attaché à la préfecture, comme du monde matériel. Il se balance perpétuellement entre deux forces opposées, l'une de projection qui tend à l'éloigner du centre, et l'autre de gravitation qui l'y ramène. L'air que nous respirons est de même composé dé deux élémens, l'un qui oxiderait tout , et l'autre qui stupéfierait tout, s'ils n'étaient tempérés l'un par l'autre. La vie animale subsiste par l'action continuelle de Foxigène et par la résistance des organes qui s'opposent durant un temps donné à la puissance qui produit à-la-fois la vie et la mort. La vie végétale est d'autant plus active que le développement du carbone et de l'hydrogène luttent avec plus de vivacité contre la matière inerte, il y a long-temps qu'on a dit que