LIVRE III. CHAPITRE XII. 3ll
l'homme est un petit monde, un monde abrégé. Il est en effet comme lui, tant au physique qu'au moral , le produit de deux élémens qui se font la guerre, et il ne cesse de vivre que parce qu'il ne reste en lui plus rien à brûler. L'univers et tout ce qui l'habite ou l'anime, a été fait d'un seul jet, et il est le produit d'une seule idée. Les créations secondaires de l'homme , et qui sont le résultat de ses besoins et de son intelligence, telles que l'état social, le gouvernement, les lois, ne font que reproduire le type primitif duquel elles émanent comme les diverses parties sont toujours homogènes du tout, et l'harmonie générale de l'univers matériel , comme celle de l'univers social résulte des discordances particulières.
Voilà une idée philosophique, dit l'Ecclésiastique, et je pourrais la fortifier du principe de la grâce et du péché, entre lesquels la conscience de l'homme est perpétuellement balancée , mais comme cette idée est empruntée du manichéisme , je n'oserais soutenir aujourd'hui qu'elle soit conforme aux principes que de nouveaux docteurs viennent d'introduire dans notre église.
Je ne sais, dit le préfet, à quoi cette idée peut être contraire , mais je sens qu'elle se concilie parfaitement avec l'expérience et la raison; et je veux m'étayer désormais des partis, parce qu'ils sont les organes essentiels à la vie sociale. Si l'équilibre vient à se rompre entre eux, je m'adresserai à
celui qui , à l'imitation de l'Etre puissant qui retient les mondes dans leurs orbites, contient les factions en les ramenant à lui , et en les faisant ainsi concourir par leur opposition à la prospérité générale.