LIVRE 1. CHAPITRE IV. 5l
quoi, le docteur fit observer que M. H s'occupait de remplir ces vides; qu'il avait déjà fait, sur la butte Montmartre, un trou fort profond, et que, y étant descendu , il y avait fort proprement arrangé sept déluges pour correspondre aux sept gahams dont parle l'Écriture; qu'il fallait laisser opérer ce savant; qu'il arrangerait les choses à la satisfaction générale; qu'en creusant un peu plus avant, il trouverait, avec sa facilité accoutumée, un pied de faune, une queue de satyre et une aile d'archange; qu'en poussant plus avant encore, il serait possible qu'il découvrît une épaule de titan , un œil de cyclope , ou le sacrum d'une hamadryade, et que, ainsi, et après de si profondes recherches, on aurait la satisfaction de voir un jour le système entier de la création aussi complet que possible, savoir : la moitié du système encore vivant, sur la surface du monde de verre de M. Buffon ; et l'autre moitié , qui a cessé d'exister, dans les armoires de verre de ce grand naturaliste.
Puis , on vint à parler de la pureté de l'air qu'on respire sur le mont Viso. On traita à fond la question de l'azote et de Poxigène. On démontra que le mercure se soutenant sur le Viso à 19 pouces, on y supportait un poids inférieur de 3o p. 0/0, à celui qu'on supporte dans les plus basses vallées (ce qui était, ajouta-t-on, un grand soulagement pour les épaules des habitans de cette
montagne), mais que le pouls y donnant, en état de santé , 90 pulsations par minute au lieu de 60; il résultait , d'une circulation plus vive, une vitalité plus énergique , et que si les populations des plaines n'étaient pas fortifiées par le mélange de celles qui descendent des montagnes, elles éprouveraient une dégénérescence encore plus sensible; mais que les montagnards contractant des alliances dans les vallées , y portent leur vigueur et la fermeté de leurs organes , comme ces dieux qui , autrefois, ne dédaignaient pas de descendre des cieux pour communiquer par une ardeur inconnue avec les filles des hommes; que la rigueur des saisons, l'aspérité des lieux, l'habitude des dangers endurcissaient les hommes alpestres; tandis que la beauté ^t la grandeur des spectacles, le développement des phénomènes d'une nature majestueuse enrichissaient leurs imaginations; que si on est homme dans la plaine, on est plus homme sur les montagnes; que Moïse, Ossian et Alfiéri y avaient puisé leurs plus belles inspirations ; que tous les dieux , tous les prophètes et tous les hermites s'étaient toujours placés sur les plus hauts sommets, depuis les maronites du mont Liban jusques aux trapistes du mont Valérien; et qu'il était certain qu'on y adorait mieux la Divinité qu'ailleurs.
Et, venant à parler des villes, un des convives ajouta : N'est-il pas étrange que lorsque la nature offre tant d'asiles frais et de bocages fleuris, tant