‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 175 sur 233 · LIVRE IV. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAPITRE III

de jacos, qui nous divertissaient par leurs bavardages; par une compagnie de sapajous, magots et mandrilles, et cette procession de bateleurs était fermée par un orang-outang, sorte de commissaire qui soufflettait , sur son passage, les guenons qui se livraient à des gestes indécens.

«Arrivés dans la plaine, je vis que les mânes humaines , qui tombaient par flocons, se couvraient de poils, de plumes, d'écaillés, de cuirasses, de corselets ou de coquilles, suivant l'espèce à laquelle ils devaient appartenir; que la partie antérieure de la face humaine s'allongeait en bec, en trompe, en suçoir ou museau, ou s'élargissait en gueule, en hure, en mâchoire ou mandibules, que la partie postérieure s'arrondissait en croupe, s'élargissait en spatule ou se prolongeait en queue ; et chacun des mânes, maudit par Dieu, prenait ainsi une forme animale déterminée, depuis le mammifère à sang chaud , à double système nerveux , à squelette osseux, à cerveau unique jusqu'aux reptiles invertébrés et aux polypes qui ont une vie multiple ; parce que chaque ganglion nerveux est pour lui une sorte de cerveau qui constitue, dans chacune de leurs parties, une vitalité complète.

« Ici, je ne pus me défendre d'un sentiment profond d'admiration pour cette Providence qui se sert des vices mêmes des hommes , pour les en punir , et qui les condamne à être prisonniers, après leur

mort, dans les organes méprisables dont ils avaient tous les instincts durant leurvie. Je reconnus là le Dieu de Jacob qui changea Nabuchodonosor en bête , et le Dieu des chrétiens qui changea d'indignes pêcheurs en pourceaux.

«D'après les explications de mon interprète, je vis que les tyrans de la terre étaient changés en panthères, en léopards, en tigres, et les instrumens subalternes de leur tvrannie en fouines , civettes, furets, genettes, zibelines, belettes, martres et putois , et que toutes ces vilaines bêtes , manquant de nourriture , se battaient entre elles à outrance, se déchiraient les flancs et s'abreuvaient de leur propre sang; que les hommes de rapine et de trouble étaient changés en oiseaux pulvérateurs , barboteurs et clabaudeurs , suivant que leur iniquité et leur bassesse les avaient portés à chercher de faciles proies dans la poussière des cours, dans le bourbier populaire, ou qu'ils avaient troublé le repos de leurs semblables par de séditieux clabaudages. Je vis un spectre tomber à mes pieds : c'était celui d'un courtisan qui s'était engraissé dans le centre de la puissance. Je vis son corps s'allonger, se développer en anneaux multipliés, se rouler sur la terre par de longs replis et se cacher dans les entrailles d'un gros animal sous la forme d'un tœnia. Plusieurs individus furent métamorphosés en nécrophores ou insectes fossoyeurs condamnés à ensevelir des taupes, parce

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