LIVRE V. CHAPITRE I
vieilles personnes, l'invitation de la plus jeune, et comme gens raisonnables nous nous déterminâmes pour l'avis des plus âgés. Mais M. le chevalier revint subitement sur ses pas. L'idée d'Énée descendant aux enfers , passa par sa pauvre cervelle et enflamma son goût pour les aventures hardies. Une prudence timide, nous dit-il, a-t-elle jamais produit rien de grand ni d'utile au monde? Qu'un vulgaire ignorant se traîne péniblement dans les ornières tracées sur la surface de la terre ! quant à moi, je veux pénétrer dans ses entrailles. Les belles horreurs ont pour moi du charme, et les souterrains portent à mon âme un sentiment de volupté.
Toutes nos remontrances ne purent rien sur ce jeune courage. Il prit congé de nous, et, avant de pénétrer dans la caverne, il nous assigna pour rendez-vous à son retour le sommet de la montagne sur lequel nous allions herboriser, tandis qu'il en parcourrait l'intérieur.
Le soir arriva; le soleil était déjà couché, et notre aventurier n'était pas encore venu nous rejoindre. Nous descendîmes alors dans la vallée ; nous passâmes une grande partie de la nuit à le chercher et à l'appeler; et, vers minuit, nous le vîmes sortir , comme un ramoneur, par une pointe creuse de rocher, au clair de la lune, pâle, échevelé ayant ses vètemens en lambeaux, la figure noire, stigmatisée, et infecté d'une odeur très pro-
noncée de soufre. L'air extérieur le surprit et le tint fort long-temps en état de syncope; vers la pointe du jour , il reprit l'usage de ses sens et il nous fit le récit de sa course aventureuse dans les termes suivans :