‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 184 sur 233 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Rien dans le monde, nous dit-il, n'est séduisant comme l'entrée de la grotte dont je viens d'explorer tous les mystères. On y est naturellement attiré par un tapis émaillé de fleurs, et des églantiers, croissant dans les fissures des rochers , annoncent qu'un printemps éternel y a fixé son séjour. Des oiseaux, sortant de leurs nids, y font entendre leur premier ramage, et égaient par leurs douces chansons cet asile de la paix et de l'innocence L'assemblée d'hommes que j'y ai trouvée répond à la suavité du lieu. Le miel n'est pas plus doux que les paroles qui coulent de leur lèvres; elles en sortent par une inspiration aussi naturelle que celle qui fait éclore les fleurs ou murmurer les ruisseaux au milieu des prés.

Ces sages , assis sur les mousses fleuries qui tapissent les rochers, conversent ensemble sur la bonté de la Providence envers les mortels, sur la magnificence d'une nature prodigue de ses bien-

faits; mais principalement sur la dignité originelle de l'homme , sur la dégradation où l'état social Fa fait tomber, sur ses droits naturels imprescriptibles, sur la nécessité de les rétablir en détruisant la tyrannie, et sur le bonheur que procure la liberté unie à la vertu.

Ces honorables discours sont toujours suivis d'hymnes consacrés à la nature et à la patrie. L'homme est né libre ( disait un de ces sages , lorsque je suis entré dans la grotte), et cependant on ne voit sur la terre que des maîtres et des esclaves ; il est né bon , et l'on n'entend parler que de crimes et de châtimens; il est né religieux, et mille superstitions grossières , placées entre l'homme et la nature font disparaître devant lui jusqu'à l'image de la Divinité même; il est né sociable, et tous les liens de la société sont tellement brisés, qu'il est tombé dans un égoïsme sauvage. On ne reconnaît plus en lui l'œuvre de Dieu, qui le fit à son image. Quelle inconcevable fatalité a donc effacé son empreinte primitive ? Quel obstacle empêche l'homme de remplir ici-bas sa destination originelle? C'est que la tyrannie a forgé mille chaînes, et que le temps, complice des tyrans , les a rivées. Notre devoir est donc de montrer aux hommes leurs titres qu'ils ont perdus, de proclamer à la face du ciel leurs droits imprescriptibles, et de rétablir le souverain détrôné. L'homme, en abdiquant ses chaînes, abdique en

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