‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 185 sur 233 · LIVRE V. CHAPITRE II. 35g · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE II. 35g

même temps tous ses vices. Quilse lève ! Pour être libre il suffît de le vouloir.

Je fus extrêmement touché de ce discours; il allait droit à mon âme; il semblait n'être que la simple expression de la pensée de toute ma vie. Je m'adressai alors à l'homme spirituel avec lequel j'étais entré dans la grotte et qui m'avait promis de me servir de guide : Pourquoi, lui dis-je, avezvous voulu me détourner du projet de venir jusqu'ici? de tels discours m'édifient; je sens que mon être se perfectionne, et que je deviens meilleur au milieu de ces sages.

Les vérités que l'on proclame ici, me répondit-il, sont en effet séduisantes; mais est-il bien certain que la vérité soit le premier besoin des hommes , et ne convient-on pas, au contraire, qu'ils ne sont heureux que par les illusions? Dans les bornes étroites où est renfermée notre intelligence sur l'essence réelle des choses, ne vaudrait-il pas mieux rechercher ce qu'il y a d'utile ou de nuisible aux hommes dans la pratique, que ce qu'il y a de vrai ou de faux dans la théorie?

On prétend ici que l'homme, quoique né bon, est cependant devenu très méchant, et n'est-il pas à craindre que des maximes de liberté et de souveraineté répandues imprudemment au milieu de cette société, ne les portent à une indépendance sauvage, et qu'au lieu de nations libres, on n'obtienne que des hordes affranchies? Après les avoir

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pénétrés de tous leurs droits, sera-t-on bien venu à leur parler de leurs devoirs? Toute loi ne leur paraîtra-t-elle pas une chaîne, et toute autorité un maître ?

Je sais que mille tyrannies se sont établies et fortifiées dans le monde, et qu'elles ont fait entre elles une monstrueuse alliance ; mais c'est à les affaiblir et à les adoucir successivement qu'il faut s'attacher, et non à les briser d'un seul coup. La patience, qui dénoue tous les nœuds , est préférable à la violence qui les coupe. On doit sans cesse parler aux souverains des droits des peuples , et aux peuples de leurs devoirs envers les souverains. Je vous prédis qu'une multitude de violences sera le produit des maximes que vous entendez professer ici. Les anges eux-mêmes ne purent point autrefois supporter une telle indépendance; la première famille humaine fut souillée par un meurtre, et les sauvages, livrés à tous les instincts de la nature, ne jouissent d'aucune liberté.

Il n'est pas vrai que nous naissions et que nous demeurions libres, puisqu'en naissant nous avons besoin d'un maillot, en grandissant, d'un précepteur, et toute notre vie, de conseil et de guides. Il n'est pas vrai que nous naissions égaux , puisque nous différons tous de taille, de force et d'intelligence. L'égalité des droits est une maxime admirable; mais on sera fort long-temps à la comprendre; on sera souvent tenté de la confondre

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