‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 189 sur 233 · LIVRE V. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE II

Précipitons les dissidens, les opposans, les résistans! Il nous faut un Marius, mais un Marius complet, afin qu'il n'y ait jamais de Sylla. Finissons-en une fois pour toutes , et qu'il n'y ait plus à y revenir ! O nature ! que tu es adorable ! ! O vérité! que tu es sainte! ô liberté! que tu es majestueuse! ô fraternité! que tu es touchante! ô mort! que tu es nécessaire à nos vastes desseins!.... Assez long-temps nous avons servi de balles aux joueurs; il est temps que nous soyons raquettes. Assez long-temps nous avons été enclumes, soyons marteaux, oui, marteaux: frappons, décomposons, recomposons, régénérons! Aux armes! aux armes! du salpêtre! du canon! mort aux tyrans! Qu'un sang impur abreuve nos sillons! Dieu de miséricorde et de bonté, du haut de la voûte éthérée, contemple le spectacle sublime que nous donnons à la terre ! celui de créatures qui imitent le Créateur, en faisant naître mille existences nouvelles du sein de la destruction générale.

Durant ces horribles imprécations, nous avancions en glissant toujours, et il semblait même que notre mouvement était d'autant plus accéléré , que les partis étaient plus extrêmes. Mais telle était la triste position dans laquelle nous nous trouvions, que le gouffre nouveau dans lequel nous allions être précipités, nous semblait désirable, comme devant apporter un terme à nos misères. Nous y tombâmes en effet.

Tous les rôles étaient changés dans cette quatrième grotte. Ceux qui avaient souffert dans la précédente, voulaient à leur tour faire souffrir les autres. Les persécutés étaient devenus persécuteurs, et les victimes bourreaux; ils y mettaient seulement plus d'hypocrisie. L'assassinat se colorait d'une certaine urbanité , et la mort avait quelque chose de dévot. Ses agens prenaient le nom de compagnons de Jésus, comme si le nom sacré du plus doux des hommes était destiné à couvrir , dans des temps de paix , les abus les plus honteux de la servitude; et, dans les jours d'anarchie, les actes de la plus odieuse vengeance. Si vous manquez d'armes , disait un de ces pieux effrénés, allez au champ des sépultures, déterrez les ossemens de vos pères , et servez- vous de ces instrumens préparés par la mort pour la donner à leurs meurtriers. Il est temps que le peuple se réveille et qu'un sang impur abreuve nos sillons.

Je vois,, dis-je à mon guide, que des hommes de sang ont succédé à des hommes de sang, et ceux-ci me semblent encore plus horribles que les autres, car ils paraissent avoir reçu une éducation et des principes qu'ils ont été obligés d'étouffer pour se livrer à de tels excès. Les premiers effrénés que nous avons vus, avaient été enivrés par le

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