‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 190 sur 233 · LIVRE V. CHAPITRE II. 36g · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE II. 36g

fanatisme de la liberté ; ceux-ci ne le sont que par le fanatisme de l'esclavage. Peut-on concevoir que l'on devienne furieux par le désir d'obtenir des chaînes? La servilité, réunie à la cruauté, est ce qu'il y a de plus abject et de plus méprisable au monde. C'est la fureur des chiens de basse-cour, qui, devenus libres, attaquent les passans, jusqu'à ce que leur maître leur ait rendu les honneurs du collier. J'avais les hommes de la dernière grotte en horreur, et ici je les ai en horreur et en mépris. Quand pourrons -nous sortir de cet enfer? quand respirerons-nous un air plus pur? On n'a ici aucune garantie pour son existence. Les professeurs des droits de l'homme périssent sous les coups de ces forcenés : il semble qu'on y craigne la lumière. Serait -il vrai qu'une morale trop élevée ne convînt pas aux faibles humains , et que la vérité fût une divinité dont on ne doive leur laisser apercevoir que le profil? Ah! combien je me repens d'avoir suivi des conseils trompeurs! Que suis- je venu faire dans ces horribles cavernes où l'on est forcé de détester sa propre espèce? Que ne suis-je demeuré sur la surface de la terre? J'y aurais éternellement ignoré de quels crimes les hommes sont capables; j'aurais continué de croire à la dignité de l'homme et même à sa majesté, mais je suis condamné, par mon imprudence, à passer par toutes les épreuves d'.une odieuse initiation. O gouffre! engloutis-moi, ôte-moi une vie qui m'est odieuse.... En I. M

effet, le précipice s'ouvrit, j'y tdtnbai, nousy tombâmes tous comme gens déterminés à mourir.

.L'ordre le plus parfait régnait dans cette nouvelle grotte ; on semblait y voir moins une multitude qu'un régiment. On y était les coudes serrés, mais dans un alignement parfait , parce qu'on avait continuellement l'oeil sur l'homme d'aile. La lassitude des excès avait fait ranger sous un commandement unique tous ceux qui avaient survécu. Le pouvoir était discrétionnaire , mais il était fort habile; il savait se plier aux temps, aux mœurs , aux circonstances. On n'entendait plus à la vérité de magnifiques discours sur les droits et la dignité de l'homme, mais on y jouissait des trois premiers biens delà vie .Sûreté, tranquillité, et une certaine aisance. Un homme, au maintien doux et modeste, au caractère réfléchi et modéré , à esprit vaste et pénétrant , s'était emparé de toute l'autorité. Il semblait que la nature eût créé cet homme pour apaiser les tempêtes et commander à ses semblables. Chacune de ses paroles était un oracle ; chacun de ses regards, un ordre , et le moindre de ses gestes signifiait quelque chose. On avait été si long-temps malheureux par une licence effrénée , que l'on faisait sans peine le sacrifice d'une liberté dont on n'avait jamais compris l'usage. Rappelez-

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