‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 192 sur 233 · LIVRE V. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE II

nable de comparer des chapelles où l'on bénit les hommes, aux champs de bataille où on les extermine , et les canuchons des moines mendians occasionnent-ils la même épouvante que les bonnets de sapeurs de la vieille garde? Barbe pour barbe, moustache pour moustache, j'aime mieux encore celles qui demandent humblement à la porte, que celles qui les enfoncent. Il n'y a que deux manières de gouverner : avec une opposition ou sans opposition ; et il faut se résoudre à être commandés à la baguette, si l'on craint trop les mouvemens de l'escarpolette. Si l'on voulait demeurer ici en repos, on pourrait s'y refaire un peu de toutes les peines d'un voyage qui a été malencontreux pour tout le monde.

Il est certain, dis-je à mon guide, après avoir entendu tous ces propos, que les habitans de ce pays sont beaucoup trop vifs, qu'ils sont railleurs et intolérans, même en parlant de tolérance. Ils semblent avoir pris d'avance le parti de trouver tout mauvais. On y est disposé à passer de la Ligue à la Fronde , et à rouler perpétuellement de révolutions en révolutions. Ces gens-ci en feront tant qu'ils nous précipiteront dans un autre gouffre.

Non, me répondit mon guide, nous ne pouvons plus descendre; nous avons atteint le sol dans sa plus grande profondeur, et ce que nous allons trouver après ceci, ce n'est pas un gouffre, mais un impasse. En effet, peu de minutes après,

nous fîmes une longue glissade , au bout de laquelle nous nous trouvâmes acculés contre un rocher coupé à pic. Au-dessus de nos têtes était une voûte immense, percée d'un soupirail par lequel jaillissait un rayon de lumière. A l'aide de cette lumière nous aperçûmes, sur le faîte de la voûte, un jeune homme qui nous exhortait de toutes les forces de sa voix à nous faire hisser jusqu'à lui. Il tenait dans ses mains la manivelle d'une mécanique avec laquelle il pouvait nous retirer de la grotte, comme on tire du fond d'une mine un sceau de houille ou de minerai. Il descendait jusqu'à nous un sceau rempli de fleurs et de fruits, comme pour nous avertir qu'il nous monterait dans une région heureuse. Il y eut bientôt un grand empressement à se faire hisser. C'était à qui entrerait le premier dans cette machine. La plupart arrivaient blessés, quelques-uns se cassaient le cou durant leur ascension, et, malgré ces tristes exemples, chacun tendait les bras vers le faux libérateur, en oubliant le véritable.

Je ne sais quel goût pour la nouveauté, quelle fatalité m'entraîna aussi dans cette funeste machine, malgré les avis de mon guide, qui, après avoir fait tout au monde pour me détourner de ce pernicieux dessein , voulut bien m'accompagner encore pour me secourir. Hélas! jamais son assistance ne m'avait été plus nécessaire; car, arrivé sur le sommet, du rocher, je reconnus le même

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