‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 193 sur 233 · LIVRE V. CHAPITRE II. 3y · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE II. 3y

jeune séducteur qui, dans la vallée, m'avait déterminé à entreprendre le voyage souterrein, et, quelle ne fut point ma surprise, lorsque je m'aperçus que j avais fait le tour entier, et que je me trouvais pour la seconde fois dans la première grotte où j'avais été introduit! Dès ce moment je vis que j'étais perdu et que j'allais tourner éternellement de grottes en grottes et de précipices en précipices. Je me livrai tout-à-fait au désespoir; mais mon guide me fit sentir qu'il était honteux d'abandonner ainsi le soin de sa conservation, il promit de me secourir et de ne pas me quitter. A peine m'eut-il fait cette promesse, que nous coulâmes tous deux de la grotte des droits de l'homme dans celle de la souveraineté.

Je fus jeté dans un coin de la grotte, comme dans une voirie; mais à peine y fus -je déposé, que je vis un ange aux regards de feu, qui me toucha du bout de son aile, en me disant : Levez-vous et suivez -moi. Si vous demeuriez ici, vous glisseriez encore et vous tourneriez éternellement de grottes en grottes. Il me conduisit, par une issue secrète, jusque sur le sommet de la montagne, et dès que je pus revoir la lumière, il me parla ainsi : « Cette suite de grottes glissantes est l'image de la route que suivent les sociétés humaines dans leurs révolutions. Elles passent de la sauvagerie à la corruption; du despotisme à l'anarchie, et de l'anarchie au despotisme, sans trou-

ver jamais de repos, rencontrant sur leur route beaucoup de vices et fort peu de vertus, éprouvant beaucoup de mauvais jours, et goûtant quelques minutes de bonheur.

Le vieillard que vous avez rencontré dans la vallée, et dont vous avez méprisé les conseils, c'était le temps; la vieille femme, c'était l'expérience; et le jeune homme radieux, c'était le génie des révolutions qui cherche à séduire les hommes paisibles, et à les embarquer dans des voyages qu'il- leur fait recommencer sans cesse; et moi, je suis le génie libérateur qui veille sur la destinée de ceux qui s'embarquent dans les révolutions avec des intentions généreuses, car la vertu même a ses erreurs.

Ici notre conteur s'arrêta quelques instans pour prendre haleine, et il nous dit : Souffrez, mes chers compagnons, qu'un pauvre diable qui a passé par la lanterne , par la guillotine et par la massue , vous dise qu'il est à jeun, qu'il meurt de faim, et qu'il se recommande à vos bontés les plus promptes et les plus abondantes. J'ai pris aux droits de l'homme un appétit dévorant, et je n'y ai trouvé que de l'eau claire; à la souveraineté, il y avait queue à la porte des boulangers. Le maximum et la guillotine, veillaient au bonheur commun. La famine,

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