‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 198 sur 233 · LIVRE V. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE III

les acides arséniques, boraciques, chromiques, molybdiques , phosphoriques; les sulfates, fluates, carbonates , nitrates , phosphates s'étaient emparés de ces dépouilles mortelles. Les mucores, les moisissures, les fungus achevaient leur décomposition, et il semblait que la nature entière se fût armée pour venger les peuples opprimés.

Après avoir attentivement observé tous les phénomènes qui avaient lieu dans cette espèce de purgatoire, la curiosité de monter à des régions plus heureuses n'avait assurément en soi rien que de fort naturel , mais la faiblesse de nos ailes ne nous permettait point d'y atteindre. D'ailleurs , notre goût particulier pour les ténèbres qui tenait à la constitution de nos organes visuels, nous entraînait vers les souterrains. Obéissant à cet instinct, nous descendîmes de caverne en caverne jusqu'aux portes de l'enfer.

En traversant les couches schysteuses qui sont comme l'épiderme de la terre, je remarquai que les eaux marines y coulaient en abondance ; que le muriate du sel marin, s'emparant de l'oxigène qu'il rencontrait sur les oxides métalliques, se combinait intimement avec lui ; que , devenu ainsi muriate sur-oxigéné , il devait nécessairement faire explosion aussitôt qu'il trouverait quelque part

une quantité suffisante d'hydrogène, que ce même hydrogène s'unissant avec le phosphore, devait s'enflammer par le seul contact de l'air atmosphérique ; que l'oxigène , le carbone et l'hydrogène devaient composer des huiles qui, modifiées par l'acide sulphurique, devaient former du bitume. Ces observations me conduisirent à penser qu'il y avait dans le voisinage des lieux que nous parcourions un grand dépôt qui attirait à lui les matières salines, que nous nous trouvions placés dans le rayon d'attraction d'une puissance volcanique qui rendait à la mer en bitume ce qu'elle lui enlevait en sel. On conviendra que, pour une chauve-souris, ce n'était pas mal raisonner.

En nous avançant toujours, nous fûmes bientôt à portée d'entendre les affreux mugissemens qui sortaient des entrailles de la terre , et qui se répétaient de cavernes en cavernes*. Le sol était ébranlé par les détonations d'une matière en fusion , dont nous entendions le bouillonnement; l'air était infecté d'une odeur de souffre. Ces explosions qui se répétaient avec régularité de huit minutes en huit minutes, nous firent comprendre que nous avions passé sous les Appenins , que nous étions arrivés sous les îles Eoliennes et que nous étions dans le voisinage du Stromboli.

Ce fut alors qu'il nous fut permis de voir des

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