‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 20 sur 233 · LIVRE I. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE IV

en langage moitié piémontais et moitié provençal : Ne vous fâchez pas, mes grands amis, cette santé est la même que Colas, douzième du nom, porta, il y a 3^6 ans, le même jour, au même lieu, et à la même foire. Comme son successeur, comme provençal et comme premier berger de la Crau, j'ai cru , en bonne conscience , devoir faire la même chose, dans une même circonstance : mais ne vous gênez pas , traitez vos brebis comme il vous plaira, et vos voisines le mieux que vous pourrez.

A ces mots, la sœur tourière des Annonciades de Pignerol, jeta un regard complaisant sur un jeune et imberbe Italien qui tranchait du capable auprès d'elle. Elle ne savait pas, la chère sœur, à quel prix ce jeune chanteur avait acquis le charme de sa voix et la douceur de son visage.

D'autres santés furent encore portées , et les voici telles que je les ai notées, dans le temps, sur mon album.

Aux Alpes, à leurs fleurs, à leurs chalets, à leurs habitans!

A la vallée de Queyras; à tout ce qui broute, rumine , bêle , glapit , hennit ou brait dans la vallée!

(L'âne des sœurs Sainte -Claire, présent à la séance, répondit sur-le-champ, et de la manière la plus sentimentale, tant en son nom personnel qu'en celui de ses collègues, à ce vœu d'un cœur sensible ).

Voici les toasts qui suivirent :

A la prospérité du commerce des moutons, des laines et du fromage!

A nos frères absens, soit qu'ils portent la balle, qu'ils ramonent, qu'ils dansent, qu'ils décrotent, qu'ils tondent ou qu'ils coupent !

A nos sœurs absentes, jouant de la vielle, et montrant la marmote en vie.

Au mont Viso! que ses trois cols ne soient traversés que par des citoyens libres, et que ses eaux n'arrosent que des rivages affranchis par des princes amis des peuples!

Plusieurs autres santés furent encore portées, mais elles le furent d'une manière confuse; et l'un des convives ayant bu un verre de la liqueur suave dans laquelle le sieur Brun de Saint-Marcellin, est parvenu à fixer le parfum fugitif de la fleur de raisin, en eut la raison si troublée, qu'il porta une santé au nez de saint Borromée : et pour couper court au commentaire qu'il en faisait, on allait lever la séance, lorsque la sœur tourière demanda à porter la santé de son couvent, ce qui fut accordé de la meilleure grâce et avec une parfaite cordialité. Mais l'aumônier du couvent qui était l'un des convives, amendant le toast, ou plutôt y ajoutant, prononça ces paroles remarquables :

ce Puissent les Annonciades gagner leur gageure « contre les Visitandines ! »

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