LIVRE V. CHAPITRE IV
cristaux dont je ne suis pas du tout contente. Ils ne se terminent pas en bec de flûte comme ceux de l'Oisans, ni en obélisque comme ceux de File d'Elbe ; ils sont plats comme ceux que Ton trouve en Sibérie , et il est certain que le silice , au lieu de se cristalliser de haut en bas, suspendu à des matrices de quartz , s'est cristalisé couché sur la gangue. La cristallisation, aj ou ta-t-elle, est le premier degré de la vie générale qui anime le monde. Elle est la suite d'un effort que fait le règne miné* rai pour se rapprocher du règne végétal, et les créations quartzeuses sont très voisines, par la simplicité de leur organisation, des créations végétales, telles que les mucors et les byssus.
Tous les cristaux que je vois ici sont d'un blanc sans transparence; ils ne jouent point à l'œil; on n'en voit point ici de rouges, d'oranges, de noirs, ni de l'espèce verte qu'on nomme améthiste. Vous n'avez ici que des agates communes, telles que celles que le Rhin charrie, et que l'on travaille avec des meules grossières à Oberstein. Je ne vois ici ni l'agate œillée, ni l'agate jaspée, ni l'agate mousseuse, ni l'agate herborisée sur laquelle un fluide minéral a tracé des dessins ordinairement fort agréables -, pas un onyx dont je puisse faire un camée; pas un géode de Calcédoine dont l'intérieur renferme une goutte d'eau éternelle, et dont on puisse faire une bague charmante; pas une dendrite à mousse, à fougère, à
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saule, à peuplier, à paysage, comme les jolies pierres que j'ai observées sur les Apennins et que Ton travaille à Florence; pas un morceau de ces marbres dans lesquels on trouve inscrits les coquillages qui appartiennent aujourd'hui aux tropiques, ni de ces lumachelli, dans la pâte desquels on aperçoit des coquilles microscopiques, dont les espèces vivantes n'existent plus. Je me soucie fort peu de ces pierres lenticulaires, et que vous appelez indifféremment des noms des pierres de chélidoine ou d'hirondelle , parce qu'elles ressemblent à la graine de cette herbe, et qu'on la trouve souvent dans l'estomac de cet oiseau. Ce ne sont là que des fragmens de l'agate la plus commune, auxquels le frottement des eaux a donné la forme sphérique. Ce choses-là ne sont curieuses que comme des médailles qui attestent les bouleversemens de la nature et l'éternité du temps. Quant à ces boucles et à ces cachets que vous vendez comme variolites , ces matières ne sortent pas des carrières voisines de la Durance qui fournissent seules la véritable variolite; ce sont tout simplement des soufflures de lave que le torrent du Drac dans le Midi et le fleuve Amour dans le Nord charrient dans leurs cours. — J'avais autrefois, ajouta cette dame, un lustre de cristal où dominait Taméthiste. Deux cents bougies allumées sur ce lustre réfléchissaient dans ma salle du trône , une lumière variée comme l'arc-en-