‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 209 sur 233 · LIVRE V. CHAPITRE IV. l\l I · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE IV. l\l I

Plusieurs auditeurs exécutaient sur le flageolet des airs pleins de suavité et de mélancolie. Nous observâmes durant quelque temps, avec beaucoup d'attention , cet empire que l'habitude exerce sur ceux qui ont été long-temps dans les liens d'une étroite dépendance.

Cependant le soleil baissait , la plupart des marchands de la foire avaient fini leurs affaires, et chacun se disposait à retourner chez soi, lorsque la dame anglaise, qui avait acheté tous les thés suisses , envoya son maréchal du palais auprès des baigneurs et baigneuses, pour les prévenir que sa bouche était arrivée sur la montagne, et qu'elle les invitait à venir, avant de partir, se rafraîchir sous la tente qu'elle avait fait dresser. Nous reçûmes , comme allant aux eaux , la même invitation.

C'était, sans contredit, la chose du monde la plus curieuse que cette réunion de souverains et de souveraines disgraciés, réunis en congrès au milieu d'une foire de village et dans un lieu supérieur à la région des nuages. Tous ces augustes débris des tempêtes publiques se rapprochèrent par leurs sentimens , comme ils l'étaient déjà par une destinée commune. Plusieurs se connaissaient déjà, mais plusieurs autres ne s'étaient pas encore vus. On prit beaucoup de sorbets , de gelati et de

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ces petits gâteaux si renommés à Briggs, que Ton fait avec de la farine de mil. Tous les règnes , les évènemens qui en avaient signalé la durée, les intrigues qui en avaient traversé le cours \ et les catastrophes qui les avaient terminés, furent mis sur le tapis et exposés avec beaucoup de franchise. Chacun de ces souverains et chacune de ces souveraines ayant été invités à déclarer quel était le principal auteur de sa disgrâce , le premier répondit : « C'est mon oncle; le second, c'est mon beau- « père; la troisième, c'est mon mari; une autre, « c'est mon père ; d'autres encore, c'est mon frère, « c'est mon beau-frère, » et il n'entra dans la pensée d'aucune de ces majestés d'avouer que la chute de tant de couronnes, arrivée le même jour et presque la même heure, était l'effet inévitable du mouvement général des esprits en Europe et d'une fermentation que le temps avait préparée , et qui n'attendait que le premier événement favorable pour éclater; que dans ces temps de perturbation, l'époque qui a précédé et préparé les évènemens est seule responsable, et que les personnages qui se trouvent au dénoûmentsont aussi innocens que la première pluie de printemps qui fait crever les digues d'un fleuve , dont un hiver orageux a rempli le lit.

Toutes ces majestés et ces altesses descendirent la montagne à dos de mulet, et arrivées dans la plaine, nous trouvâmes une dame qui venait à leur

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