‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 213 sur 233 · LIVRE V. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE V

s'écartait de l'alignement. On avait donné à ce jardin, pour le jour de sa fête, une toilette académique.

Nous eûmes le plaisir de voir défiler devant nous avec beaucoup de dignité MM. les membres de cet aréopage lorsqu'ils allèrent prendre leur place. On apercevait sur leur figure les traces de cette satisfaction concentrée qui annonce qu'on est plein de sa gloire et qu'on jouit par anticipation de son immortalité.

Messieurs s'assirent sur des sièges de gazon ombragés par des lauriers. A leurs pieds fleurissaient des carrés d'immortelles sur lesquels un public malicieux répandait de temps à autre des graines de soucis.

Une symphonie à grand orchestre ouvrit la séance. Elle avait été composée pour la circonstance et dans un genre imitatif. Nous avions encore la tête étourdie de tout le bruit que nous venions d'entendre , lorsque le compositeur qui était un des membres de la Société \ s'approcha mystérieusement de nous pour nous apprendre que le premier intermède exprimait l'arrivée des zéphirs dans les premiers jours du printemps.

N'avez- vous pas, nous dit-il, entendu le battement de leurs ailes et leur trépidation dans le feuillage. L'esprit de vie , l'âme de la nature renaissante couraient sur tous les archets, et les soupirs des amours printannières vibraient sur toutes les cordes. Les i. 37

4lb MANUSCRIT DE M. JEROME.

fanfares , les airs de bravoure ; toutes les richesses harmoniques répandues dans la composition de la finale annoncent de la manière la moins équivoque qu'Apollon descend sur notre parterre avec les Grâces et les Muses ; les Grâces qui soupirent doucement sur la flûte , et les Muses qui s'expriment en sons éclatans sur les clarinettes. Apollon vient admirer nos fleurs; il dit un mot à l'oreille des juges. Messieurs reconnaissent dans le dieu des arts leur guide et leur maître. Ils obéissent aveuglément à ses inspirations. Par ma composition, ce n'est plus la Société qui décerne les couronnes , c'est Apollon , Apollon en personne descendu sur nos plate-bandes.

Nous avions grand besoin de ce commentaire pour apprécier le sens de tout ce tintamarre. Il fallait un cœur allemand pour concevoir de telles inspirations et des oreilles suisses pour les comprendre.

La symphonie achevée, le secrétaire perpétuel monta à la tribune. Il annonça que la séance était ouverte , qu'on allait la commencer par le compte des hommages faits à la Société depuis sa dernière séance annuelle ; que ce compte serait suivi de la lecture d'un travail que donnerait M. le rapporteur de la commission du vocabulaire de Flore; que l'on entendrait ensuite le discours de réception d'un honorable membre élu dans le courant de l'année et la réponse du président, et que la

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