‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 217 sur 233 · LIVRE V. CHAPITRE V. /p · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE V. /p

dieuse de l'un de Messieurs, qui répond à cette aimable attention par des éternûmens répétés).

Emportemens poétiques d'un jeune nourrisson des Muses contre l'invasion des fleurs nouvelles qui cherchent à s'introduire dans les vieux parterres.

Doléances respectueuses d'une vieille fîleuse qui existe sous la forme d'un if dans les jardins de la Société, et qui se plaint du barbare sécateur qui, toutes les automnes, coupe sa quenouille et ses fuseaux.

Le foutulipier, premier numéro d'un journal qui se propose de faire , sur les innovations florales , le même effet que produit la foudre sur les innovations politiques.

La gesse odorante, connue sous le nom vulgaire de pois de senteur, et sous le nom latin de lathyrus odoratus , se plaint d'être exclue du parterre de la Société, et supplie pour qu'on daigne l'y admettre. Si on lui accorde cette faveur, elle espère dédommager la Société de la maigreur de son papillon par l'abondance de son arum,, et elle se flatte de parfumer les nez des Messieurs , quelque dimension qu'ils puissent avoir.

Un cultivateur de Luterwald envoie à la Société trente-six plants du carduus eliophorus. Il assure que, cultivée avec de riches engrais, cette plante produit des calices succulens qui peuvent être servis avec succès dans les déjeuners académiques.

Humbles supplications de plusieurs petites labiées auxquelles se sont réunies des radieuses aromatiques et de modestes semi-flosculeuses, qui ambitionnent l'honneur d'être admises dans le parterre de la Société. La gnidienne, l'amourette, le miroir , le peigne et les cheveux de Vénus , la belle de jour et la belle de nuit; la mignonnette et la mignardise réclament la même faveur. La cupidone compte sur la protection de son parrain et sur le culte que lui rendent Messieurs, pour être admise dans leur jardin.

Une hilarité continuelle se manifeste dans l'auditoire à la lecture de ces hommages bizarres, et nous aurions pu penser que des malveillans, répandus dans le jardin, avaient substitué d'autres papiers à ceux de la commission , si M. le rapporteur de la commission du vocabulaire n'eût fait cesser nos doutes en montant à la tribune , et en lisant de la meilleure foi du monde un travail fort étendu qu'il avait fait sur ce gros objet.

Dans son discours préliminaire, M. le rapporteur approfondit tous les mystères du langage. Il donne la clé du sanctuaire où reposent dans leurs invisibilités les facultés humaines. Notre dictionnaire, dit-il, est le passe-partout avec lequel on en ouvre toutes les portes. Quelques mots pris au hasard vont vous donner une légère idée de ce travail important. Ici le rapporteur prend un infolio et il lit :

LIVPxE V. CHAPITRE V. 4^7

Nature, puissance abstraite, agissant sans méthode, se jouant de toutes les règles , méprisant tous les vieux usages, et ne manquant pas d'ailleurs d'une certaine énergie; mais, pour valoir quelque chose , elle a besoin de se tenir renfermée dans le cercle que nos réglemens lui prescrivent.

Pistil, organe de fécondation, principe générateur que la Société met tous ses soins à étouffer , afin de faire place à une colonne recommandable par son abondance et sa beauté , et qui doit être considérée uniquement comme un produit de l'art.

Etranglement, opération académique qui consiste à arrêter le mouvement de la sève par la lésion de Fécorce et l'enlèvement d'une portion du liber, afin de faciliter la naissance d'une multitude de radicales et de jolies petites fibrilles.

Incision annulaire, autre opération que l'on pratique avec un canif tout autour de la tige du végétal, pour y faciliter l'introduction d'un calcul ministériel qui empêche les parties séparées de se réunir, et qui produit une fructification altérée, mais fort curieuse.

Cisaille, ciseaux à proportion exagérée, inventés par la Société , pour couper sans éclat les parties exubérantes des végétaux.

Transplantoir , outil fort commode pour arracher d'un carré et transporter dans un autre une plante quelconque, en conservant, la motte, les racines, la tige, les feuilles et la fleur, en sorte

qu'elle paraît être née sur le terrein même où elle a été transplantée, quoique, par son origine, elle appartienne à un autre. (On fait observer qu'un grand nombre de plate-bandes doivent leur éclat à cet instrument).

Hybrides , nom donné aux plantes qui proviennent d'un mélange adultérin par la suite du libertinage révolutionnaire, qui a passé de l'ordre social dans le parterre.

Bâches, assemblage de divers vitraux qui, en concentrant les rayons solaires, est propre à échauffer et colorer les plantes que l'on retire des serres froides de la Société.

Couche, se compose de terreaux et d'engrais appartenant aux règnes minéral, végétal et animal. Un des membres de la Société s'occupe exclusivement d'un travail sur cette matière ( voyez au mot animal).

Bouquet, assortiment de fleurs diverses, sur lequel la Société a établi des règles fixes et des principes immuables. Elle distingue dans la théorie qu'elle a adoptée le bouquet à l'excellence, le bouquet à la duchesse , le bouquet au vicomte. Des auteurs modernes admettent aujourd'hui le bouquet de vérité. La Société n'a pas à s'en occuper.

Lorsque le rapporteur de la commission du dictionnaire eut fini, M. le secrétaire perpétuel annonça qu'on allait entendre le discours de réception du nouvel élu de la Société. Ce dernier

Page 1