‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 219 sur 233 · LIVRE V. CHAPITRE V. /$ I · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE V. /$ I

parterres , la végétation des Antipodes. Les zéphirs , de retour au printemps , ne reconnaissent plus les objets de leurs amours premières, ils s'enfuient à tire-d'aile, et ils ne trouvent à se reposer que dans ce jardin où Flore a conservé son innocence et ses grâces virginales.

« Guerre , guerre éternelle aux exotiques , à ces audacieuses qui viennent bouleverser nos doctrines et troubler notre antique repos! La religion de Flore est une, elle est infaillible, elle est éternelle. Ce qu'elle fut dès ses premiers jours, elle l'est encore et elle le sera toujours. Elle n'admet ni schisme ni hérésie : elle a son culte, ses mystères, ses pontifes , ses apôtres ; et si les circonstances l'exigeaient, elle aurait aussi ses martyrs. Oui, Messieurs, ses martyrs, nous en désirons, nous en accepterons la palme; nous mourrons sur nos platebandes plutôt que de manquer à la foi de nos pères.

« Mais, que dis -je, et où est-ce que m'emporte l'ardeur de mon zèle? Vivons, Messieurs, vivons pour rendre hommage à l'autorité qui nous protège, vivons pour lui consacrer nos efforts et nos bouquets; elle veille sur nos doctrines comme nous veillons à la décoration de ses fêtes. Entre elle et nous il y a un sentiment de sympathie, un instinct de contemporaineté. Elle sait que les vieux usages et les vieux corps sont toujours les auxiliaires des vieilles lois et des vieux gouvernemens, et que changer l'ordre de notre parterre, c'est boulever-

ser le monde. Donnons-lui chaque jour des gages de notre fidélité, afin de recevoir chaque jour d'elle des bienfaits nouveaux. C'est en vain que la zinnia, l'obelia ., la dahlia, la cobœa, la zetmie et la strelitz conspirent contre nous; la tulipe, debout sur son piédestal, triomphera de tous ses ennemis, et elle montrera toujours avec orgueil son vase panaché. « Mais c'est ici surtout, Messieurs, que l'orateur qui vient s'asseoir parmi vous, a besoin de toute votre indulgence. Je ne dois pas seulement l'honneur que vous m'avez fait, à de faibles essais entrepris avec témérité et terminés non sans quelque bonheur; j'aime à reconnaître que je le dois principalement à l'amitié dont m'honora mon illustre prédécesseur, et au zèle qu'il employa à vous inspirer les mêmes sentimens pour moi. Mais qui pourra jamais louer dignement ce grand homme? La langue est insuffisante pour célébrer de si grands et de si éminens services? Qui, dans le parterre, poussa plus loin que lui la science des boutures et le génie de la greffe? Qui, dans le parc, disposa avec plus d'intelligence la patte d'oie? Qui, mieux que lui , s'entendait dans la composition de ces labyrinthes où plus d'un Thésée vient chercher le fil d'une sensible Ariane ? Ici les expressions manquent à l'admiration; elles expirent sur mes lèvres

tremblantes Mais, à défaut de mes discours,

c'est aux fleurs à prendre la parole; c'est à l'œillet à nous montrer sa caste agrandie par ses soins, à

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