‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 220 sur 233 · LIVRÉ Y. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRÉ Y. CHAPITRE V

la giroflée à nous étaler les six fleurons qu'il a ajoutés à sa pyramide, à la fritillaire à nous faire voir son diadème qu'il a relevé. Quant à moi, suffoqué par tous les sentimens qui m'assaillent à-lafois, je ne puis que......

Ici l'orateur a achevé son verre d'eau sucrée, et regardant successivement au fond du vase dans lequel il n'y avait plus rien et dans son manuscrit où il y avait encore quelque chose , il a paru déconcerté.... Interdit, il est descendu de la tribune au bruit des bravos de tous ses collègues pour aller s'asseoir sur le siège de gazon où l'immortalité l'attendait.

Monsieur le président monte à la tribune pour répondre au récipiendaire , et , après avoir légèrement humecté ses lèvres vermeilles dans un second verre d'eau sucrée , il dit :

Monsieur,

«Votre amour pour les fleurs et votre fidélité au pouvoir avaient dès long-temps marqué ici votre place. Vous aimiez notre Société, notre Société vous aimait (aimer, c'est désirer); et , lorsque vous lui avez été recommandé par les iUustres personnages devant qui l'Europe se tait, elle a considéré ces recommandations , moins comme un tribut qu'on lui imposait, que comme un octroi volontaire qu'on lui permettait de concéder à la puissance. Vous nous prouvez, monsieur, que les fleurs et les muses sont* sœurs; car vous badinez égalei. 28

ment avec la lyre d'Apollon et la binette de Flore. Vos marcottes et vos madrigaux courent le monde avec un égal succès, et on aime à orner sa mémoire de vos bouquets à Iris , comme on aime à parer sa personne de ceux de votre parterre.

Les noticules légères dont vous avez enrichi la littérature florale, font revivre, dans une collection précieuse , les fleurs que vous avez su si heureusement décrire. En vous lisant, on en sent le parfum, on en admire la fraîcheur, la grâce et la tournure, et, en tournant les feuillets de votre livre, on croit effeuiller des roses, tant le léché du style, la mignardise de l'expression, la souplesse des mouvemens et l'onctuosité du sentiment s'y trouvent réunis à une raison élevée et à une précision rigoureuse.

Le genre particulier de votre talent ne consiste pas à jeter la pensée au hasard, à la laisser couler sans art de rivage en rivage, semant partout sur son passage la vie et la fécondité. Il est tout entier dans cette faculté dont votre esprit est si singulièrement doué , dans cette sorte de puissance capillaire qui presse , resserre , amincit les idées jusqu'à l'imperceptibilité pour les faire jaillir et se développer dans les airs en ifs, en parasols, en fleurs de lys ou girandoles suivant la dimension des tubes dont votre génie compose admirablement le faisceau. Vous lâchez le trait, et vous fuyez; mais, semblable aux Parthes, vous blessez en fuyant, et

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