LIVRE V. CHAPITRE V
c'est toujours derrière les massifs de la Société que vous venez aiguiser vos flèches.
Ce jardin , devenu aujourd'hui votre patrie, fut long-temps, monsieur, le théâtre de votre gloire. La Société n'oubliera jamais les sentimens d'admiration que vous lui avez si constamment portés , et les services particuliers que vous lui avez rendus. En vous adoptant , elle paie une dette et satisfait à un devoir. Elle aimera toujours à se rappeler qu'elle vous doit cet état de perfection où sont aujourd'hui portés l'émondoir, l'émoussoir et la ratissoire dont elle fait un si constant usage , et la jeunesse de cette ville sait, par son expérience personnelle , que vous avez considérablement perfectionné le croissant , et que vous en avez rendu chez vous l'usage plus commode. Le cueillehaut, le cueille-fleur, le donne-rose en main, le brise-vent sont des créations dues à votre génie , et vous avez su encore en relever le prix par les noms suaves dont vous les avez embellis.
Jouissez, monsieur ,et puissiez vous jouir longtemps d'une gloire si justement acquise; et, après lui avoir payé le tribut que nous lui devons, qu'il me soit permis de demander pardon à la Société. J'ai résolu de violer aujourd'hui son règlement en ne parlant pas de votre prédécesseur. Je m'abstiendrai de dire qu'il eut été infailliblement le premier homme de son siècle , si vous n'eussiez brillé à l'époque où il florissait. Je me tairai sur sa per-
sonne, et tous les bons esprits sentiront la valeur des considérations qui m'obligent à ce silence. On sait ce que veut l'envie, mais qui pourrait dire tout ce qu'elle peut. Je dois me garder de l'irriter; elle est à la porte qui nous écoute ; peut-être estelle même dans cette enceinte..- Chut!...
Pendant que M. le Président pérorait encore à la tribune, on faisait en effet un grand bruit à la porte du jardin. Un homme grossier s'y présentait, et il employait toute la vigueur de ses muscles pour y pénétrer. Il voulait, disait -il, concourir. Des commissaires de la Société allèrent lui représenter que le concours était fermé. Il dit que dans ce cas il voulait parler ; il lui fut répondu que l'ordre des lectures , toujours fixé d'avance, était épuisé. Pendant que la Société négociait avec cet homme rustique , la multitude qui venait derrière lui le poussait toujours en avant , et d'encore en encore elle le poussa si vivement, qu'il arriva jusques au pied de la tribune, et lorsqu'il y fut, force fut bien de l'entendre. Le chut de M. le Président eut alors de nombreux échos parmi les assistans. Silence, silence, s'écria- 1- on de toutes parts; les gens du privilège ont assez parlé, écoutons l'homme de la nature.
Messieurs , dit Fhomme grossier , après vous avoir rendu les humbles respects que je vous dois, je prendrai la licence de vous dire qu'ayant appris que vous faisiez aujourd'hui la fête des bou-