‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 222 sur 233 · LIVRE V. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE V

quets, est que vous donniez des récompenses à ceux qui vous offrent les plus beaux, je vous apporte tout ce "que j'ai pu trouver de plus frais et* de mieux fleuri sur notre montagne.

Et, premièrement, voici la grande herbe que nous autres rustiques nous appelons la gaillarde , et que vous nommez la grande gentiane. Vous voyez qu'elle est plus haute que moi /que sa tige est droite et polie comme celle du jonc; que sa feuille est douce comme celle de l'oranger, et que tout le long de la tige il y a, de distance en distance, deux feuilles qui l'embrassent et qui font comme une sorte de vase toujours plein de rosée, dans lequel se baignent tout à leur aise des touffes de fleurs jaunes, et tout au haut de la tige vous apercevez un bouquet des mêmes fleurs qui ressemble à une grosse boule placée sur une pyramide.

Secondement, voici une autre fleur qui sort de terre sans tige ni feuille, et qui en sort si bien ve- . loutée et panachée, qu'il n'y a aucune de vos tulipes qui puisse lui être comparée.

Troisièmement, voici l'herbe de Sainte - Catherine que vous appelez napel , parce qu'elle porte un navet dans sa racine; et sur ses rameaux, qui ont plus de cinq pieds de hauteur, vous trouvez des casques bleu céleste, avec leurs cocardes, plumages et pompons, et il y en a un si grand nombre , qu'ils suffiraient à plusieurs escadrons.

Quatrièmement, voici des marguerites doubles

et triples, bleues, rouges, jaunes, de toute sorte de couleurs, et qui méritent bien le titre de Reine, tant elles ont bonne façon; et voki encore des œillets doubles qui n'ont pas besoin de cartes pour embaumer tout le pays , et des boutons d'or et d'argent.

Et finalement, voici des perce-neiges d'un pourpre très vif, et que vous nommez, je crois, dodo dendron, et qui forment la bordure des glaciers de nos montagnes.

Et, en voyant tous ces bouquets, vous demeurez tout ébahis, et je vous entends qui m'interrogez. « Dis-nous, notre ami Guillot, combien t'ont coûté les oignons, les pattes et les griffes de toutes ces herbes? De quel pays les as-tu tirées? Combien de houages, de binages et sarclages leur as-tu donné? Sur quelle couche de terreau les as-tu fait pousser si joliment? Les as -tu placés sous cloches, sous bâches ou sous châssis?... A quoi je me fais l'honneur de vous répondre que je n'ai ni serres, ni bâches, ni cloches, que je ne vais point chercher mes graines et mes oignons, comme vous le faites, en Gappadoce et en Caramanie; que je n'emploie ni bine ni binette pour les cultiver, et qu'ils viennent comme il plaît à Dieu , non sur des platebandes , mais sur des plateaux de montagnes qui ont plusieurs lieues de longueur et qui sont tout rouges, jaunes ou bleus, suivant la saison des fleurs ; ce qui fait un plus grand plaisir à voir que

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